Publié le mercredi 19 août 2009 à 08H58
ATELIERS 1, 2 ET 6. Étudiante en économie à l’Université de Polynésie française, Timeri Tarano souligne l’urgence de rétablir une stabilité politique pour redresser le pays.
L’ESSENTIEL
- Elle estime que c’est l’instabilité politique qui a précipité le Pays dans la crise
- Elle souhaite une baisse des impôts des sociétés
- Elle préconise la mise en place d’amendes municipales pour les pollueurs
Où en sommes-nous ?
Pourquoi as-tu décidé de participer aux états généraux ?
“Je m’y suis d’abord intéressée par rapport à mes études. Compte tenu des cours d’économie et de gestion que je suis à l’université, je me suis dit que de participer aux états généraux, particulièrement à l’atelier 1, allait m’aider à mieux comprendre comment le pays fonctionne. Je participe aussi aux ateliers 2 et 6 car je me sens concernée par l’environnement et au niveau de la culture, en tant que danseuse dans un groupe, je m’intéresse au secteur. Comme d’autres, j’aimerais apporter mes suggestions aux débats. Ces états généraux sont l’occasion de donner la parole à la population et le fait de pouvoir réunir les points de vue de chacun et de les mettre en commun aura, à mon avis, plus de poids dans les discussions en métropole. C’est très positif. Ça va peut-être permettre également d’éviter les écueils du passé, comme pour les essais nucléaires où il a fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour que les fautes soient reconnues : le fait de passer sous silence les essais de Moruroa ne se reproduira pas dans un autre contexte.”
Où allons-nous ?
Quels caps souhaites-tu voir se fixer dans les trois ateliers auxquels tu participes ?
“Je crois que l’urgence se trouve dans le fait de rétablir une stabilité politique, ce qui permettra de régler une grande partie des problèmes, à commencer par celui du budget. Pour le moment, personne ne sait où il va, et ce depuis bien trop longtemps. C’est tout ce désordre qui nous a amené là où l’on est aujourd’hui. Il faudrait mettre les choses à plat une bonne fois pour toutes, sans ça, on arrivera à rien. En ce qui concerne le développement durable, il est primordial de mesurer l’importance de préserver son environnement. Étant donné que les ressources en pétrole s’appauvrissent et compte tenu de la vitesse à laquelle la pollution augmente, il faut très rapidement se tourner vers les énergies renouvelables et commencer à faire des gestes simples au quotidien : trier ses déchets, ne pas polluer négligemment, installer des ampoules à économie d’énergie sont des choses facilement applicables. Pour l’atelier 6 enfin, on ne peut pas réduire la culture à la danse et au chant. C’est beaucoup plus que cela et notamment la langue polynésienne, qui à mon avis, devrait être enseignée dans les écoles de manière obligatoire.”
Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Quelles mesures concrètes imagines-tu ?
“Il faut avant toute chose remédier à la baisse d’activité économique si on ne veut pas que le pays s’effondre. On peut imaginer mettre en place des mesures fiscales qui réduiraient leurs impôts. Ça va permettre à celles qui existent déjà de sortir la tête de l’eau et à celles qui voudraient se créer de se donner les moyens de le faire. Ce n’est pas normal que l’on commence à payer des taxes avant même d’avoir débuté son activité. Pour l’atelier 2, je propose de mettre en place des campagnes d’information pour sensibiliser et faire réfléchir la population sur l’état de l’environnement. Ça commence à se faire, mais il faudrait que ça se généralise encore plus car les gens n’ont pas pleinement pris conscience de l’ampleur de la situation. Il faut débloquer des budgets pour ces campagnes. À mon avis, la prise de conscience collective passe par là. Pour l’accélérer, on peut aussi mettre en place un système d’amendes. Par exemple quelqu’un qui jetterait une ordure par terre se verrait pénaliser de la même manière que s’il grillait un feu rouge. Ça se passe comme ça à Hawaii notamment, où les gens sont taxés s’ils jettent leur chewing-gum par terre. Et il y a plein d’autres endroits où des amendes administratives sont données aux pollueurs pour chaque jet de déchets sur la voie publique. C’est une très bonne chose. Ça force les gens à rester propres, ça permet de les éduquer un peu. En ce qui concerne le développement culturel et artistique, il me semble important que l’enseignement du tahitien soit obligatoire. Ce n’est pas normal que le choix des langues se fasse entre l’anglais et l’espagnol et que le reo maohi ne soit que facultatif. Ça devrait être imposé dès les petites classes, en CP par exemple, quand les enfants apprennent à lire.”
Manon Hericher
Zoom
Née à Raiatea en 1989, Timeri Tarano est arrivée il y a deux à Tahiti, après un bac scientifique, pour suivre des cours à l’université. Étudiante en économie, mention gestion, elle vient d’entamer sa deuxième année à l’UPF. Benjamine d’une famille de trois enfants, elle partage aujourd’hui une maison avec ses deux frères, magasiniers, et retourne voir ses parents pendant les grandes vacances. Ses études l’aident à mieux comprendre le fonctionnement du pays au quotidien et elle profite des états généraux pour déchiffrer la situation de la Polynésie dans le contexte de la crise économique mondiale. Elle est aujourd’hui convaincue que sans un remaniement de la classe politique, le pays ne pourra pas sortir de cette crise.







