“Cesser de mésestimer le peuple”

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Publié le lundi 02 août 2010 à 11H38

SYNODE. L'Église protestante maohi s'élève contre la “mauvaise gouvernance”, se positionne contre le centre de détention à Papeari mais évite de trancher concernant l'épineuse question de la libération du peuple maohi “pour éviter un schisme”. Le 126e synode de l'Église protestante maohi s'est terminé hier.

L’ESSENTIEL

  • L’Église protestante maohi a réprimandé les autorités du Pays et de l’État, les appelant à prendre leur responsabilités
  • Elle exhorte les dirigeants de considérer le peuple “comme la prunelle de leurs yeux”
  • Pour l’Église la solution alternative au centre de détention serait de “créer des structures spécialisées aux Australes et aux Tuamotu”

Après une semaine de réflexions autour de nombreux thèmes, l’Église protestante maohi (EPM) a rendu ses conclusions hier, devant un beau parterre composé d’élus locaux mais aussi du haut-commissaire. Assis aux côtés de Gaston Tong Sang, Adolphe Colrat se faisait traduire au creux de l’oreille les discours tenus par le conseil supérieur de l’Église protestante maohi. À la gauche des deux hommes, des membres du gouvernement écoutaient sagement les religieux. Pourtant, il y avait de quoi faire grincer des dents les autorités du Pays et de l’État. L’Église protestante maohi n’y est pas allée de main morte concernant le travail des élus locaux et il y en avait aussi pour l’État, sur le projet de centre pénitentiaire à Papeari. Seule interrogation sur laquelle l’Église s’est préservée, de peur de fâcher ses ouailles : la libération du peuple maohi.

Sans poser les Polynésiens en victimes, le conseil supérieur a appelé les politiques à prendre leur responsabilité : “Le conseil supérieur de l’EPM réitère son appel aux dirigeants du Pays afin qu’ils considèrent le peuple comme la prunelle de leurs yeux et l’objet de toute leur attention. Que les dirigeants de ce pays cessent donc de mésestimer le peuple.” Et exhorte le peuple à se lever : “Le conseil supérieur de l’EPM appelle les serviteurs de la communauté croyante à assumer pleinement leur responsabilité en tant que porteurs du salut du peuple. Il rappelle également qu’il est de leur devoir de se dresser face aux dirigeants pour dénoncer leur mauvaise gouvernance, source du malheur du peuple pour qu’il ne se croit pas abandonné de Dieu.” L’Église protestante insiste en recommandant au Maohi “d’arrêter de se dévaloriser”.

Concernant l’État, l’Église protestante maohi s’est positionnée contre le projet de centre de détention à Papeari. Si la compétence a été rétrocédée à l’État, elle estime que la question des détenus est une affaire qui concerne aussi le Pays et elle-même. L’EPM estime “qu’il convient en premier lieu de réhabiliter les centres de détention implantés à Uturoa, Nuutania et à Taiohae et de créer des structures spécialisées aux Australes et aux Tuamotu”. Adolphe Colrat a rappelé que la réhabilitation de Nuutania faisait partie du projet et que s’il n’était pas “possible de disperser les détenus dans l’ensemble des archipels, nous devons penser à la facilité pour les familles de pouvoir rendre visite aux prisonniers”. L’EPM a proposé des mesures alternatives : “Ramener les jeunes dans leur île d’origine ; implanter à Tahiti, Raiatea, Taiohae, dans les Australes, ainsi qu’aux Tuamotu, des centres de formation professionnelle et de réinsertion ; organiser la prise en charge particulière des détenus atteints de maladie mentale ; généraliser le port du bracelet électronique.” Le haut-commissaire ne doute pas de réussir à les convaincre sur le bien-fondé du projet.

Enfin, la libération du peuple maohi a laissé l’Église pantoise. Sur la notion de tiamaraa, deux points de vue se sont confrontés : “Ceux qui sont persuadés que liberté ou tiamaraa en langue maohi est la voie par laquelle ils retrouveraient leur dignité et leur mieux-être, et ceux qui considèrent que c’est la porte ouverte sur le malheur, un retour en arrière vers les privations et la pauvreté.” Pas facile de trancher. Et l’EPM ne tranchera pas : “Elle a en son sein ces deux groupes et elle ne souhaite pas prendre parti pour éviter un schisme.” Cependant, il est important pour Taaroanui Maraea, président de l’EPM, de continuer le débat : “Notre rôle est d’éclairer et que les débats éclairent l’esprit. Le choix des personnes leur appartient.” Mais pour revenir sur le nom proposé par Gaston Flosse pour la Polynésie française, Taaroanui Maraea rappelle que l’Église protestante maohi préfère ‘Maohi Nui’ à ‘Tahiti Nui’.

LR

Entretien Taaroanui Maraea, président de l'Église protestante maohi

“'Maohi Nui’ serait le terme qui pourrait englober toutes les îles de la Polynésie”

Sur quoi portaient vos réflexions concernant la libération du peuple maohi ?

“Cela concernait le malentendu instauré dans le pays sous le terme de tiamaraa, en français cela veut dire liberté et en terme politique, ce serait indépendance. Cette terminologie a un petit peu aussi maintenu le malentendu au sein de la population et beaucoup en ont usé. Ce terme ne veut pas dire indépendance ou libération, ce terme implique surtout une attitude particulière de sainteté car c’est un terme plus religieux qu’autre chose.”

Dans vos conclusions, l’Église a décidé de ne pas prendre parti pour éviter un schisme.

“Nous conduisons une communauté qui a ses propres convictions politiques et autres. Et notre rôle à ce niveau-là n’est pas de trancher.”

C’est de continuer le débat ?

“Bien évidemment, et voir quels seraient les apports que nous pouvons donner pour plus de clarté. Le choix des personnes leur appartient. Nous croyons que le libre arbitre est quelque chose de très important.”

Pourquoi continuez à en débattre alors ?

“Notre rôle est d’éclairer et que les débats éclairent l’esprit.”

Êtes-vous pour un changement de nom de la Polynésie ?

“Nous en avions discuté il y a trois ans. Nous avions proposé un nom mais sans prétention aucune. Puisque nous sommes des Maohi dans notre identité polynésienne, dont nous avons plusieurs variantes mais aucune d’elles ne peut se prévaloir, ‘Maohi Nui’ serait le terme qui pourrait englober toutes les îles de la Polynésie et non pas le terme de Tahiti Nui.”

Que pensez-vous du référendum souhaité par Oscar Temaru et Gaston Flosse concernant l’indépendance de la Polynésie ?

“L’Église n’a pas à trancher sur ces questions-là, ce n’est pas son rôle. Son rôle est d’essayer d’apporter beaucoup plus d’amour, d’unité, de fraternité, de solidarité, de paix et de justice. Elle n’a pas à trancher sur des questions qui ne sont pas de sa compétence.”

Dans vos conclusions, vous affirmez votre opposition au centre de détention.

“Je suis d’accord avec le haussaire concernant le problème humain mais nous disons que c’est ce problème qui doit intéresser dans cette question-là. Pourquoi ne pas partir par exemple d’une révision sur l’application des peines et pourquoi ne pas essayer de voir ce qui peut être fait au niveau des archipels, faciliter la question de la réinsertion, du réapprentissage d’une vie. Je ne crois pas que la mise en place d’un grand bâtiment soit la première réponse qui doit être faite. Est-ce la seule réponse que la République peut donner à ces questions- là ? En faisant un centre comme ça, aussi moderne et de le remplir ?”

Ce serait quoi la solution alors ?

“Peut-être de revoir les peines attribuées à chacun, revoir le système d’application des peines et pourquoi pas, faciliter les questions de réinsertion. La prison n’a jamais été un moyen de réinsertion.”

ADOLPHE COLRAT, haut-commissaire

L’Église protestante maohi a manifesté son opposition au projet de l’État de construire un centre de détention à Papeari. Qu’en pensez-vous ?

“L’Église protestante rappelle que la compétence a été, il y a quelques années, rétrocédée à l’État, elle indique que c’est une responsabilité qui n’est pas seulement celle de l’État et il est vrai que sur ce projet, l’Église donne des indications sur ce qu’il y aurait lieu, selon elle, de faire.”

Allez-vous tenir compte de ses remarques ?

“Nous avons affaire à un très grand et très beau projet, il s’agit de rendre un cadre qui soit digne aux personnes qui méritent d’être détenues. Sur ce terrain, il ne peut y avoir qu’un très large consensus. Des oppositions s’étaient manifestées l’an dernier, nous ne sommes qu’au début d’un très long travail pédagogique. Aujourd’hui, nous ne sommes qu’au début.”

Vous espérez réussir à les convaincre ?

“Je suis très confiant parce que dès lors qu’une personne de bonne foi approche le dossier, il ne peut y avoir qu’accord sur la nécessité et l’urgence de porter remède à la situation inacceptable à Nuutania et ensuite, principe de réalité, il n’est pas possible de disperser les détenus dans l’ensemble des archipels, il n’est pas possible d’éloigner des personnes loin de chez elles sous prétexte qu’elles sont détenues, nous devons penser à la facilité pour les familles de pouvoir rendre visite aux prisonniers. Un centre de détention, c’est aussi comme une très grande entreprise qui s’installe dans la commune. À une époque où nous souffrons cruellement du chômage et de la perte d’activité, il faut réfléchir à deux fois avant de dire qu’on ne veut pas d’une telle implantation. Indépendamment du chantier qui occupera au moins 200 personnes, le nouveau centre de détention, ce seront au moins 200 emplois permanents, sans compter toute l’activité induite par la nécessité de faire vivre, de nourrir, d’entretenir le nouveau centre. Ce sera beaucoup d’activité pour la commune qui aura la chance d’accueillir un tel équipement public. Nous devons continuer tranquillement à instruire ce dossier. Plus le temps passera et plus les esprits s’ouvriront à cette nécessité de régler une bonne fois pour toutes la situation. Il faut aussi que les élus, la société civile, les Églises, nous accompagnent et ne se contentent pas de critiquer ce que veut faire l’État.”


“Il y a quelque chose d’un peu artificiel à s’étonner que je sois présent ici et absent là-bas”

Adolphe Colrat était absent à la fête de l’autonomie, le 29 juin dernier, mais était présent hier à Tautira pour la clôture du 126e synode de l’Église protestante maohi. Ce qui n’a pas manqué d’en étonner certains. Prendrait-il position du côté des confessions ? Réponse de l’intéressé qui s’énerve devant un débat qu’il estime superficiel et revendique “un peu de liberté de mouvement”.

Votre présence ici suscite la polémique alors que vous n’étiez pas au 29-juin.

“J’étais présent à la clôture du synode en 2008, personne ne m’en a fait le grief. J’étais absent en 2009 à la fête de l’autonomie du 29-juin, personne ne m’en a fait la critique. Je crois qu’il y a aujourd’hui quelque chose d’un peu artificiel, en 2010, à s’étonner que je sois présent ici et absent là-bas. Je crois et je revendique un peu de liberté de mouvement. J’ai eu l’occasion de m’expliquer sur les raisons de ma non-participation à la fête de l’autonomie, j’explique volontiers pourquoi je crois important d’être ici ce matin.”

Pourquoi ?

“C’est important parce que l’Église protestante a d’abord une vocation religieuse, spirituelle, et de ce point de vue, on pourrait dire que cette vocation n’intéresse pas le représentant de l’État qui est laïc. Mais en même temps, l’Église est une institution, 126e synode, elle s’enracine dans l’histoire de la Polynésie. D’ailleurs, son histoire est intimement liée à celle de la Polynésie. J’avais à coeur de manifester mon estime à l’égard de cette histoire, de cette institution et de reconnaître le rôle que joue l’Église protestante dans le débat citoyen. C’est une Église mais c’est aussi des gens qui agissent dans la cité et appellent notamment à l’esprit de responsabilité et de solidarité. Sur ce terrain, je ne peux être que sensible à ce que fait et ce que dit le président de l’Église protestante.”

Le 29-juin fait aussi partie de l’histoire de la Polynésie…

“Il y a le mot politique et puis à l’intérieur de ce mot, il peut y avoir des aspects plus ou moins partisans. Vous noterez ce matin que toutes les sensibilités politiques de la Polynésie française sont présentes. La fête de l’autonomie aujourd’hui se présente aussi comme l’occasion du rassemblement de la famille autonomiste et donc d’une famille politique. C’est légitime mais dans un tel rassemblement, le représentant de l’État n’a pas sa place. Il y a deux caractères différents et si j’étais un peu taquin, je dirais qu’un certain nombre de hautes personnalités faisaient défaut le 29-juin, dans cette fête de l’autonomie et je m’étonne un peu qu’on vienne à toute force chercher le renfort du représentant de l’État.”

Lucie Rabréaud
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Commentaires anonymes

03/08/2010 à 20h08

Je crois que t'as pas bien compris la question d'éténé Myconia...

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03/08/2010 à 19h06

la croissance c'est l'opium du peuple...

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03/08/2010 à 04h28

En final, oui, il devient nécessaire que ce projet (établissement pénitencier) se réalise à Papeari, parce que chaque commune a son autonomie de gestion. La Commune de Papeari a aussi besoin des revenus (taxes) pour faire fonctionner ses services pour la population. Plus il y a des ressources, plus la population sera à l’aise. Les communes comme Pirae, Arue, Faa’a, Punaauia, Papeete, ont les commerces, hôtels, ect… et perçoivent des ressources. Un temps de réflexion est nécessaire. Il est égoïste de ne voir que le côté contradictoire de quelques uns (préserver sa colline aux oiseaux) sans un regard pour les autres (activités, commerces et familles se développeront) dans cette commune. A nos jours, les constructions sont esthétiques et les environnements mis en valeur et protéger. Il y aura juste un peu plus de circulation et de mouvements, c’est normal parce que tout se développe et grandit. La population de Papeari ne devrait pas craindre de cette « nouveauté » sous leur nuage. Jésus nous a parlé de l’écriture de la Bible et de nous aimer les uns les autres. Donnez un signe d’amour et de partage ; nous n’avons pas qu’une commune, mais une île toute entière. Que vos prière soient entendues dans le bon sens.

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02/08/2010 à 20h08

Eglise ?... ou[b] secte[/b] comme les autres ?

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02/08/2010 à 19h38

bien parlé etene!

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02/08/2010 à 18h24

Il est certain que juste après ces politiciens débiles et crapuleux, c'est bel et bien l'église que j'aimerais voir disparaitre en polynésie.

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02/08/2010 à 15h36

Le serpent qui se mord la queue.
L'évangélisation a consisté à convaincre les océaniens que leurs dieux étaient des idoles sans valeur et par conséquent que ceux qui adoraient ces idoles valaient moins que ceux qui croyaient dans le dieu chrétien.
De quoi les océaniens doivent-ils se libérer aujourd'hui?

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02/08/2010 à 15h35

l'église protestante ma'ohi ne devrait pas faire de politique, elle ne fait que ça; son discours identitaire est en pleine discordance avec l'évangile qui prône la paix et l'égalité entre tous les peuples. Cette église est trop sectaire, je n'apprécie pas du tout. Je ne sais pas si Jésus apprécierait qu'une église serve de vecteur à des idéologies politiques, quelle différence entre Taaroanui Maraea et Oscar Temaru? aucune.
En tout cas, Jésus nous manque et ce n'est pas dans la voix de Taaroanui que nous entendrons ses messages!

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