“La parole des îles doit être entendue”

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Publié le mardi 18 août 2009 à 09H41

TOUS LES ATELIERS. Installé à Tubuai depuis 11 ans, Wilson Doom fonde beaucoup d'espoirs sur les états généraux organisés par l'État pour apporter aux Australes des solutions de développement dans tous les domaines et les aider ainsi à assurer leur autonomie.

L’ESSENTIEL

  • La situation économique des Australes stagne depuis de longues années et son agriculture est en recul
  • Le tourisme sera une vraie chance pour Tubuai à condition que toutes les infrastructures soient de bonne qualité
  • Nos jeunes sont lucides et ne demandent qu'à participer au développement de nos îles. Encore faut-il qu'on leur offre un projet d'avenir

Où en sommes-nous ?

Quelle a été votre motivation lorsque vous vous êtes inscrit aux états généraux ?

“Tout d'abord, je me suis rendu compte que je pouvais parler directement à l'État. Ensuite, il m'a semblé important de remettre à plat tout ce qu'on a fait de mal depuis 50 ans. Enfin, j'ai voulu venir faire partager l'esprit des îles aux participants des états généraux, parce que lorsqu'on vit aux Australes, on a une certaine philosophie, qui est différente de celle de Tahiti ou des Marquises ou des Tuamotu. Et la parole des îles éloignées doit être entendue dans tous les ateliers. C'est pourquoi je m'efforce de participer à toutes les réunions.”

Comment expliquez-vous cette situation ?

“Je suis retourné sur l'île d'où mon grandpère est originaire, Tubuai, en 1998 et depuis onze ans, parce que je voulais que mes deux filles soient élevées dans les vraies valeurs polynésiennes et avec une qualité de vie qu'on ne retrouve plus à Tahiti. J'ai eu largement le temps d'observer les choses et d'analyser la situation des Australes ! Et je constate une stagnation du développement de Tubuai comme de Rurutu et Raivavae, nos voisines, pour ne pas dire un recul ! Tout ça vient de la toute puissance administrative qui vit sur ses acquis, qui ne fait aucune proposition aux citoyens, qui se contente d'attendre le chèque du salaire en fin de mois et de brasser des grands mots comme ‘développement durable’ ou ‘économie équitable’ sans effet concret dans la vraie vie. Même l'agriculture des Australes est devenue une légende aujourd'hui ! Nos agriculteurs se battent désormais avec les banques.”

Où allons-nous ?

Quel cap devraient se fixer les responsables du pays ?

“Je vais être clair : je n'attends rien d'eux. S'ils n'ont rien fait jusqu'à présent, pourquoi bougeraient-ils aujourd'hui ? Heureusement, je constate que la génération des 20-25 ans est très lucide par rapport à ce comportement. Les jeunes ne se laisseront plus berner comme leurs parents. Les états généraux vont leur donner la parole et j'espère que cette parole parviendra à l'État français qui, peut-être, ne fera rien mais qui aura donné l'impulsion nécessaire à l'initiative individuelle. Voilà ce que je crois.”

Quelle serait la priorité pour vous ?

“La formation et l'excellence ! Nos jeunes sont informés maintenant grâce à Internet et ils savent bien que nous avons la chance extraordinaire de vivre dans un pays protégé des horreurs du reste du monde ! Ils voient bien les guerres, les famines, la misère. Et ils sont d'autant plus motivés à rester dans leurs îles ! Encore faut-il que des cadres formés et compétents puissent les guider et les motiver. Je suis absolument certain que c'est la voie à suivre. Une autre priorité essentielle est la valorisation de notre culture. J'étudie auprès de Haoata Tainoa qui m'a fait le grand honneur de commencer à me transmettre ses connaissances, me permettant ainsi d'organiser des visites archéologiques et de raconter l'histoire de Tubuai. Le développement du tourisme doit être une priorité absolue. Tout doit être mis en oeuvre pour aller vers le succès : la formation, la recherche de l'excellence, nos traditions artisanales et culturelles, et bien sûr un profond changement de mentalités. Il faut cesser de compter sur l'État-providence et apprendre à compter sur nos propres forces.”

Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Quelles solutions imaginez-vous pour y arriver ?

“Il faut redonner de la fierté à nos concitoyens ! De la fierté, pas de l'orgueil ! C'est ce que j'appelle un changement de comportement. Il faut réveiller les consciences, les gens doivent réapprendre le goût de l'effort et la fierté du travail bien fait et de la contribution à la communauté. Au lieu d'envoyer nos maires dans les congrès métropolitains, je voudrais qu'on fasse venir des vrais professionnels du développement durable qui s'investissent vraiment dans l'aménagement de nos îles. Et je l'ai dit en public et je le répète, mieux vaudrait nous donner un GSMA supplémentaire qu'un troisième député ! Les jeunes qui sortent de cette structure militaire savent travailler, ils en sont fiers et leurs parents sont fiers d'eux.”

Propositions recueillies par MZS

Zoom

Wilson Doom a 44 ans et vit à Tubuai depuis 11 ans. Auparavant, il vivait à Tahiti où il était entrepreneur en bâtiment depuis l'âge de 21 ans après avoir tout appris en travaillant avec son père et en ayant acquis des valeurs fortes d'excellence auprès de lui et de son grand-père. Lorsqu'il a décidé de partir s'installer aux Australes, il a donné tous ses outils à ses ouvriers pour leur permettre de retrouver rapidement du travail. À Tubuai, il a repris l'activité nautique de quelqu'un qui quittait l'île si bien qu'il n'a fait concurrence à personne. Passionné par son île et l'avenir de celle-ci, et président du Comité du tourisme de Tubuai, il porte depuis de longues années un projet qui lui tient à coeur : faire de Tubuai une destination dédiée au vent et aux sports liés à celui-ci. Son maître mot est “partage” et c'est du concret ! Son association Harii Taata fédère un très grand nombre d'habitants de son île, tous intéressés au développement du tourisme dans une optique de respect des équilibres des choses et des gens.

Marie-Hélène Zanni
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Commentaires anonymes

19/08/2009 à 10h34

Le constat est clair et implacable. Bravo à ce représentant des Australes et qu'il se rassure, l'Etat ne croisera pas les bras...

Commentaires anonymes

19/08/2009 à 07h41

La parole des îles c'est :"Cause toujours !"

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19/08/2009 à 04h26

bravo wilson,
tu montres l exemple a la jeunesse du fenua,continue sur ta lancée, et bonne chance de la part de ton pharmacien !

Commentaires anonymes

18/08/2009 à 20h25

A propos de valorisation de la culture ancestrale, à Bora Bora rien n'est vraiment fait pour les marae, comme celui, pourtant magnifiquement bien placé juste en face de la passe, de Farerua.
Le grands blocs de corail juste au bord du lagon ont été renversés par les cyclones Wasa et Martin sans que rien ne soit fait pour restaurer ce site vénérable et grandiose. Peut ètre est-ce du au fait que l'accés mème au site a été fermé par la famille habitant à proximité?
Pourtant aux trésors des paysages et de la population, sans parler du Heiva, on pourrait ajouter un autre trésor, auquel les visiteurs s'intéressent plus qu'on pourrait le penser, celui de notre passé, de notre culture. Aucune indication pour les marae, aucun respect pour ces lieux, une réhabilitation serait une bonne occupation pour nos jeunes qui, devant l'absence de considération de la part de leurs ainés n'y accordent aucune attention, aucun intéret. Réapproprions nous
notre passé, aidons les jeunes à porter leur regard sur leur patrimoine
plutot que sur les telenovelas et autres spectacles de télé-réalité.

Légal

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