Publié le mercredi 10 février 2010 à 11H16
ACCIDENT DE MATAIEA. Pêche macabre pour l’équipage du Bruno V, hier au large de Paea. Les pêcheurs ont découvert, flottant sur l’eau, le corps sans vie de Moenau Mairoto, la jeune fille recherchée depuis samedi soir après l’accident de scooter qui a coûté la vie à son cousin. Un choc pour l’équipage et pour la famille qui a dû se rendre quelques heures plus tard aux pompes funèbres afin de reconnaître le corps très abîmé.
L’ESSENTIEL
- 9 h 23, le MRCC via Radio Mahina reçoit un message du capitaine du Bruno V. Le bonitier a repéré un corps au large de Paea
- 10 heures, la gendarmerie demande à la Railleuse de la Marine nationale de détourner sa route pour récupérer le corps. Celui-ci est ramené à la base navale de Papeete où se trouvent les gendarmes et un camion des pompes funèbres
- 15 heures, la famille de Moenau Mairoto identifie formellement le corps de la jeune femme qui avait disparu depuis samedi soir
Depuis samedi, la gendarmerie, les mutoi de Mataiea, les pompiers et la famille de Moenau Mairoto cherchaient en vain la jeune fille qui avait disparu après qu’un 4x4 eut percuté le scooter où elle circulait avec son cousin Steeve Mairoto, décédé ce soir-là. Cette disparition était presque devenue une énigme pour les enquêteurs. Hier matin encore, très tôt, une quinzaine de gendarmes fouillaient chaque fourré, chaque maison dans le secteur de l’accident. Mais c’est du côté de la mer que la découverte macabre a été faite. L’équipage du Bruno V, un bonitier amarré à Fare Ute, a trouvé le corps de la jeune fille à 19 nautiques de Paea, soit à plus de 30 km des côtes, et bien loin de Mataiea. Immédiatement, le capitaine Auguste prévient le MRCC. Il est 9 h 23 lorsque le message est entendu sur Radio Mahina. La gendarmerie se met en ordre de marche et fait appel à la Railleuse, navire de la Marine nationale qui croise dans les parages avec à son bord un médecin pour les premières observations. Il faudra 45 minutes pour que les marins soient sur place et qu’ils extirpent de l’eau le corps pour le glisser sur leur zodiac. Celui-ci est abîmé. La jeune femme porte encore son casque demoto ce qui avait trompé le capitaine du Bruno V, pensant voir au départ une balise à la dérive. Une jambe est sectionnée.Une fois le corps remonté à bord, la Railleuse rentre à Papeete. Vers 13 h 30, on s’affaire à la base navale, la Railleuse est de retour, les gendarmes sont là pour les premières constatations, le camion des pompes funèbres Min Chiu se présente au portail pour la levée du corps. À ce moment-là, la seule certitude est qu’il s’agit d’une femme. Le corps doit être formellement reconnu par la famille avant de déclarer officiellement qu’il s’agit de Moenau Mairoto. Cela sera fait en milieu d’après-midi. La famille, sous le choc, est sortie exsangue de cette reconnaissance. Les tantes se serrent dans les bras pour laisser échapper les pleurs. Le frère de lait de Moenau nous le dira du bout des lèvres, les yeux remplis de larmes : “Oui, c’est bien elle. C’est sûr”. Elle avait 26 ans.
La veillée du corps devrait avoir lieu jeudi soir. En attendant, l’enquête se poursuit. Les autopsies de Steeve Mairoto et de Moenau doivent être effectuées afin de déterminer exactement les circonstances de leursmorts. PourMoenau, il faudra déterminer si la jeune femme est morte sur le coup ou par noyade. Cela aura sans doute une incidence sur le jugement prononcé à l’encontre du conducteur du 4x4 qui a été mis en examen pour homicide involontaire par conducteur en état alcoolique et placé en détention.
ASF
Entretien Capitaine Auguste
“Ça a été un choc”
Vous pêchez tous les jours sur le bonitier Bruno V avec votre équipage, comment avez-vous fait cette découverte macabre ?
“Nous sommes partis de Fare Ute vers 6 h 30 (hier matin, ndlr) et nous avons pris la direction de Paea. Ce matin, nous étions trois à bord, mon second qui s’appelle Auguste comme moi et un matelot Serge. Nous cherchons le poisson, nous repérons les oiseaux. Et puis nous avons vu quelque chose qui flottait, nous étions à environ 19 nautiques de Paea (environ 35 km au large de Paea, ndlr).”
Vous avez compris tout de suite qu’il s’agissait d’un corps ?
“Non, au début j’ai cru que c’était une balise qui dérivait. On est passé à côté et là, ça a été un choc quand on a vu que c’était un corps.”
Vous saviez qu’une jeune fille était recherchée du côté de Mataiea, dans le lagon, suite à un accident de scooter ?
“Oui, et quand j’ai vu le corps, j’ai tout de suite pensé à elle. Elle avait encore son casque moto.”
Qu’avez-vous fait ?
“J’ai tout de suite passé un message à Radio Mahina. On n’a pas touché au corps, on s’est mis au plus près, on est resté à côté pour ne pas le perdre. On a attendu environ 45 minutes, le bateau de la Marine, la Railleuse. C’est eux qui l’ont hissé dans leur zodiac.”
Vous êtes ensuite repartis pêcher…
“J’y ai pensé toute la journée. Il y avait plusieurs blessures et une des jambes était sectionnée.”
Propos recueillis par ASF







