“Entrer dans une logique de gestion”

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Publié le samedi 05 septembre 2009 à 07H47

ATELIER 1. Depuis de nombreuses années au coeur de la vie économique du Pays, Luc Tapeta est un homme très bien informé dont l'optimisme concernant l'usage qui sera fait des conclusions des états généraux est communicatif.

L’ESSENTIEL

  • “La société civile vient dire aux hommes politiques à travers les états généraux ‘voici votre feuille de route’”
  • “Devenons des experts dans le cadre de notre autonomie avant d'aborder la question de notre indépendance”
  • “Dans la fonction publique, il y a de réelles compétences et une vraie richesse, mais on a tué l'initiative”

Où en sommes-nous ?

Quelle a été votre motivation lorsque vous vous êtes inscrit aux états généraux et que pensez-vous aujourd'hui ?

“J'ai voulu utiliser la possibilité que l'État a donnée à la société civile de s'exprimer autrement que par un bulletin de vote. La deuxième raison de ma présence est qu'on est dans une nouvelle époque qui nécessite d'inventer un nouveau modèle de société auquel je veux participer. Je préfère toujours courir le risque de devoir dire que je me suis trompé, plutôt que de ne rien faire et dire plus tard ‘si j'avais su…’, parce qu'on ne rattrape jamais le temps perdu. Mon regret est que nous étions 150 inscrits à cet atelier et que nous nous sommes retrouvés moins de 30 à chaque réunion et 8 à la dernière ! Ça m'interpelle. J'ai un autre regret, c'est l'absence des jeunes. Or nous étions encore en période de vacances universitaires donc les étudiants auraient pu être là. Les chefs d'entreprise n'ont pas non plus envoyé leurs jeunes employés assister à ces travaux et c'est vraiment dommage.”

Comment expliquez-vous la situation actuelle ?

“J'ai personnellement très mal vécu les événements depuis 2004, entre le parjure, le nomadisme politique et les conséquences des renversements sur l'économie. Mais le comportement des hommes politiques depuis cinq ans n'est pas seul en cause. Le diagnostic qui nous a été soumis au commencement de nos travaux a très clairement démontré que la crise était structurelle et que ses origines sont beaucoup plus anciennes. Même moi qui suis plutôt bien informé, je ne m'attendais pas à un constat aussi sévère.”

Où allons-nous ?

Quel cap devraient se fixer les responsables du pays ?

“Le passé, c'est le passé ! L'enjeu véritable aujourd'hui, c'est de déterminer quel modèle de société nous décidons de mettre en oeuvre ! Inutile de continuer à se gargariser avec des mots comme ‘un pays grand comme l'Europe’, des ‘difficultés insurmontables dues aux distances’… On est une population équivalente à celle d'une ville métropolitaine moyenne, point ! Définissons une bonne fois pour toutes le cap et ensuite déterminons la marche à suivre. Mettons en oeuvre des moyens efficaces et parfaitement calibrés et fonçons ! Même si les objectifs ne doivent pas être les mêmes dans les archipels éloignés dont il faut respecter les spécificités.”

Quelle serait parmi tout ça la priorité ?

“Pour moi, la priorité à court terme c'est la relance économique par la commande publique. Même si le plan d'action a démarré un peu tard, il est en marche. Le deuxième levier de la relance, c'est l'initiative privée. Il faut donc absolument aider les entreprises existantes à traverser la crise actuelle en maintenant les emplois. À plus long terme, il faudra que la solidarité prenne tout son sens entre jeunes et vieux, riches et pauvres, valides et malades, et pour cela les hommes politiques devront jouer pleinement leur rôle.”

Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Quelle solution imaginez-vous pour y arriver ?

“Il faut ramener la taille de l'appareil politique à des proportions réalistes pour enrayer les appétits et les marchandages totalement stériles pour le Pays. Et les remplacer par un grand ministère de la Relance. De même, la représentation à l'assemblée doit être en phase avec les nécessités économiques et sociales du Pays pour cesser de perdre du temps et de l'argent avec des représentants sous-formés qui prennent des décisions à l'emporte-pièce trop souvent contre-productives. L'administration, elle aussi, doit être redéployée vers des axes plus efficaces au service du développement économique. La priorité, c'est d'entrer enfin dans une logique de gestion ! Ce n'est pas très compliqué, mais si ça nécessite de former les responsables du pays, eh bien il faudra le faire ! Le tout est d'avoir la volonté de changer d'état d'esprit. Les économies réalisées pourront être affectées à la protection sociale généralisée, au troisième âge, à l'insertion de la jeunesse, à la réforme fiscale… Pour désamorcer toutes ces bombes à retardement qui finiront par nous sauter à la figure si nous ne faisons rien.”

Propos recueillis par MZS

Zoom

À 57 ans, Luc Tapeta a connu un parcours très diversifié. Parti à 17 ans en France, il a accompli une première carrière de 15 ans dans l'armée de l'air, époque qu'il a mise à profit pour acquérir une solide formation de gestionnaire. De retour au fenua, il est entré en 1984 à la banque Socredo qu'il a quittée il y a un an et demi après avoir occupé diverses responsabilités jusqu'à accéder au niveau de la direction générale au poste de secrétaire général. Depuis lors, Luc Tapeta se consacre, dit-il, “à ses projets personnels”, c'est-à-dire que son emploi du temps est surchargé ! Vice-président du Conseil des entreprises, il a aussi, à la demande des syndicats de salariés pris la présidence pour deux ans de l'organisme de formation professionnelle continue qui vient d'être créé. Membre du conseil d'administration de la CPS, il fait aussi partie du CESC. Administrateur pour le Medef en métropole de caisses de retraite, Luc Tapeta a été consulté par l'État sur la mise en place d'un régime de retraite alternatif à l'ITR.

Marie-Hélène Zanni
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07/09/2009 à 10h36

Une analyse aussi pertinente qu'inquiétante Gérald ! Beaucoup aurait fait la même à la virgule près...
Reste à espérer que les Polynésiens se réveillent, apparemment il y en a quand même quelques-uns qui ne dormaient pas lors de ces EG !
Il est impératif que ces derniers entraînent les autres et que la restitution des conclusions amène l'Etat à proposer les changements souhaités et s'efforce de les mettre en place par tous les moyens à sa disposition voire par la voie du référendum.

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06/09/2009 à 19h49

“Dans la fonction publique, il y a de réelles compétences et une vraie richesse, mais on a tué l'initiative”

Je suis totalement d'accord avec cette affirmation! D'autant qu'il y a eu pas mal de jeunes comme moi qui sont rentrés au fenua et ont souhaité servir le pays et réussi les concours... Au bout de deux ans, j'ai été tellement déçu de la façon dont étaient gérés tous les domaines de compétences dont le Pays dispose et alors que les nouvelles idées ou tout simplement le bon sens que l'on essaye d'apporter sont balayés d'une main car ça ne cadrait pas avec la 'tradition' du fonctionnariat LOCAL uniquement intéréssé par s'engraisser de ses privilèges que j'ai demandé une mise en disponibilité à contre-coeur pour ne pas devenir une autre vieille croûte...

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05/09/2009 à 23h14

Mauruuru Mr Tapeta pour ce diagnostic qui commence à mieux cerner les enjeux réels et les virages à effectuer, en prenant en compte la situation geographico-économique particulière du pays, en sortant de la culture du pito.

Maintenant, au dela des mots et du constat, il est clair qu'il serait temps d'aborder enfin les vrais problèmes, le système politique tel qu'il fonctionne actuellement avec son cortège de clientélisme, aborder aussi le problème social et la redistribution des richesses, éventuellement en parlant du sujet tabou de la fiscalité, sans oublier le problème environnemental.

Il semble absolument urgent de réveiller la population et de l'intéresser à son destin, on a vraiment l'impression que la majorité des citoyens n'ont pas consciences des enjeux et problèmes réels.
:(

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05/09/2009 à 21h08

Pour créer des emplois, il faudrait attribuer le droit de propriété de la terre à qui de droit, aux Polynésiens. Chacun de nous aurait minimum 100m² à exploiter, voire + si la famille se concertait sur différents plans de restructuration de la terre. J'entends par là qu'au lieu de se déchirer, on pourrai parler "doucement, sans crier" sur le "comment" on va procéder au partage. Faîtes vos papiers, la généalogie et tout ce qui se rapporte au terrain et mettez vous d'accord. Arrêtez de taper du poing pour dire que c'est nous qui avons la plus grosse part! NON. Tout le monde a droit et, + on attend, + on aura de petites part chacun donc, obliger de vendre parce qu'on pourra rien exploiter (au plaisir de l'Etat...!). Ré attribution de la terre à qui de droit et on pourra parler d'emplois. Il y a tellement à faire à TAHITI que les projets ne manquent pas (maisons d'hôtes à prix cassés parce que proprio des terres donc pas de locations, l'agriculture deviendrai une joie au lieu d'une corvée pour beaucoup et bien d'autres projets encore mais, pour cela, il faudrait que les terres reviennent à leur proprio=> c'est la base du développement économique du pays! A éradiquer les col-blancs...!

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