“Développer le concept d’océanisation”

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Publié le jeudi 03 septembre 2009 à 09H38

ATELIERS 4, 5 ET 7. Professeur au collège de Faa’a, c’est avec un regard d’historien mais en tant que citoyen que Tajim Monod participe à ces états généraux. Il souhaite, avant toute chose, voir s’assainir les relations entre État et territoire.

L’ESSENTIEL

  • Tajim Monod aimerait que soient un peu plus prises en compte dans les décisions politiques les spécificités du Pays, ce qu’il appelle le concept d’océanisation
  • Il envisage ces états généraux comme le moyen de réfléchir à un véritable destin commun entre État et territoire
  • Il estime que le voile doit être levé sur les essais nucléaires et que la vérité doit maintenant voir le jour

Où en sommes-nous ?

Pourquoi avez-vous décidé de participer aux états généraux ?

“On a besoin de remettre les choses à plat, de s’asseoir autour d’une table pour discuter de l’avenir. Au pire des cas, même si on accouche d’une souris, on aura fait une psychothérapie collective dont on avait vraiment besoin. On a réalisé qu’il n’y avait pas d’État impartial, qu’il nous avait menti concernant les essais nucléaires, on a aussi réalisé que sa dette n’était pas éternelle : on pensait que l’argent allait couler à flot ad vitam eternam mais ce n’est pas le cas et on s’est également rendu compte que l’État a longtemps soutenu les élus qui sont actuellement montrés du doigt ou poursuivis en justice pour avoir commis des malversions sous son nez… En clair, l’État s’étant montré incapable de définir une politique claire pour l’outre-mer en général et la Polynésie en particulier, le temps est venu de réfléchir à un véritable destin commun. C’est le sens de ces états généraux.”

Où allons-nous ?

Quels caps souhaitez-vous voir se fixer dans les différents ateliers auxquels vous participez ?

“Ce que je souhaiterais surtout c’est que ressortent de ces états généraux des relations assainies avec l’État. On ne peut plus se permettre de jouer au petit jeu malsain du chantage “attention, si vous arrêtez les transferts on va demander l’indépendance…”. “The Dream is over”, le temps où l’État injectait sans compter est terminé. Pour paraphraser un ancien ministre de l’Éducation, il faut commencer par “dégraisser le mammouth”. Souvent on a manqué de clairvoyance, or, gouverner c’est prévoir et on est un peu trop resté sur la ligne “politique politicienne” en oubliant de faire de la politique au sens noble du terme, c’est-à-dire gérer la cité. À un moment donné, il faut se poser des grandes questions, notamment en matière de santé (est-ce qu’on centralise, ou décentralise ?) et d’éducation (on dépense deux fois plus pour un élève polynésien que pour un élève métropolitain alors que seuls 38,5% d’une génération ici atteignent le niveau bac, contre 70% en métropole). Il faudrait développer un petit peu plus l’idée d’océanisation. On a trop tendance à penser hémisphère nord dans beaucoup de domaines et à faire du copier-coller de ce qui se fait en métropole.’”

Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Quelles solutions concrètes envisagez-vous ?

“L’une des solutions réside à mon sens dans ce changement radical des mentalités : il nous faut (ré)apprendre à penser comme des Océaniens. Les Anglo-Saxons utilisent l’expression “pacific way” qui devrait selon moi se traduire au niveau politique par la recherche systématique de solutions qui prennent en compte les spécificités du Pays. Il faut accepter de régionaliser les décisions politiques. On a reproduit ici le même principe de centralisation qu’à Paris mais Papeete n’a pas toujours raison pour les petites vallées des Marquises. On a parlé du Conseil des Archipels, malheureusement, il n’a toujours pas vu le jour. Il faut maintenant être courageux et se dire “adaptons notre mode de vie à notre situation d’insularité”. À mon sens, ce n’est pas encore suffisamment pris en compte. Au niveau énergétique par exemple, il n’est pas normal que des îles de très petite taille ne soient pas totalement indépendantes avec toutes les énergies dont elles regorgent. Quand je vois que la Réunion s’est donné un calendrier pour obtenir 60 à 70% d’indépendance énergétique alors qu’elle compte environ 800 000 habitants et que de notre côté nous n’arrivons pas à nous fixer des objectifs, je ne nous trouve pas très ambitieux. Pour finir sur le nucléaire, il est très important que l’on en parle et que l’on ne se laisse pas faire : quand l’État, pudiquement, nous dit qu’il y a eu des retombées jusqu’à Taravao, ça me choque. J’aimerais que l’on joue cartes sur table et que l’on soit véritablement transparent, quitte à faire mal. En tant qu’historien, je crois qu’il est nécessaire, pour la mémoire collective, que les gens sachent ; sans forcément montrer du doigt le “vilain État qui s’est mal conduit”, car on a été largement complice, mais il faut arrêter de faire l’autruche. Maintenant il faut tout mettre à plat pour repartir sur des bases saines.”

Manon Hericher

Zoom

Né à Papeete en 1972, d’un père métropolitain et d’une mère américaine, Tajim Monod a grandi à la Presqu’île, dans un milieu considéré comme marginal, car contestataire et résolument antinucléaire, où se côtoyaient Henri Hiro, Bobby Holcomb ou Tea Hirshon. Il est parti étudier à Sciences Po Aix-en-Provence pendant cinq ans et s’est établi à son retour à Raivavae, pendant trois ans. Depuis bientôt huit ans, il enseigne l’histoire-géo au collège de Faa’a et vient de reprendre des études de droit à l’UPF. À travers ces états généraux, il voudrait “témoigner pour ces gens qui, à une époque, ont refusé un État qui faisait peser une chape de plomb sur le pays […] et qui ont participé – que ce soit Hiro, Bouvier, Monnot, ou d’autres – à certaines prises de conscience”.

Manon Hericher
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04/09/2009 à 13h36

Lancer enfin les bases d'une véritable communauté de destin entre Etat et territoire, voilà une manière en effet d'aborder sereinement l'avenir. Avec l'espoir que cela ne se réduise à un einième effet de manche de la part de nos responsables mais se concrétise dans les faits conjointement à un réel concept d'océanisation.

04/09/2009 à 09h20

C'est des gens comme ça qu'il faudrait écouter et faire parler plus souvent.
Un discours serein, de conciliation et axé sur un avenir de développement durable et régional.
En plus c'est quelqu'un qui se remet en cause puisqu'il reprend ses études.
Heureusement qu'il existe de telles personnes qui oeuvrent au sein des Etats Généraux pour donner des directions pour le Pays.

Mauruuru

04/09/2009 à 07h20

Et paf BORLOO ARRIVE:

"Au niveau énergétique par exemple, il n’est pas normal que des îles de très petite taille ne soient pas totalement indépendantes avec toutes les énergies dont elles regorgent. Quand je vois que la Réunion s’est donné un calendrier pour obtenir 60 à 70% d’indépendance énergétique alors qu’elle compte environ 800 000 habitants et que de notre côté nous n’arrivons pas à nous fixer des objectifs, je ne nous trouve pas très ambitieux. Pour finir sur le nucléaire, il est très important que l’on en parle et que l’on ne se laisse pas faire : quand l’État, pudiquement, nous dit qu’il y a eu des retombées jusqu’à Taravao, ça me choque. "

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