Publié le jeudi 02 septembre 2010 à 11H42
JUSTICE. La cour d’assises a condamné hier William Mariteragi à 14 ans de réclusion criminelle pour le viol de six jeunes femmes. L’avocat général avait requis au moins 18 ans à l’encontre de celui qui disait soigner ses victimes grâce aux tupuna.
L’ESSENTIEL
- William a été reconnu coupable et à en plus de sa peine de réclusion criminelle, il a l’obligation d’un suivi sociojudiciaire pendant dix ans
- “Ces jeunes femmes ne sont pas idiotes, mais respectueuses de leur croyance”, a expliqué la partie civile
- Pour la défense, “il n’y a eu ni violence physique ni contrainte morale. Elles avaient les moyens d’échapper à cela”
William, durant les deux jours de son procès, est apparu complètement effacé, voire désintéressé de ce qui se jouait dans la salle d’audience. Les yeux rivés au sol, il ne s’est quasiment jamais exprimé. Hormis pour demander “pardon aux victimes pour les conneries”. Il n’a donné aucune explication quant aux crimes dont il était accusé. Ses dernières déclarations ont fait violemment réagir l’avocat général Simier. “Ce ne sont pas des conneries, mais des crimes. Et le viol est l’un des crimes les plus abjects. C’est ici un monde polynésien emprunt de croyance avec la crainte des esprits. Vous avez abusé de la crédulité des personnes, abusé de leur corps et de leur âme”, a-t-il lancé. “Vous êtes peut-être connu pour être un tahu’a dans votre famille, mais vous êtes un escroc pour la justice”, renchérit le président de la cour d’assises. Là encore, l’accusé présumé ne bronche pas. “Les tupuna, c’est sacré. Mais vous n’avez pas l’impression de vous êtes moqué d’eux”, l’interroge ce dernier. “C’est eux qui se moquent de moi”, répond William Mariteragi, du tac au tac.
Les victimes, elles, attendaient le verdict avec impatience. Dans sa plaidoirie, Me Oputu, avocate de deux d’entre elles, a expliqué : “Aujourd’hui, elles veulent que justice soit faite. On peut se dire qu’il faut vraiment être idiotes pour se laisser faire comme cela, mais elles ont été manipulées. Cet homme doit payer et je ne sais pas si les tupuna sont aux côtés de William mais la seule autorité ici, c’est vous (s’adressant à la cour)”. Me Genot, avocate des quatre autres victimes, a également martelé : “Elles ne sont pas naïves mais respectueuses de leur religion, des croyances et de leurs parents”. “Quelles que soient nos croyances, il faut se méfier des imposteurs”, a conseillé l’avocat général avant de requérir une peine qui ne soit pas inférieure à 18 ans de réclusion criminelle. “Il a dit merci à la justice pour l’avoir incarcéré, comme cela, il ne fera plus de mal aux femmes. Je vous demande donc de ne pas le décevoir”, a-t-il conclu.
“Aujourd’hui les masques tombent et William ne se cache plus”, a tenté de justifier Me Jourdainne, avocat de la défense. “Les jeunes femmes avaient le moyen d’éviter cela, mais elles n’ont rien fait pour y échapper. Ne venez pas me dire qu’elles ne pouvaient pas faire autrement. Dans ce dossier, William avait essayé avec d’autres femmes et n’y est pas parvenu. Elles ont juste dit non”. Selon l’avocat, il n’y a eu ni violences physiques et les menaces ne sont aucunement constituées. “Il n’y a pas de viol par escroquerie dans le code pénal. Cela n’existe pas”, a-t-il poursuivi. La cour ne l’a pas entendu de cette oreille.







