Publié le jeudi 09 juillet 2009 à 09H47
HAO. Marcel Jurien de la Gravière, délégué à la sûreté nucléaire et en visite hier au chantier de réhabilitation de Hao, estime que sur le plan environnemental “30 ans après, il n'y a plus rien” et n'a pas fait sienne l'expression “essais propres”.
L’ESSENTIEL
- Le délégué à la sûreté nucléaire, Marcel Jurien de la Gravière a constaté hier sur Hao le début des travaux de réhabilitation qui s'étaleront sur 7 ans et coûteront 7 milliards de Fcfp
- “J'ai toujours dit qu'il y avait eu des retombées, que tout ça n'était pas parfait”, a-t-il déclaré
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Au point de vue de l'environnement, il estime que 30 ans après, “il n'y a plus rien”
Sept ans, sept milliards de Fcfp. C'est le temps et le prix de la réhabilitation que consacrera le ministère de la Défense à Hao, la base arrière des années CEP. Le délégué à la sûreté nucléaire, Marcel Jurien de la Gravière, s'y est rendu hier dans le cadre de ses visites bi-annuelles, histoire de constater de visu le début du nettoyage.
Et après ces sept années ? C'est là toute la question pour l'atoll. Car si la présence militaire soutiendra la vie économique, le futur, l'après, reste incertain. Et ce n'est pas un hasard si le DSND a d'entrée planté le décor : “Ça ne se fera pas sans la commune et la Polynésie française, sans qu'il y ait des projets.” La mairesse, Suzanne Butcher, est restée stoïque. Il y a bien l'idée de se lancer dans la régénération de coco, mais il faut dire que, question projet, on est plutôt au régime sec. “Il faut d'abord nettoyer, lâche la première magistrate. On verra après car pour l'heure, on ne sait pas comment on pourrait faire des projets, qui va payer ?”
Payer… C'est le coeur du problème. Et c'est l'idée d'un projet de loi en préparation à Tahiti sur les conséquences environnementales. “À l'époque des essais”, le DSND reconnaît “les retombées radioactives” mais selon lui “30 ans après il n'y a plus rien”. À peine concède-t-il “quelques petites indications de radioactivité liées au césium sur le plateau de Taravao, sans conséquence sanitaire”. Mais quid pourtant des sous-sols de Moruroa et Fangataufa ? Ici les conséquences sont bien flagrantes et, pour Marcel Jurien de la Gravière, demeurent “une situation d'irréversibilité par rapport à la radioactivité”.
Cependant, au terme de ces trente années, il y a eu la loi Morin reconnaissant les victimes et encadrant les indemnisations ce qui sur le fond est une reconnaissance que les essais n'étaient pas aussi propres qu'ils ont été vendus. “J'ai toujours dit qu'il y avait eu des retombées, que tout ça n'était pas parfait”, s'est exclamé le délégué allant jusqu'à qualifier l'expression essais propres d'“élément de langage qui appartient aux associations” et que lui, depuis le début de son mandat, n'a “jamais utilisé ce terme-là”.
Aujourd'hui trente ans après, avec le dernier chapitre de l'ère CEP nommé “réhabilitation” ou nettoyage, nombre de communes comme celle de Hao apprécient avec difficultés ce tournant, et nombre de victimes attendent avec espoir la portée des décrets de la future loi Morin.
PL
Entretien Marcel Jurien de la Gravière, délégué à la sûreté nucléaire
Dans le prolongement de la loi Morin votée à l'Assemblée, localement un projet de loi est en préparation relative à l'indemnisation concernant l'environnement, vous en pensez quoi ?
“Je ne sais pas ce que les gens mettent derrière le mot ‘environnement’. Si dans ce mot il y a, installer des populations à Moruroa et Fangataufa, je l'ai dit plusieurs fois, ce sont deux atolls qui ont vécu un peu moins de 200 expérimentations nucléaires, ils sont irréversiblement impactés par les essais nucléaires et donc il ne faut pas les rendre à des habitations. Il faut continuer à les surveiller. Donc si c'est ça, je ne vois pas en quoi il y aurait une loi sur l'environnement. Concernant l'environnement de la Polynésie, je rappelle qu'aujourd'hui, le contrôle de la radioactivité dans l'ensemble de la Polynésie montre qu'il n’y a absolument aucune anomalie. Et ce sont des laboratoires indépendants qui le font. Si maintenant, il s'agit de dire que l'État français doit faire une loi parce que dans le mot ‘environnement’, il y a tout ce qui concerne la faune et la flore et puis il y a ce qui concerne la société, l'éducation… Là, je crois qu'il y a un rapport entre l'État et la Polynésie, il y a un statut d'autonomie de la Polynésie et personnellement je ne suis pas compétent pour vous répondre sur l'objet d'une loi environnement dont le périmètre irait jusqu'au problème de la société.”
Toutefois, d'un côté on dit qu'il y a pu avoir un lien de cause à effet sur la santé humaine mais il n'y aurait rien sur l'environnement. À partir du moment où cela a touché les hommes, ça touche la nature.
“À l'époque des essais c'est totalement vrai, les retombées radioactives des essais, si vous alliez faire des analyses aux Gambier, d'ailleurs c'est à partir de là qu'on a défini qu'il y avait eu des retombées non négligeables. Mais 30 ans après, il n'y a plus rien. Pour être tout à fait transparent, il doit rester en Polynésie quelques petites indications de radioactivités liées au césium sur le plateau de Taravao, sans conséquence sanitaire. Mais si vous faites des mesures de traces dans l'environnement à Taravao, on doit être capable de faire sortir l'élément césium qui est un marqueur de la radioactivité.”
Qu'en est-il des sous-sols ?
“Moruroa et Fangataufa sont dans une situation d'irréversibilité par rapport à la radioactivité. À 400, 600, 800 mètres, il y a des laves de tous les tirs souterrains qui sont des laves radioactives qui resteront là, elles sont bien confinées dans le basalte. Ces atolls n'ont pas été habités, ils n'ont pas vocation à l'être. Ils sont simplement surveillés pour garantir qu'il n'y ait pas de re-largage de radioactivité ou d'éboulement lié à des fragilisations du tombé corallien. Il y a de la radioactivité à Moruroa dans toutes les cavités de tir et elle a une durée de vie de plusieurs milliers d'années donc il ne faut pas rêver c'est irréversible, ça a été fait comme ça. Il faut surveiller pour garantir que ça n'affecte pas l'environnement.”
Dans le cadre de la loi Morin, certaines associations s'estiment être exclues du comité qui proposera au ministre les indemnisations, pour quelle raison ?
“C'était une des revendications des associations : être dans le comité de suivi. Là, je m'appuierai sur le débat à l'Assemblée nationale où le ministre a répondu en disant que pour lui, c'était très dangereux de mettre des associations dans un comité d'indemnisation qui est un comité d'experts dans le domaine de la médecine. Les associations, jusqu'à nouvel ordre, ne sont pas compétentes en expertises de médecine, et puis quelles associations mettre dans ce comité ? Combien on en met ? Et les personnes qui ne sont pas dans les associations, elles sont défendues comment ?”
Après cette loi Morin, qui vise à indemniser les victimes des essais nucléaires, vous pouvez dire aujourd'hui que ces essais nucléaires n'étaient pas si propres, qu'ils n'étaient pas sans danger pour les populations ?
“J'ai toujours dit qu'il y avait eu des retombées, que tout ça n'était pas parfait. Si on revient à Hao, c'est bien parce que ce qu'on a fait en 1996/1998 n'a pas été parfait, sinon on ne serait pas revenu. Quand on trouve des batteries dans des palettes en béton dans le lagon, c'est quand même pas un modèle de démantèlement intelligent. Et sur le plan des essais propres, je rappelle que le terme d'essais propres c'est un élément de langage qui appartient aux associations et que moi, dans tous les cas depuis le début de mon mandat, je n'ai jamais utilisé ce terme-là. Il m'a toujours été proposé, mais je ne l'ai jamais utilisé.”
Propos recueillis par PL








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Commentaires anonymes
14/07/2009 à 07h26
lorsque l'état français s'est imposé installé et contaminé notre nation tahitienne il n'y a jamais eu de loi ,
pour compenser et indemniser les dégats causés par cette .... de bombe nucléaire il faut voter des lois ,
il faut arrêter de prendre les tahitiens pour des couillons, quand s'arrêtera cette ignominie,
iotua