Tahiti sous les eaux

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Publié le samedi 06 mars 2010 à 14H00

MÉTÉO. C’est la saison des pluies mais quand même, 200 millimètres en 24 heures, ça n’était pas arrivé depuis 1974. Aucune victime n’est à déplorer mais des familles entières ont été évacuées. Météo France n’annonce aucune amélioration avant demain.

> Météo : ampleur exceptionnelle

Un avis de fortes précipitations était en cours mais au service prévision de Météo France, on ne s’attendait quand même pas à ça. “Il est tombé 200 millimètres en 24 heures. C’est quelque chose qui arrive tous les cinq ans.” Selon une étude qui date de 2007, c’est arrivé une fois en 50 ans, c’était en 1974. Le phénomène n’est pas exceptionnel mais son ampleur l’est. “C’est une configuration qui arrive souvent en saison des pluies. En ce moment, ça concerne une zone très large qui va de la Mélanésie jusqu’à chez nous”, explique-t-on à Météo France. Vous cherchiez un nom à ce déluge ? Le thalweg de mousson ou un creux barométrique, soit une région dépressionnaire de l’atmosphère prenant à l’horizontale une forme allongée. En gros, c’est la même sauce pour tout le monde de la zone : pluie, pluie et pluie. Et ça continue, l’avis de fortes pluies est maintenu pour aujourd’hui. Un petit espoir : des éclaircies sont attendues demain.

> Sur les routes

On a commencé par des bouchons, plus importants que d’habitude, dès jeudi. Pour continuer hier avec des routes coupées, pleines de détritus, voire carrément défoncées comme à Papeete. Le bitume a littéralement éclaté en plein milieu de la route. Et pas très loin, sur le front de mer c’est le tunnel du rond-point de Tahiti Nui qui s’est transformé en piscine. La RDO a fini par être coupée au niveau de la station Shell, entre Papeete et Punaauia dans le sens Punaauia – Papeete, en raison d’un glissement de terrain grignotant la route depuis le début de l’après-midi. À Papeete, la mairie recommande à la population de ne pas venir dans la capitale, sauf en cas de réelle nécessité. Le haussariat a donné les mêmes conseils : de ne surtout pas s’engager à pied ou en voiture, sur une voie immergée. Un conseil qui n’a pas été suivi par tout le monde, un 4x4 avec des touristes s’est renversé dans la rivière dans la vallée de la Papenoo sans faire de blessés.

> Aéroport international de Tahiti-Faa’a

De l’eau sur la piste, plus d’avion dans les airs. À la gendarmerie, on le prend avec bonne humeur et on immortalise l’instant en sortant les appareils photo. C’est rare de voir l’aéroport de Tahiti-Faa’a dans cet état. Les parkings ont été inondés et les avions ne pouvaient plus accéder à leur place de stationnement, résultat les vols ont été suspendus entre 10 et 14 heures.

> Les rivières en crue

Des voies immergées, il y en a eu beaucoup. La vallée de Hamuta s’est retrouvée coupée avec sa rivière qui passait par-dessus le pont à la hauteur du Centre de la mère et de l’enfant. Plusieurs habitants sont vite descendus avec des parapluies pour comprendre ce qui se passait. “Des troncs et des branches d’arbres se sont accumulés sous le pont et l’eau remonte.” La route n’est plus alors qu’une grosse marre boueuse charriant des branchages dont certains au diamètre imposant. Quelques heures plus tard, la route longeant la mairie de Pirae n’était plus inondée mais ruinée. À Mahina, les pompiers se sont activés aussi entre les interventions pour surveiller les deux rivières qui étaient en crue dans les vallées de la Tuauru et la Ahonu. La Fautaua à la sortie Est de Papeete est également montée à un niveau inquiétant à tel point que la circulation sur son pont a été partiellement coupée hier en fin d’après-midi.

> Cellules de crise

Chaque commune a activé hier sa cellule de crise. Le haussariat également. À 13 heures, l’ensemble des services et directions du Pays étaient aussi mobilisés. Selon Éric Berthon, “c’est un petit PC de crise pour se maintenir en alerte”. Cette nuit, il n’y avait plus de cellule d’ouverte au haussariat mais tous devaient rester en vigilance avec les Vini allumés.

> Interventions

À Mahina, les pompiers en comptent plus d’une dizaine, à Punaauia 130, à Faa’a au moins une cinquantaine, à Papeete une trentaine, et à Pirae une vingtaine. Au programme : éboulements, inondations et évacuations. Ce sont les hauteurs qui ont souffert des arbres et des roches pour les voies publiques. À Faa’a, une voiture s’est retrouvée dans une maison en contrebas mais heureusement personne n’a été blessé. À Faa’a toujours, plusieurs personnes ont été évacuées à l’école de Pamatai et devaient y passer la nuit. À Papeete, ce sont 18 familles qui ont trouvé refuge à l’école Pinai dans la vallée de Tipaerui après la destruction d’une maison dans les secteurs de Puanea et Vaimora (lire ci-dessous). À Moorea, une quarantaine de personnes ont été évacuées.

LR

Zoom

Tipaerui :“Lamaison est en train de se casser”

C’est à 7 heures du matin hier que Marereva Ouraa reçoit un coup de fil paniqué de sa fille. “La maison est en train de se casser.” Des pierres, lourdes, tombent derrière la maison, en en écrasant une partie. Le terrain glisse. L’éboulement finira par avoir raison de l’habitation. Située au fond de la vallée de Tipaerui, au-dessus de la zone industrielle, cela faisait plus de 40 ans que Marereva habitait ici avec sa famille. C’est tous les secteurs Puanea et Vaimora qui sont dévastés. Rapidement alertés, les pompiers et la DSP évacuent toute la famille de Marereva, les empêchant de retourner chercher leurs affaires. Le freezer et quelques vêtements ont été sauvés.

Ce sont 18 familles, soit 68 personnes, qui sont installées depuis hier matin à l’école Pinai, au fond de Tipaerui. Des couvertures, des matelas, des vêtements et des bons alimentaires ont été distribués. Hier soir, ils s’apprêtaient à dormir sur des matelas de fortune en se demandant où ils allaient bien pouvoir aller ensuite. “On ne va rester éternellement ici. La mairie doit nous proposer quelque chose dimanche”, explique Marereva, qui s’inquiète de voir sa famille séparée. En attendant, sous le grand préau, on continuait les distributions et la télévision avait même été installée. En attendant…

LR

Lucie Rabréaud
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Commentaires anonymes

07/03/2010 à 08h46

Eh oui en saison des pluies, il pleut sur Tahiti et ses sœurs. Mais ces conditions météo, même exceptionnelles, ont des conséquences limitées. Quand on sait que la tempête Xynthia qui vient de ravager une partie de l'ouest de la métropole a causé près de 60 morts et plus de 120 [b]milliards[/b] de F CFP de dégâts, on est atterré par le silence assourdissant des politiques et médias polynésiens. A peine une allusion dans un billet dans ce journal. Manifestement le Fenua institutionnel préfère s'adonner au nombrilisme compatissant et exige la solidarité à sens unique.

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