Publié le lundi 10 mai 2010 à 11H33
ENTRETIEN. Adolphe Colrat, haut-commissaire de la Polynésie, était invité sur Télé Polynésie hier soir. Il a mis fermement les choses au point après le “c’est la faute de l’État” de Gaston Tong Sang et des syndicats, vendredi.
L’ESSENTIEL
- “La Polynésie doit d’abord assumer sa responsabilité”, a-t-il asséné
- “L’État n’ignore pas la gravité de la crise économique et sociale. (…) Et est un partenaire très présent.”
- “Les fonds de l’État ne sont pas bien utilisés aujourd’hui”
L’État va-t-il répondre à cet appel ?
“L’État, bien évidemment, se préoccupe du sort de toutes les collectivités de la République et en particulier du sort de la Polynésie française, l’État n’ignore pas la gravité de la crise économique et sociale qui nous frappe. L’État est un partenaire très présent auprès de la collectivité. Ensuite, répondre. Répondre à quoi ? À quelle question ?”
Allez-vous dégager des moyens supplémentaires, des moyens d’urgence ?
“Le gouvernement de la Polynésie française, les gouvernements successifs ont demandé une mission d’appui. Il y a une lettre de mission qui a été rédigée, cosignée par la ministre de l’Outre-mer et le président de la Polynésie française, le 22 mars. Je dirais, commençons par faire ce qui a été convenu.”
L’état des lieux ?
“L’état des lieux, identifier des possibilités d’économies budgétaires, revoir la sphère publique, la structure, les services du Pays, les établissements publics, les Sem, s’interroger également sur les recettes fiscales et à partir de là, dégager des marges de manoeuvre et définir un plan d’action.”
Mais ça va prendre du temps tout ça ?
“Définir un plan de réformes, c’est ce qui a été convenu. Ne mettons pas les choses à l’envers. D’abord la responsabilité de la Polynésie française, c’est le statut de l’autonomie qui nous dicte ce principe de responsabilités, il faut l’assumer. Et n’allons pas faire croire qu’il y aurait un trésor caché, un coffre-fort à ouvrir, ce qu’on appelle l’État. Mais sur ce point, l’État qu’est-ce que c’est ? C’est la communauté nationale, c’est l’ensemble de nos concitoyens de métropole, d’outre-mer qui travaillent, payent des impôts, rencontrent même des difficultés et ce qu’on donnera à l’un, on l’enlèvera à l’autre. C’est ça la réalité.”
Clairement, les 18 milliards de la DGDE ne suffisent plus pour Gaston Tong Sang. Au nom de la dette nucléaire, l’État est-il prêt à injecter de l’argent frais dans les finances du Pays ?
“Nous ne parlons pas de 18 milliards, nous parlons au moins de 170 milliards, sans compter l’argent de la défiscalisation nationale, c’est ça la réalité de la contribution annuelle de l’État à la vie de la Polynésie française. La DGDE, ce n’est qu’une partie, elle sera réformée à partir de l’an prochain et je crois que la ministre a été très claire. Elle a d’une part rendu plus souple la nouvelle dotation s’agissant du fonctionnement et s’agissant de l’investissement, là aussi elle a fait appel au principe de responsabilité. Montrons que nous sommes capables de dépenser la dotation affectée à l’investissement avant de réclamer des fonds supplémentaires.”
Bien utiliser les fonds attribués par l’État…
“Ils ne le sont pas aujourd’hui.”
Et faire des économies là où elles sont à faire…
“Et des économies, je crois que nous le pouvons. Les économies sur le fonctionnement, nous savons qu’il y a gaspillage. L’actualité judiciaire est pleine de corruption, d’emplois fictifs, de gabegie. La chambre territoriale des comptes a fait de multiples rapports sur des défauts dans notre gestion, il y aurait de quoi remplir une bibliothèque. Commençons par cela. Nous ne sommes pas crédibles si nous ne mettons pas d’abord de l’ordre chez nous, de l’ordre dans nos comptes.”
En clair, la Polynésie n’est pas tellement en position de négocier avec l’État ?
“La Polynésie doit d’abord assumer sa responsabilité et l’État n’est pas indifférent, l’État est un partenaire. Je suis auprès des gouvernements qui se succèdent, dans une relation de confiance et de vrai partenariat.”
On parle de “mise sous tutelle” du Pays par l’État, le statut d’autonomie prévoit-il cette possibilité ?
“Il n’en prévoit ni le mot, ni l’esprit. J’aurais tendance à dire, tutelle : non, partenariat : oui. C’est quand même très paradoxal d’avoir voulu l’autonomie et de revendiquer la tutelle. Je crois qu’il faut un peu de calme, un peu de flegme, un peu de sang-froid, face à la crise même si cette crise est très sévère. Je crois qu’il faut reprendre les choses avec plus de sang-froid et regarder ensemble comment faire face ensemble à la crise.”
Le système s’étouffe, il faut penser à une refonte totale du système économique, le président Gaston Tong Sang le dit lui-même. Selon vous, est-ce le signe des limites de l’autonomie et faut-il tout remettre en question ?
“L’autonomie est un très bel outil, ce n’est pas une fin en soi mais je crois qu’il faut garder cet outil. Peut-être l’utiliser différemment que ce que nous avons fait il y a quelques années ici, c’est pourquoi je mets en avant ce mot de partenariat. D’abord Pays-État mais sans oublier les communes. Il y a beaucoup de choses à faire. La tutelle pour moi, c’est un peu une fuite dans l’imaginaire, c’est fuir nos responsabilités.”
Patrick Galenon déclarait hier soir sur notre antenne qu’il n’était pas acceptable, selon lui, que l’État accorde une aide d’urgence à la Grèce alors qu’il n’aide pas la Polynésie.
“Avec un tel rapprochement, nous nageons en pleine confusion. Mais comment peut-on confondre les choses ? La France ne paye pas 12 000 fonctionnaires de l’État en Grèce et 7 000 retraités. La France n’assume pas en Grèce le fonctionnement de la justice, de la gendarmerie, de la police, etc. La Polynésie française est une collectivité de la République, l’État français prête de l’argent à la Grèce, ça n’a strictement rien à voir. Nous avons besoin de clarté pour faire face à la crise et pas de cette confusion.”
Pour rééquilibrer la justice sociale dans ce Pays, l’État pourrait-il intervenir ?
“Ceux qui s’inquiètent d’une éventuelle explosion sociale doivent se souvenir qu’en général, à l’origine d’une explosion sociale, il y a une situation d’injustice, d’inégalité. Que ceux qui se préoccupent d’une explosion sociale, se préoccupent aujourd’hui et maintenant de ce qu’il peut y avoir de trop injuste dans notre petite société polynésienne.”
Que vous inspire la situation politique actuelle ?
“Le constat a été fait, nous attendons au mois de mai la mission conduite par un conseiller d’État, mission qui sera chargée de proposer une réforme électorale et des retouches institutionnelles. C’est la priorité et en attendant, nous sommes suffisamment intelligents et conscients de nos responsabilités pour faire prévaloir l’intérêt général qui est d’assurer une forme de consensus polynésien face à la crise. Nous ne voterons au mieux que dans quelques mois. Les partis d’ailleurs pourraient utiliser ces quelques mois pour définir le programme que le moment venu ils proposeront aux électeurs. Je n’ai pas connaissance de beaucoup de programme. Et nous avons besoin en démocratie d’une offre variée.”
Il faut que les élus prennent leurs responsabilités ?
“Aujourd’hui, la responsabilité c’est d’assurer une forme de consensus face à la crise.”
Par quels mécanismes la situation de la Polynésie s’est dégradée, selon vous ?
“La crise internationale et nationale a révélé des faiblesses locales. Pendant un certain nombre d’années, on n’avait pas vu se dégrader la situation notamment dans l’ordre économique. La crise vient de l’extérieur comme un révélateur brutal. Il nous faut réinventer un modèle de développement social, économique et humain. Il nous faut changer certaines pratiques politiques, elles étaient parfois détestables. C’est un très beau chantier, l’État localement y contribue aux côtés de ses partenaires avec beaucoup d’enthousiasme.” Vous êtes optimiste ? “Je l’étais il y a deux ans, et je le suis tout autant aujourd’hui car ceux et celles que je rencontre méritent qu’on se batte pour qu’ils aient un avenir digne d’eux.”
Propos recueillis sur RFO








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Commentaires anonymes
12/05/2010 à 08h20
Très diplomate le Haut comissaire, merci pour votre retenue...mais bon rentrez leurs ans le chou aussi, ça ne fera pas de mal !!
;D
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10/05/2010 à 16h58
Et encore il est gentil Adolphe! Il omet très diplomatiquement de rappeler que les fameux 18 milliards Fcfp transformés en "dette nucléaire" par nos différents gouvernements étaient à l'origine destinés à la reconversion économique de la Polynésie.
Mais Flosse, le premier, a obtenu de Chirac une dérogation pour utiliser une "petite" partie (qui a grossi ensuite) au fonctionnement de sa présidence pléthorique. Symbole du gaspillage de la DGDE: le premier de ses "investissements" a été la construction de son palais présidentiel. Près de 7 milliards qui auraient pu être plus utilement consacrés au développement du tourisme, et à la mise en place d'outils efficaces pour booster nos exportations de poisson, perle, vanille...
Aujourd'hui encore, il ne serait pas trop tard pour réorienter ces 18 milliards vers l'investissement productif... si le gouvernement Temaru ne s'était fait avoir en acceptant que l'essentiel soit transféré au financement des nouvelles compétences des communes (trop content l'Etat!).
Au fait les journalistes: serait intéressant de dresser le bilan de l'utilisation de cette fameuse dotation de 18 milliards depuis qu'elle existe, pour un total qui doit avoisiner les 250 milliards.
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10/05/2010 à 15h10
Que tout ceci est bien dit et très mérité....mais quel dommage que tous les Haussaire qui se sont succédés ici, ainsi que tous les hauts fonctionnaires représentant l'Etat n'aient pas eu la même clarté de propos. Tout ceci est nouveau et dicté par la crise qui fait flipper tout le monde.
Pendant des années, nombreux (pas assez peut être) ont été ceux qui attendaient de l'Etat qu'il ne soit pas aussi sourd, aveugle, voire complice parfois. Pendant ces longues décennies, quand le Guru Nui faisait la pluie et le beau temps (avec ses disciples qui actuellement essayent tous, les misérables, de devenir Guru à sa place) il fallait être sérieusement handicapé de tous les sens pour ne pas voir arriver ce que nous prenons en pleine figure actuellement.
J'ai pris dans le museau, il y une bonne trentaine d'année, les pieds sur une moquette " pas de vague...on tire à Muru...s'il veulent du fric, qu'on leur donne du fric...mais pas de vague qu'ils fassent ce qu'ils veulent...on verra plus tard" Serai je le seul à avoir entendu ce genre de choses? En attendant on voit le résultat!
Mais restons positifs. Il n'est jamais trop tard et la trouille du lendemain est si grande que cela va certainement nous aider à trouver les bonnes solutions pour en sortir.
J'ai vraiment aimé ces quelques mots, les plus forts, à mon sens, de toute l'intervention:"Que ceux qui se préoccupent d’une explosion sociale, se préoccupent aujourd’hui et maintenant de ce qu’il peut y avoir de trop injuste dans notre petite société polynésienne.”
Marc naulet le popa'anésien".