Publié le vendredi 15 octobre 2010 à 09H47
INTERVIEW. Alors que le rapport Bolliet vient d’être dévoilé par Les Nouvelles et que l’Agence française de développement a accordé vraisemblablement le prêt de 5 milliards Fcfp demandé par le Pays, la ministre en charge de l’Outre-mer s’est montrée très discrète sur ces deux sujets dans l’interview qu’elle nous a donnée. Langue de bois ou méthode Coué, elle affirme “constater une réelle volonté de redresser la situation financière”. Tout aussi prudente, Marie-Luce Penchard botte en touche sur la question d’élections anticipées en Polynésie.
Pour commencer, auquel des deux accueils polynésiens vous attendez-vous : chaleureux avec colliers de fleurs, chants et embrassades, ou brûlant avec grève, blocages et noms d’oiseaux ?
“Il est de tradition que l’accueil en Polynésie soit toujours chaleureux. J’ai parfaitement conscience de la forte attente des élus pour connaître les contours de la réforme de la loi électorale. Je les ai reçus à Paris en septembre dernier dans le cadre d’une large consultation menée en toute transparence. Je souhaite échanger avec eux et leur présenter les grandes lignes du texte. Les Polynésiens souhaitent plus que jamais le retour d’une stabilité politique, garantie nécessaire au retour de la confiance. C’est seulement après, qu’ensemble, dans un esprit de partenariat responsable avec le gouvernement, nous pourrons améliorer durablement les conditions de vie. Pour être efficace, l’action publique doit s’inscrire dans la durée.”
Vous pensez que les Polynésiens sont fiu, comme on dit à Tahiti ?
“Je crois que les gens ont surtout envie que la classe politique se mobilise pour apporter des réponses à leurs problèmes quotidiens. Savezvous que 32% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté ? Les besoins sont immenses. Les responsables politiques ont le devoir d’agir dans les secteurs prioritaires que sont l’éducation, le logement et la santé.”
Motion de défiance : “Il est fondamental de dégager une majorité de travail stable et durable”
Il y a eu des rumeurs de grèves et de blocages pour votre arrivée…
“Vous le savez, je suis concentrée sur ma mission qui consiste à apporter des réponses et échanger avec les élus et la société civile.”
S’il y avait des blocages, considéreriez-vous que des partis ou des hommes politiques tirent les ficelles ?
“Il faut réconcilier la population avec ses élus. Les syndicats ont également un rôle à jouer dans la société. Les politiques sont élus pour définir des politiques publiques, la population est attentive à leurs bilans. Tout cela constitue la vitalité de la démocratie.”
L’AFD a ajourné fin septembre le prêt de 5 milliards de Fcfp demandé par la Polynésie. Bercy a longtemps bloqué. L’État n’était-il pas convaincu par Gaston Tong Sang lorsqu'il a annoncé une réduction des dépenses de fonctionnement du Pays de 30% sur 5 ans sans pour autant expliquer comment il ferait ?
“Le dossier a été préparé dans des délais très courts. Je ne peux pas laisser dire que c’est parce que toutes les conditions n’étaient pas réunies que l’AFD n’a pas pu se prononcer (ce qu’elle a fait depuis, NDLR). Le dossier a été présenté tardivement. C’est normal que les administrateurs aient demandé un minimum de temps de réflexion. Je note que les conditionnalités de ce prêt sont basées sur les préconisations du rapport Bolliet. Le président Tong Sang les a acceptées. Je constate aujourd’hui une réelle volonté de redresser la situation financière de la Polynésie.”
Vous avez déjà dit qu’à côté de la solidarité nationale, il fallait une solidarité territoriale, pourtant il n’y a toujours pas de projets de mise en place d’indemnité chômage en Polynésie ou de la création d’un impôt sur le revenu…
“Des travaux sur ces sujets ont été engagés. Maintenant il appartient au Pays de décider des mesures d’accompagnement social au regard de la situation économique. Un exemple concret : lorsque le cyclone Oli a dévasté des îles de l’archipel, l’État et le gouvernement ont immédiatement fait jouer une solidarité nationale et territoriale. À ce sujet, j’ai souhaité, à l’occasion de mon déplacement, me rendre à Tubuai pour remettre les clés d’un fare MTR à une famille que j’avais rencontrée en février dernier. Tout ceci doit se faire en bonne intelligence, dans le respect du statut d’autonomie de la Polynésie française.”
Mode de scrutin : “Il faut permettre une large expression des opinions. (...) Quatre, cinq ou sept circonscriptions”
La perspective d’une énième motion de défiance à la faveur de cette session budgétaire n’est aujourd’hui pas à exclure, avec le retour de l’alliance entre Gaston Flosse et Oscar Temaru. Cela démontre une nouvelle fois qu’il faudra modifier le mode de scrutin mais aussi trouver d’autres moyens de “stabiliser les institutions”. Où en êtes-vous de vos réflexions ?
“Le président de la République a rappelé le 19 janvier, lors de son discours de voeux à l’outre-mer, que l’instabilité politique constitue un problème auquel il faut rapidement apporter une réponse. Il m’a chargée de préparer une réforme électorale. J’aborderai la question des conditions de dépôt de la motion de défiance. Des propositions seront faites. Il est fondamental de dégager une majorité de travail stable et durable.”
Quel est le mode de scrutin qui vous paraît le plus à même de ramener la stabilité en Polynésie ?
“Vous comprendrez aisément que je réserve la primeur de mes annonces aux élus que je vais rencontrer aujourd’hui. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il nous faut intégrer dans nos décisions que la Polynésie est un grand territoire avec des archipels isolés. Il faut prendre en compte leur représentation. Il faut également tenir compte du poids démographique des îles du Vent. Enfin, il faut permettre une large expression des opinions politiques. Différents modes de scrutin nous permettent d’atteindre ces objectifs.”
Une majorité d’autonomistes souhaite neuf circonscriptions, avec une division en quatre de celle des îles du Vent…
“Quatre, cinq ou sept, il faut choisir ce qui évitera l’instabilité. Certes, il faut une bonne représentation mais aussi dégager une majorité de travail.”
Et la prime majoritaire ?
“Si nous voulons voir fonctionner les institutions durablement, il m’apparaît indispensable d’instituer une prime majoritaire efficace, qui doit jouer son rôle comme aux élections municipales par exemple.”
Envisagez-vous deux modes de scrutin différents, avec par exemple un tour dans les archipels et deux tours dans les îles du Vent et Sous-le-Vent ?
“Tout est possible. Nous pouvons envisager deux modes de scrutin dès lors que cela permet une représentation des archipels dans leur globalité. Un scrutin proportionnel ne m’apparaît pas forcément pertinent quand il y a moins de trois élus.”
Selon le député Bruno Sandras, votre “religion” est faite. Vous allez en Polynésie pour une dernière consultation ou pour présenter la réforme ?
“Il n’existe pas de scénario ficelé par avance. J’ai indiqué clairement ma méthode de travail. La concertation est une priorité à mes yeux. C’est pourquoi j’ai missionné le conseiller d’État Jacques Barthélemy pour me fournir une “boîte à outils” afin de mener ces consultations avec les partis politiques. Il est normal, une fois cette consultation faite, de me rendre en Polynésie pour annoncer les contours de cette réforme électorale.”
Mandat des élus : “Il ne m’appartient pas de décider s’il faut l’abréger ou non. La décision appartient au président de la République”
Il n’y aura donc plus vraiment de consultation…
“Je vais annoncer les contours et également mener un travail de pédagogie. Il est important de dire pourquoi je n’ai pas retenu certaines préconisations des partis politiques. Certaines solutions qui m’ont été proposées ne sont pas valables sur le plan juridique. Il me revient de l’expliquer afin qu’il n’y ait aucune ombre sur le texte qui sera soumis au conseil des ministres.”
Votre calendrier prévoit toujours un passage en conseil des ministres en fin d’année ?
“C’est mon objectif.”
La loi prévoira-t-elle une abréviation du mandat des représentants de l’assemblée de la Polynésie avec un retour aux urnes pour les Polynésiens ?
“Cette décision est importante. Pour l’instant, le président de la République m’a demandé de préparer un projet de loi pour garantir la stabilité des institutions de la Polynésie.”
Comment allez-vous prendre la décision d’abréger ou non le mandat des représentants et d’organiser des élections avant 2013 ?
“2013, c’est loin. Il faut franchir les obstacles les uns après les autres.”
Justement, vous dites que 2013 c’est loin. Peuton continuer avec cette assemblée jusqu’en 2013 ?
“Aujourd’hui, l’objectif du gouvernement, c’est de préparer ce projet de loi. Pour le reste, il ne m’appartient pas de décider s’il faut abréger ou non le mandat des élus.”
À qui appartient la décision ?
“Au président de la République, et à lui seul.”
Il doit compter sur sa ministre de l’Outre-mer pour lui donner des indications…
“Écouter, comprendre c’est aussi le sens de mon déplacement, avant de faire part de mon analyse au président de la République.”
L’abréviation dépendra de ce qui va se passer dans les mois qui viennent ?
“Il y a tant à faire pour les Polynésiens ! Attendent-ils de moi que j’annonce la date des prochaines élections ? Je pense qu’ils veulent surtout que je mobilise les moyens de l’État dans un partenariat fort pour répondre à leurs préoccupations sur le logement social, le chômage, la relance de l’activité touristique, etc.”
Ils aimeraient certainement pouvoir changer quelques têtes à l’assemblée…
“Je crois aussi qu’ils sont préoccupés par la situation économique et sociale. Lorsqu’il y aura des élections, les électeurs s’exprimeront.”
Peut-on imaginer que le projet de loi ne prévoit pas l’abréviation du mandat et qu’un amendement intervienne plus tard au Parlement ?
“Si un parlementaire veut déposer un amendement, c’est son droit.”
Accords de Tahiti Nui : “Laisser croire que ce serait une proposition équivalente aux autres reviendrait détourner l’esprit du rapport”
La question de la réinscription de la Polynésie française sur la liste des pays à décoloniser a été remise sur le tapis ces dernières semaines par Oscar Temaru et pourrait l’être à nouveau durant votre séjour. Quel regard portezvous dessus ? Est-ce que cela peut vous influencer sur la mise en place d’un processus d’autodétermination ?
“L’État entend se préoccuper prioritairement des conditions de vie et du développement économique et social de ce territoire.”
Le rapport Barthélemy a mentionné la possibilité de réformer en profondeur les rapports entre la Polynésie française et l’État sur la base “d’accords de Polynésie”, ici appelés Accords de Tahiti Nui, “à l’imitation de la Nouvelle- Calédonie”, avec un “gouvernement de consensus” qui prévoiraient l’organisation d’un référendum d’autodétermination à 15, 20 ans, et fixeraient les relations économiques et financières entre la France et la Polynésie. Quelle est votre position sur de tels accords et pourquoi ?
“Nous avons indiqué qu’il fallait de nouvelles relations financières entre l’État et la Polynésie. Pour le reste, je souligne que ce passage ne tient qu’en dix lignes sur 50 pages du rapport.”
Ces accords seraient un peu la dernière chance…
“Pas du tout ! Je n’interprète pas cela en ces termes. Le rapport a simplement examiné toutes les solutions exprimées par des partis polynésiens. Le travail mené par la mission préconise de nombreuses mesures préalables d’amélioration du mode de scrutin.”
Vous ne voulez donc pas entendre parler de ces accords…
“M. Barthélemy ne pouvait pas ne pas aborder la question puisque ce schéma existe en Nouvelle- Calédonie. Mais ce n’est pas une proposition fondamentale de la mission Barthélemy, et j’entends que ce soit dit. Laisser croire que ce serait une proposition équivalente aux autres reviendrait à détourner l’esprit du rapport. De plus, la Polynésie a son caractère propre et tellement de richesses qu’elle n’a aucunement besoin d’un autre modèle.”
Le Tahoeraa et l’UPLD ont voté une résolution demandant aux représentants de l’État de respecter leur devoir de réserve suite aux propos du contre-amiral Jean-Louis Vichot, dans Les Nouvelles du 7 août. Il déclarait : “Je forme le voeu (…) que la justice d’une part et que les électeurs de l’autre (…) permettent au peuple polynésien d’avoir les dirigeants dont il a besoin. Il y a parmi le personnel politique des personnes d’une quarantaine d’années qui donnent de l’espoir, mais il faudrait qu’ils puissent s’exprimer”. Pour vous, les fonctionnaires d’État doivent-ils effectivement “se taire” sur la situation polynésienne ?
“Des textes de loi encadrent déjà le devoir de réserve. La réglementation n’a pas besoin d’être renforcée. Il n’y a aucune raison d’en faire une affaire d’État.”
Les représentants de la Polynésie française ont voté un avis réservé sur votre projet de loi réformant la DGDE estimant qu’il lésait la Polynésie. Allez-vous néanmoins le présenter tel quel devant le Parlement ou envisagez-vous de le modifier ?
“J’aurai l’occasion de m’expliquer sur cette réforme lors de mon déplacement. Je m’en tiens à la déclaration commune signée avec Gaston Tong Sang en février 2010. Je considère que c’est une garantie pour la Polynésie. Le système conventionnel était sujet à interprétation juridique et a suscité de nombreuses critiques de la Cour des comptes et du Parlement. Cette réforme était la seule façon de garantir à la Polynésie des dotations pérennes.”
Propos recueillis par David Martin (agence de presse GHM)
PROGRAMME
Visite de Marie- Luce Penchard
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DIMANCHE 17 OCTOBRE








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18/10/2010 à 11h13
A mon humble avis, c'est le pays tout entier qui devrait exiger des élections anticipées d'urgence et par tous moyens démocratiques à sa portée...
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17/10/2010 à 12h57
"Savez-vous que 32% de la population vit au dessous du seuil de pauvreté?"
Elle est gonflée de poser la question quand elle ne peut ignorer que nous la VIVONS, la pauvreté. Ce qui n'est sûrement pas leur cas à voir chaque jour la Sarkozye jeter l'argent par les fenêtres. Elle exige que nous nous serrions la ceinture quand Fillon se rend au diner de gala des journées parlementaires de l'UMP à Biarritz, s'il vous plaît, dans SON avion particulier! Et Miss ...... et sa clique s'offrent leur promenade à Tubu'ai pour remettre UNE clef à une famille (avec récompense à la clé)! Ché pas bo cha? Ce n'est pas se foutre de la g...... du monde?
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17/10/2010 à 06h31
Vu la réaction des profiteurs actuels de la politique, vous devez être sur le bon chemin. Seuls les "petits" partis dont les dirigents semblent avoir une cervelle entre les deux oreilles soutiennent votre projet. C'est bon signe pour la démocratie et la Polynésie future.
Exit les Temaru, Flosse et consorts
TENEZ BON LE PEUPLE VOUS REGARDE ET VOUS ADMIRE !!!
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17/10/2010 à 05h16
Merci Benoit , je comprends mieux la situation actuelle
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16/10/2010 à 05h36
Cette dame est très adroite pour évacuer le fond du sujet qui est bien la nature du lien entre la France et la Polynésie, maintenant que les caisses sont vides.
Au fait, je pense qu'elle n'ignore pas qu'une grève générale sera déclenchée le 26 octobre en Guadeloupe.
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15/10/2010 à 16h36
Bon ben y a pu qu a demander a rene le sic president alors?
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15/10/2010 à 15h02
Les Ministres s'en viennent, les Ministres s'en vont, seule notre classe politique usée, discréditée et incompétente reste .
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15/10/2010 à 14h52
L'École d’Alger se consacra à l’étude de la "mentalité indigène" pour en comprendre la pathologie et promouvoir une action efficace et rapide. Antoine Porot fut le fondateur et chef de file de l’École algéroise de psychiatrie ; il formera une génération de psychiatres. En 1918, il publie ses Notes de psychiatrie Musulmane. La thèse, très simple, peut se résumer ainsi : « Hâbleur, menteur, voleur et fainéant le nord-africain musulman se définit comme un débile hystérique, sujet de surcroît, à des impulsions homicides imprévisibles. » Pour Porot, le Maghrébin est incapable d’assumer des activités supérieures de nature morale et intellectuelle.
Le jeune psychiatre guadeloupéen, Frantz Fanon, va bousculer ce discours pseudo-scientifique en mettant l’accent, au contraire, sur les effets produits dans les consciences par la situation coloniale et la dépersonnalisation qu’elle entraîne. Le racisme biologique a cédé la place, analyse-t-il, à un racisme culturel. Ce n’est plus la couleur de la peau ou la forme du nez qui sont stigmatisées, mais « une certaine forme d’exister ». Tout au long de son œuvre Fanon [8] va s’attacher à donner une autre image de l’homme colonisé, celle d’un homme infantilisé, opprimé, rejeté, déshumanisé, acculturé, aliéné.
Le projet délibéré des colons et des pouvoirs publics est, selon Fanon, de figer la société indigène dans des structures archaïques dont l’absence d’évolutivité serait le meilleur garant de la domination française. Son engagement aux côtés des Algériens qui luttaient pour leur indépendance...
http://www.frantz-fanon.com/Regard_Colonial.htm