“Dévaluer le franc pacifique”

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Publié le jeudi 20 août 2009 à 09H02

ATELIERS 2 ET 6. L’urgence est à l’action, selon ce dirigeant d’entreprise, diplômé d’une école supérieure de commerce. Teva Janicaud en appelle à des mesures concrètes, notamment en matière de tourisme.

L’ESSENTIEL

  • Il estime que les politiques doivent prendre des mesures, même si elles sont impopulaires
  • Il évoque un sujet tabu : la dévaluation du franc pacifique
  • Il préconise le benchmarking, et la veille concurrentielle pour faire de Tahiti une vraie destination touristique

Où en sommes-nous ?

Pourquoi avez-vous décidé de participer aux états généraux ?

“Je ne pourrai pas me regarder en face dans dix, 15, 20 ans et expliquer à mes enfants que je n’ai rien fait, si jamais le pays se retrouve dans une situation qui ne leur convient pas. Alors je ne sais pas si cela aboutira, mais au moins j’y aurai participé.”

Pourquoi avoir choisi les ateliers 2 et 6 ?

“Il y a beaucoup à faire en ce qui concerne les grands projets structurants et le développement durable (atelier 2). Ce qui a déjà été réalisé ne l’a pas toujours été dans un esprit de développement durable. Le développement du tourisme est un sujet qui m’intéresse particulièrement. Par ailleurs, on ne peut pas faire de développement durable sans intégrer la population, sa culture, ses façons de penser. D’où mon inscription à l’atelier 6 (promotion et développement culturel et artistique).”

Quel constat faites-vous de la situation touristique actuelle ?

“Nous avons un produit au potentiel énorme à travers la marque “Tahiti”. C’est notre grande force. Notre faiblesse c’est que nous ne savons pas valoriser et améliorer notre produit, son packaging. Il est difficile de promouvoir un produit qui a des lacunes. Aujourd’hui nous sommes trop chers, mais surtout trop loin, et notre rapport qualité prix est insuffisant.”

Où allons-nous ?

Que faire alors ?

“La seule solution, pour faire baisser les prix, serait de dévaluer le franc pacifique. C’est un sujet tabu. Mais dans le domaine du tourisme en particulier, si demain nous avons une dévaluation maîtrisée, qui permette de stabiliser le franc pacifique, avec un passage à l’euro dans la foulée, la demande grimpera, car le coût de la destination et du séjour pourrait être divisé par deux. Cela reste tout de même à prendre avec des pincettes, on ne connaît pas vraiment l’impact que cette mesure aurait sur les autres secteurs d’activité. Je crois savoir qu’une étude a été menée par le gouvernement il y a une quinzaine d’années, mais elle est restée dans les tiroirs car les gros investisseurs n’ont pas forcément envie de voir arriver une dévaluation.”

Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Quelles mesures avez-vous proposé dans le cadre des ateliers ?

“Il faut cesser de vouloir réinventer la poudre. Faire des benchmarks (mesurer les performances d'un système pour le comparer à d'autres, ndlr), regarder comment ça se passe ailleurs, quels sont les points forts et les points faibles de nos concurrents et faire de la veille concurrentielle permanente. Quand on voit à quelle vitesse les pays réellement touristiques réagissent, rebondissent sur les événements pour faire venir des touristes ! Nous, nous avons toujours un décalage, un temps de retard.”

Êtes-vous intervenu sur d’autres sujets que le tourisme ?

“L’essentiel des nouveaux bâtiments administratifs qui se construisent se fait en centre- ville malgré l’engorgement que nous connaissons déjà. Pourquoi le pays ne donnerait- il pas une nouvelle impulsion en décentralisant certains sites administratifs sur Taravao (SDR, pêche, culture, artisanat, ...) Cette relocalisation permettrait de créer un second pôle économique avec l’activité qui se développerait autour de ces centres administratifs (logements, commerces, restaurants) donnerait de bonnes raisons de revoir le réseau routier sur Tahiti, de désengorger Papeete et de permettre aux jeunes ménages d’accéder à des logements ou a des terrains plus abordables en dehors du grand Papeete. Toutes ces choses-là ne sont pas nouvelles, un tas d’études ont été faites. Les solutions sont connues, il reste à les mettre en oeuvre. Cela ne sert à rien de refaire des études, d’établir des diagnostics déjà établis au cours des 15 dernières années. Ce qu’il faut aujourd’hui c’est le courage politique d’agir. Il faut prendre les décisions même si elles sont impopulaires. Nous sommes obligés de raisonner en termes de développement durable. Tant que la France nous apportait autant d’argent qu’on voulait, ça allait, on pouvait le “gaspiller” comme on voulait. Ce temps-là est révolu.”

Propos recueillis par Khadidja Benouataf

Zoom

Teva Janicaud est né à Rennes il y a 34 ans, d’une mère tahitienne et d’un père français. Il a grandi à Tahiti et après une prépa HEC est entré à l’école Sup de Co La Rochelle. Il a consacré sa thèse à “la place du tourisme dans le développement du territoire”. Après avoir enseigné le commerce international et occupé la fonction de responsable marketing de l’école de commerce de La Rochelle, il revient à Tahiti en tant que Vat dans l’aviation civile, puis occupe le poste de directeur commercial et marketing de l’Océanienne de services bancaires (OSB). En 2003 il sera conseillé technique au ministère du Tourisme. Il est actuellement directeur général d’O.C.A (Océanienne de centre d’appel). Il est également trésorier de l’association PGEM (plan de gestion de l’espace maritime) de Moorea.

Khadidja Benouataf
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23/08/2009 à 20h35

@Hans,

Dans le monde "moderne", tout n'est pas mauvais, mais tout n'est pas bon non plus. Il suffit de voir les excès qui sont commis par la société : déchets en grande quantité, véhicules surabondants, stress, corruption, monde bling-bling ...

Mais revenir à un mode de vie "original" peut se faire par 2 voies :
- autoritaire (comme la révolution culturelle en Chine),
- par choix, mais alors il y a besoin d'exemples convainquant, durables et applicables à grande échelle.

...8)

C'est à chacun de choisir.

[quote]Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.[/quote], [u]Candide[/u], [i]Voltaire[/i]

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22/08/2009 à 23h10

@ bernard
Tu sais man, y a pire que nous. Quand tu regardes les gens dans la forêt ammazonienne, ils s'en sortent parfaitement sans internet, électricité, hopital (parce qu'il y des voitures=>accident et maladies dûes au nucléaire) et tout ce qu'i y a de "moderne", et, on les connaît, on sait qu'ils existent. Pourquoi avoir cette mentalité d'avoir toujours mieux que le "voisin"? ça sert à rien! c'est typiquement un mode de vie "moderne"...on s'en tape. Monter dans les montagnes pour cultiver notre terre et servir notre peuple. Pourquoi vouloir gagner + d'argent?c'est n'importe quoi!mentalité de bourge. Non, restez nous-même et s'auto-suffir, tu verras qu'ils reviendront les touristes...l'originalité, voilà ce les "hommes-modernes" n'ont pas, nous si, et il n'est pas trop tard pour changer.

22/08/2009 à 08h50

Et man, abandonne aussi internet, l'électricité, l'hopital, les avions, les bateaux à moteur, les livres et la démocratie : si tu veux vivre comme avant tu peux toujours vivre sur un motu, dans un atoll isolé (comme le transplanté à Tahanea), ou dans les montagnes (comme les ancêtres).

...8)

Dans la vie "moderne", il n'y a pas que du négatif !
Il suffit de bien choisir !

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21/08/2009 à 20h45

Comment on faisait avant la colonisation? Certes on n'avait pas de touriste mais ils vivaient aussi bien nos ancêtres, la preuve on est là on est train de commenter. On n'a pas besoin d'argent, nous polynésiens que nous sommes. Nous avons été influencé par cette colonisation à rentrer dans cette société complètement débile, avec aucun sens dont on n'en avait pas besoin et maintenant nous voilà entièrement dépendant voire on n'a plus le choix. Revenons au temps du troc. Pourquoi vouloir ressember à ces "hommes modernes" alors qu'on en n'a pas besoin de ces 4x4, de ces grandes maisons vides qui prennent + de place qu'autre chose alors qu'ils y en a d'autres qui ne savent pas où dormir? Changeons de mentalité... On n'avait pas besoin de colonisation, c'est eux qui sont venus instaurer leur mode de vie, on n'avait rien demandé à l'époque. Changeons notre mentalité et on changera de mode de vie, c'était tellement mieux "jadis" en repensant et, c'est ce qui va faire notre originalité, Tahiti, c'était ça la "force de vente"...original et non pas des "copies" ou encore "les sous". Polynésiens, rabaisser votre mentalité, n'essayer pas de copier ces "hommes modernes", on n'en a pas besoin. On a tout et eux, rien...!

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21/08/2009 à 12h56

comparer la dévaluation potentielle du XPF à celle du CFA est un peu osée, le contexte est loin d'être le même (j'y étais...), mais il y a des similitudes :
Les objectifs d'abord : relancer la compétitivité des produits locaux sur le marché international, réduire les déficits budgétaires, et permettre à la croissance de reprendre.
Les freins ensuite : Le problème est que les prix flambent, et surtout il faut un gouvernement fort, ce qui n'était pas le cas dans bcp de pays d'Afrique (certains en guerre), et ce qui n'est pas le cas en Polynésie (ça se saurait...).
Le problème de la parité avec un Euro fort viendra en plus compliquer les choses, comme cela s'est passé en Afrique, plombant les exportations, et provoquant un déficit budgétaire accru et une augmentation de la dette publique.
Et une dévaluation n'empêchera de toutes façons pas la concurrence des autres destinations touristiques que n'ont pas besoin d'états généraux -eux-pour se poser les bonnes questions.
en conclusion : des mesures radicales de changement de l'économie et de la fiscalité sont nécessaires, prises par des politiques "sévèrement burnés", ce qui est plus difficile à trouver sous nos latitudes...

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21/08/2009 à 10h28

100% d'accord Taratoni, BP, Marc, etc :
Il voudrait appliquer l'épée de Damocles de l'état !
Combien d'Africains ont été RUINÉS avec la dévaluation de 50% du CFA qui avait permis à la France ... d'économiser 50% de son aide aux pays concernés ?
Comment voudrais tu pouvoir importer sans augmenter les prix de vente de plus du double ?
Qui trinquerait: encore une fois le peuple, qui n'a ni sa retraite, ni ses économies placées, en Euros bien gras, lui !
Remplacer ce CFP par l'Euro mettrait justement en confiance "l'investisseur" qui serait sur de ne pas avoir des "fruits" en monnaie de singe (c'est leur grande crainte actuelle).
Quant au tourisme, de le maintenir en très haut de gamme pour facturer très cher des services inexistants, ne fait du profit qu'aux chaînes hôtelières (étrangères au pays); une destination "Abacou" permet de multiplier les nuitées, les repas, bars, curios, loisirs, qui sont eux source de VRAI profit au pays.
Blitz, le vrai créateur du Club-Med, avait une théorie de "l'hôtel gratuit" (mais tous les services payants) qui tenait bien la route ! Imagine, la chambre étant offerte tu dépenses allègrement au bar, resto, et activités de l'hôtel ! un peu comme à Las Vegas ... 50$ la suite au Luxor en pleine saison ! Eh oui j'y étais , cela coûte moitié moins cher d'y aller que de passer des vacances "luxe" dans les îles ! Idem pour les croisières, tu as actuellement (Star-Flyer) la semaine en pension complète 4 étoiles, pour l'équivalent du prix des billets d'avion Air-Tahiti (boîte privée qui a le monopole)!
Méditez !

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21/08/2009 à 05h43

Si on dévalue le FCP, disons de 50%, comme tous les produits dans les magasins sont importés, tous les prix vont monter de 100%.

Déjà que c'est cher pour monsieur Tetuanui, alors avec 100% d'inflation, ce sera insupportable on va bientot ressembler au Zimbabwe avec des trucs comme ça.

Mais du point de vue de l'Etat, ce serait interessant, il continuera à verser ses milliards par centaines, mais ça lui coutera 2 fois moins cher.

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20/08/2009 à 20h46

Quid l'euro?

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20/08/2009 à 18h49

La dévaluation est une opération très délicate. Il faut bien calculer le taux de dévaluation. En effet si la dévaluation permet d'accroître les exportations et notamment le tourisme (exportation de services, ou rentrée de devises), elle a la contrepartie d'engendrer une inflation.

De plus la dévaluation nécessite d'avoir une adaptabilité en matière de production. Or aujourd'hui, on sait que le Pays n'a pas cette capacité de production, et notamment en matière alimentaire.

La dévaluation fait également fuir les investisseurs puisque la rentabilité est moindre.

C'est une mesure à double tranchant !!!

Je pense plutôt que l'économie doit d'abord passer par un rééquilibrage entre exportation et importation. (Pas forcément égalité mais plutôt un déséquilibre moins fort).
Et pour cela il faut rééquilibrer (en valeur, et pas forcément en volume) les secteurs économiques : primaires, secondaires et tertiaires.
Le secteur tertiaire prend aujourd'hui trop de place (et notamment au travers l'import).

...8)

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20/08/2009 à 17h04

Je suis très content de ne pas avoir participé à ces ateliers.

Au fait y avaient-ils des boissons servies, car le constat sur le secteur touristique et certaines préconisations relèvent du discussion au café du commerce : beaucoup d'affirmations non étayées de faits : " [i]Notre faiblesse c’est que nous ne savons pas valoriser et améliorer notre produit, son packaging[/i][/i]. [i]Il est difficile de promouvoir un produit qui a des lacunes.[/i] [i]Aujourd’hui nous sommes trop chers,[/i] mais surtout trop loin, [i]et notre rapport qualité prix est insuffisant[/i]
Je pense pour ma part que le fenua veut l'argent des touristes sans les touristes, un peu comme avec l'état...et ça tant que l'on ne le changera pas...
La dévalution ? superbe idée, elle a permis au Vanuatu de devenir une des destinations les plus prisées ! je plaisante of course...

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20/08/2009 à 16h15

c'est peut être bien pensé mais avec les hommes politiques que l'on a et les financiers compétant à l'heure actuelle au gouvernement, ceux-ci ne savent peut être pas gérer un pays mais ce qu'ils savent faire ils le mettront en application si le francs pacifique est dévalué car pour pouvoir commetre des escroqueries et trouver la faille qui va leur permettre de le faire, là, ils sont champions

20/08/2009 à 14h49

Bonjour, et un bonjour particulier à Teva,

Je le rejoins complètement, le franc pacifique, même si ce n'est le cas actuellement, pourrait être dévalué, techniquement, rien ne l'empêche.
J'ai bien lu ses propos, et il a raison(cf:l'essentiel)
pour vendre un produit, la règle des 3 P, jamais appliquée en polynésie
ensuite, arrêter d'être "nombrilistes", dire que tahiti est une destination d'exception, quand on désire vendre un produit, en principe on cible ses clients potentiels!
je n'ai pas de solutions "miracle", ,d'ailleurs ce serait prétentieux de ma part, mais je peux affirmer qu'il existe des pistes que personne n'a voulu explorer,
exemple:les Ce en métropole, en 2008 l'argent des Ce:11,8 milliars d'euros, 31 Salons dans la frnace entière, ma question est toute simple:
est ce que "tahiti", par le biais de son GIe(a quoi sert-il au fait?!)a été présent au moins une fois dans ces salons,
une autre piste, au hasard, cibler les salariés des groupement aériens, il ne payent pas l'avion, ou ils bénéficient de rabais importants, concevoir un package pour eux
il y a d autres pistes, mais ce n'est pas mon job!
cordialement
Franz
NB: ne tenez pas compte des "fautes" de frappe, clavier pas terrible!

20/08/2009 à 14h27

http://www.lesnouvelles.pf/fenua/societe/3729-devaluer-le-franc-pacifique.html

Ouf je respire, je pensais que Monsieur Teva JANICAUD voulait dévaluer les "XPF"!

Vouloir dévaluer un franc pacifique, quelle idée! Autant surévaluer un franc atomique alors!

Et dire que les francs des colonies françaises du Pacifique n'ont jamais été dévalués depuis le 26 décembre 1945... et que la valeur de ce franc virtuel est de un franc-or de 1945!

Avec Honneur

Le président de "la Polynésie française", des Françaises et des Français
René, Georges, HOFFER

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