“Je n’abandonne pas les Polynésiens”

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Publié le vendredi 05 février 2010 à 15H03

FONDS DE SECOURS. La ministre de l’Outre-mer Marie-Luce Penchard est allée hier à la rencontre des familles sinistrées. Elle a annoncé qu'elle était “prête” a engagé l'aide de l'État via l'activation du fonds de secours.

L’ESSENTIEL

  • La ministre de l’Outremer a accompagné Gaston Tong Sang et le haut-commissaire hier matin à Paea et à Bora Bora dans l'après-midi
  • Censée repartir hier en métropole, Marie- Luce Penchard a décidé de prolonger son séjour étant donné la situation “préoccupante” des Australes
  • Elle a annoncé que le Pays et l'État étaient parés pour “une opération humanitaire”
Vous avez déjà vécu ce type de phénomène auparavant ?

“Je sais ce que c’est qu’un cyclone, j’en ai vécu cinq ou six en Guadeloupe : Inès, Cléo… Je savais qu’on attendait un cyclone, mais ça pouvait aussi bien n’être qu’une tempête tropicale. J’ai donc décidé de ne pas annuler mon déplacement. J’ai d’ailleurs pu travailler les deux premiers jours.” Où vous trouviez-vous au plus fort de la tempête ? “Au haussariat. Mais Oli est passé plus loin que prévu de Tahiti et le phénomène a été moins fort. Mais sur Tahiti, comme en Guadeloupe il y a une trentaine d’années, il y a des habitations qui ne sont pas adaptées aux cyclones. À Faa’a, des familles ont perdu leur habitation…”

Comment réagissez-vous à ces premières constatations sur le terrain après le passage d'Oli ?

“J'ai souhaité venir voir les familles parce que le président Tong Sang a organisé avec le maire de Paea le rassemblement de ces familles dans des maisons en dur, parce qu'on ne pouvait pas les laisser chez elles dès lors qu'il y avait un risque de glissement de terrain. Ça se passe plutôt bien, mais les gens sont quand même mieux chez eux, et c'est la raison pour laquelle j'ai invité le maire, puisque l'alerte rouge et l'interdiction de circuler ont été levées, à leur permettre de regagner leurs domiciles. Nous ferons un état des lieux et s'il faut leur apporter les premiers secours et les moyens pour leur permettre de reconstituer leur équipement, j'ai indiqué au président du Pays que j'étais prête à engager la procédure du fonds de secours qui est mise en place au niveau national.”

Comment, concrètement, l'aide de l'État pourrait-elle s'appliquer ici ?

“Il s'agit d'aides individuelles. Il n'y a pas obligation que le président Gaston Tong Sang enclenche la procédure catastrophe naturelle, nous pouvons le faire directement. Je veux simplement avoir une évaluation pour arrêter le dispositif très rapidement. Il faut aider les familles, c'est ça aussi la solidarité nationale. J'en ai beaucoup parlé quand je suis arrivée, vous voyez, elle est concrète. En tout cas, je n'abandonne pas les Polynésiens.”

Est-ce que vous comptez toujours partir ce jeudi soir ?

“Non, je ne pars pas ce soir (hier soir, ndlr), même s'il y a un avion. Vous savez que la situation est préoccupante dans les Australes. Le cyclone se dirige droit sur Tubuai avec des vents estimés à 200 km/h et des vagues de six à sept mètres, donc je ne partirai pas tant que je n'aurai pas des assurances concernant la situation de cette île, notamment par rapport aux personnes qui y vivent. Aujourd'hui, vous savez qu'on ne peut pas regagner l'archipel des Australes, on ne peut pas faire d'évacuation. Le lagon est petit. La population est repliée à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer. L’habitat est fragile et les gens ont été mis à l’abri dans les bâtiments en dur : la mairie, l’école et les bâtiments publics. Ça peut être très grave. Nous faisons une réunion tout à l'heure pour mobiliser tous les moyens de manière à permettre l'enclenchement des secours le plus rapidement possible si on devait avoir une dégradation très forte aussi bien au niveau des biens que des personnes.”

Quel est votre plan ?

“En accord avec le président Gaston Tong Sang, j’ai demandé au commandant supérieur des forces armées de mettre le Pays en pré-alerte. Il faut que nous puissions avoir une réaction rapide dès lors que les conditions permettront aux avions de décoller et aux bateaux de naviguer. Tous les moyens militaires, la sécurité civile, les pompiers, des médecins sont mobilisés. Nous sommes parés pour une opération humanitaire. Les habitants attendent de nous qu’on anticipe. Il vaut mieux en faire plus plutôt que de se laisser surprendre.”

Propos recueillis par CV et FXG, agence de presse GHM


Au chevet de Bora Bora

DÉPLACEMENT. Invitée par le président Tong Sang à se rendre sur l'île de Bora Bora, la ministre de l'Outre-mer Marie-Luce Penchard a pu se rendre compte des dégâts causés par le cyclone Oli.

Marie-Luce Penchard aura consacré près de 2 h 30 au président Tong Sang et sa délégation de ministres pour se faire une idée précise de l'état des dégâts que le cyclone Oli a occasionnés à la Perle du Pacifique. Du dispensaire de l'île où quelques malades sont en convalescence, à un hôtel de la place partiellement endommagé en passant par le fare d'un habitant qui a vu sa maison se faire souffler comme un fétu de paille, la ministre n'en est pas repartie indemne : “Je suis triste de laisser les gens dans les conditions dans lesquelles nous les avons vus. Je sais que tout sera fait puisque j'ai échangé avec le président lors de notre retour afin que des moyens soient mobilisés. Laisser les gens passer la nuit à la belle étoile, c'est un peu difficile à concevoir au XXIe siècle”.

Une situation due à la mauvaise qualité des logements qui reste encore plus incompréhensible pour la ministre puisque 80 millions d'euros (9,5 milliards de Fcfp) du Contrat de projets sont justement destinés aux logements sociaux et “sur ces crédits, seulement 2% ont été engagés par le Pays. Donc vous voyez que ce n'est simplement pas une situation de moyens financiers. Je souhaite aider les élus de la Polynésie à trouver une forme de gouvernance qui leur permettra de mettre en place ces politiques publiques car les Polynésiens en ont besoin”.

NP

FLASH

À la mairie de Bora Bora, on s'affaire à comptabiliser les dégâts sur l'île. Il faudra sans doute plusieurs jours avant de connaître l'étendue exacte des destructions. Les premières estimations font état de 40 maisons sinistrées dans la commune de Anau, là où les vents ont été les plus violents. À Nunue et Faanui, on compte moins de dix destructions par commune. Il s'agit principalement d'inondations et de dégâts liés à la houle. Du côté des hôtels, l'Intercontinental a perdu des pans de toitures et le Bora Bora Lagoon Resort a vu trois de ses bungalows tomber dans l'eau. Plusieurs pensions installées sur les motu ont également perdu des bungalows. Côté humain, Bora Bora dénombre deux blessés. Le premier, légèrement blessé, a été secouru dans le lagon alors qu'il était en bateau. Le second est tombé d'un toit et a été évacué vers Tahiti.

Nicolas Perez
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Commentaires anonymes

06/02/2010 à 16h09

D'accord avec toi PC, la ministre doit voir ce spectacle de désolation non pas pour l'attendrir en vue d'obtenir encore des transferts de l'Etat qui iront je ne sais où, mais pour qu'elle prenne la mesure des écarts de richesses vertigineux qui existent dans notre pays. Il y a de profondes réformes sociétales à engager ici, à l'instar de celles qui l'ont été il y a 30 ans aux Antilles où à la Réunion. Le problème, c'est que l'on a chez nous des hommes politiques incompétents, parfois voleurs, mais surtout obnibulés par le pouvoir, ce qui les amènent bien souvent à refuser la collaboration de l'Etat, jugé trop ingérent. Il faut des catastrophes naturelles de cette ampleur pour qu'ils mettent leur orgueil de côté et acceptent de dévoiler ce qui n'est pas beau chez nous, la pauvreté et l'égoisme de notre société.

05/02/2010 à 17h50

Un grand merci à cette ministre pour le moins insolite... Faire preuve d'humanisme ça peut surprendre de la part d'un ministre ! Nous avons en fait à faire à un tourbillon genre Sarkozy, elle est partout, c'est à vous donner le tournis !...
Trève de plaisanterie, encore merci Mme la ministre, on est très heureux d'apprendre que pour une fois les fonds iront aux Australes et aux sinistrés et non jetés par les baies vitrées des ministères et autres Danaïdes d'Etablissements publics, véritables pompes à fric...

Légal

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