Publié le lundi 30 août 2010 à 11H05
INTERVIEW. Michel Paoletti, conseiller économique et social de la Polynésie française et président du groupe Outre-mer, au Conseil économique, social et environnemental (CESE), laisse sa place en septembre. Son mandat prend fin après six ans de mandature. Aujourd'hui il dresse un bilan de cette période, revient sur le rôle qu'il a joué et la place de la Polynésie française.
L’ESSENTIEL
- Selon Michel Paoletti, l'Outre-mer coûte cher à la France et ne devient plus “trop intéressant”
- Il convient de “se battre chaque jour pour exister et englober une vision de l'Outre-mer dans chaque dossier”
- 11 candidats sont en lice pour lui succéder
Comment est-ce que la Polynésie française est perçue au sein de votre groupe ? Du moins, la Polynésie française joue-t-elle un rôle ?
“L’Outre-mer représente 2,5 millions d’habitants. C’est environ 5% de la population nationale et la Polynésie française, nous ne pesons pas très très lourd avec nos 200 000 habitants. Donc c’est un peu un combat chaque jour. C’est pour cette raison, plutôt que d’être isolé chacun dans nos collectivités, on a décidé que le groupe avait vocation à agir ensemble. Cela nous a donné une puissance plus grande, que si nous avions décidé de nous isoler. Nous sommes donc unanimes dans nos votes et dans toutes les décisions qui sont prises pour l’Outre-mer. Cela nous permet d’avoir plus de crédibilité. Nous avons onze voix et nous représentons beaucoup plus. Nous menons nos actions ensemble en permanence.”
Mais la Polynésie française représente- elle réellement quelque chose ?
“Elle existe à l’intérieur du groupe et représente donc quelque chose. D’autant que dans toutes les collectivités le tourisme est important, l’exploitation des océans est important aussi, beaucoup plus d’ailleurs en Polynésie française que pour les autres. Il faut rappeler par exemple que dans nos eaux on pêche par millions de tonnes de thonidés et il y a donc des intérêts importants. Et c’est à nous de défendre nos atouts. Notamment en termes de culture. Avec les autres collectivités, nous nous y attelons parce qu’au sein du conseil économique et social, il a fallu montrer que l’on existait. Dans l’opinion métropolitaine, la Polynésie française, ils en ont entendu parler. Mais comme une destination lointaine et chère. Maintenant, en termes politiques c’est un autre problème mais la Polynésie française garde tout de même une image sympathique.”
Nous avons persuadé le conseil que l’outre-mer existait
Aujourd’hui quel est votre bilan ?
“Il faut savoir que jusqu’à récemment, lorsqu’il y avait un sujet apporté par une section, la plupart du temps, elle traitait le sujet avec une vision métropolitaine. La première tâche a donc été de faire intégrer dans chacun des sujets, la dimension outre-mer. Nous l’avons fait par exemple pour des dossiers portant sur l’horticulture car nos collectivités apportent beaucoup avec les plantes aromatiques ou médicinales. Notre vision a relancé la réflexion dans ce domaine. Cela a permis notamment de débattre des recherches sur les plantes médicinales. Nous avons évoqué aussi l’outre-mer dans le dossier : “Défense, deuxième chance”. C’est un dossier inspiré du GSMA. Nous avons ici une petite antériorité et nous l’avons utilisé pour montrer que tout ce qui se faisait était la continuité de ce qu’il se faisait en outre-mer. En métropole, ils n’ont pas l’habitude. D’habitude on fait quelque chose en métropole et on voit ensuite si on l’applique en outre-mer. Là, nous étions les leaders. Donc à chaque fois, nous apportons des éléments et une vision. Cela a été le cas pour la pêche notamment. Au début, nous n’avons pas pu agir directement, mais nous avons pu glisser dans le rapport les enjeux de la pêche en outre-mer. C’est l’enjeu le plus important. Ce n’est pas la pêche autour des côtes métropolitaines qui était importante, mais la pêche dans nos eaux. C’est donc un bilan positif. Je pense honnêtement que nous avons fait du bon travail pour la pêche, le tourisme et le domaine de la santé. Nous avons lancé plusieurs dossiers comme les énergies renouvelables. Et nous disions à ce sujet qu’il était dommage qu’elles ne soient pas plus développées en Outre-mer. Nous pensons que si on les avait développées, on en aurait tiré davantage de bénéfice pour la nation toute entière. C’était un élément que l’on pouvait exporter vers d’autres îles. Nous avons plus de capacité que par exemple le Vanuatu.”
Vous êtes donc satisfait ?
“Cela paraît prétentieux mais oui. Il y a une chose de certaine, nous avons persuadé le conseil que l’outre- mer existait et deuxièmement nous avons montré en métropole qu’il se fait des choses aussi en outre-mer. L’état d’esprit des métropolitains vis-à-vis de l’outre-mer est malheureusement que nous leur coûtons cher et que nous sommes des enfants gâtés. L’idée est donc de montrer que ce n’est pas vrai. La démonstration que nous avons essayé de faire c’est que même si la France n’a plus la même stratégie océanique, une stratégie mondiale, nous avons notre importance. D’une manière générale, l’Outre-mer n’est plus considéré comme intéressant mais il faut se battre.”
L’état d’esprit des métropolitains vis-à-vis de l’outre-mer est malheureusement que nous leur coûtons cher
Quels conseils vous donneriez à votre successeur et quel profil et qualité faut-il ?
“Du courage. Il faut aussi avoir des idées, des projets à défendre. Le problème après c’est que nous sommes loin de tout. J’ai passé environ un mois sur une année dans l’avion. Notre présence est indispensable. Nous avons beau utiliser les mails, le téléphone… la présence est indispensable. D’autant que j’étais le président du groupe. C’est un lourd engagement. Il faut avoir le courage d’affronter ces déplacements et se battre pour être reconnu. Il ne faut pas se décourager et vraiment y aller. Mon conseil pour celle ou celui qui me remplacera c’est de se faire un nom et d’exister. Depuis 2004 et les changements politiques ce n’est pas évident. Mais il faut savoir que justement, notre statut nous permet d’exister quel que soit le gouvernement en place. Nous donnons au gouvernement la possibilité de donner son point de vue lorsqu’il y a des dossiers à défendre mais nous avons l’avantage d’être loin des contingences politiques et de ne pas être dépêchés avant la fin de notre mandat. C’est important. Les ministres nationaux voient leur interlocuteur changer et cela provoque du désordre mais cela n’est pas notre cas. Nous ne nous mêlons pas des questions politiques du moment, ce n’est pas notre rôle, nous faisons de la politique générale. Il faut comprendre qu’on ne doit surtout pas se lier à une politique du moment parce que notre force est d’être au-dessus de ces vagues.”
Propos recueillis par JH








Les dernières contributions
Commentaires anonymes
11/10/2010 à 17h43
Je viens de lire avec intérêt les commentaires des courageux anonymes moustic et poipoiman pour qui injurier et désinformer est évidemment un intéressant passe-temps. C'est sûrement avec des gens comme cela que la Polynésie va grandir! C'est la même chose pour gungnir, mais il a raison sur des chiffres de l'article. J'avais dit que l'on pêchait 3millions de tonnes de thonidés par an dans le pacifique, et que nous n'en tirions que 6 à 9000 tonnes. De quoi rêver à mieux.
Commentaires anonymes
01/09/2010 à 17h26
La PF ne représente plus un intérêt stratégique comme auparavant, il est évident que Paris s'apprête à laisser tomber le territoire, vu le contexte en métro ,et ce pei coute plus cher que ce qu'il ne rapporte.
Comme tous les partis veulent une autonomie complète , ils vont être servi................,ce sera l'indépendance avec tout ces bienfaits.(pour nous)
Commentaires anonymes
01/09/2010 à 10h38
bravo paoleti pour tes conseil, j'apprécie ton honnêteté
maruru
Tanaapupa Sulpice Théo
Commentaires anonymes
01/09/2010 à 10h32
Encore un homme qui ne mérite pas d'être juste viré. Mais d'aller en prison!
Commentaires anonymes
31/08/2010 à 06h50
Le départ de Paoletti !! Quelle perte énorme !
Voilà bien un machin qu'on pourrait supprimer à l'heure des économies.
Commentaires anonymes
30/08/2010 à 21h49
En résumé, il y a la France, la grandeur de la Nation Française et ses visions limitées à son pito.
Et il y a le reste, "du bétail" comme disait monsieur Brault, plutôt que des enfants gâtés.
Enfin, merci à monsieur Paoletti d'avoir tenté de "démontrer que nous existons", "un combat de tous les jours".
Commentaires anonymes
30/08/2010 à 16h37
et c'est cette .... qui nous représente à Paris !
nommée par "compétence" orange minium !
alors : 200000 habitants en PF ? seulement ? à 35-40% près le chiffre est bon...
pêche : des millions de tonnes de thonidés pêchés en PF tous les ans ? et on n'arrive à fournir quelques milliers de tonnes au Japon ? mais que font les bateaux chinois de l'ex-GIP ? pas étonnant que le thon soit en voie de disparition....
là, à quelques millions de tonnes près, le chiffre doit être bon !
enfin, on est sauvé : 6 ans de dégâts qui s'arrêtent là !
et fin des beaux voyages : un mois par an dans l'avion....aux frais de qui ?
il est lucide sur un point : l'opinion de la métropole sur la Polynésie...