Publié le samedi 03 octobre 2009 à 14H29
L'INVITÉ DE LA SEMAINE. L'avocat de l'OPT dans l'affaire Haddad-Flosse et le président de la ligue polynésienne des droits humains Me James Lau a souligné dans l'émission À vous la parole sur Radio 1 “qu'il y a eu une époque où des dossiers étaient mis sous le coude”. Mais “la justice retrouve son rôle aujourd'hui”, assure-t-il.
L’ESSENTIEL
- Me Lau est revenu sur l'affaire de l'hôtel du Taharaa pour laquelle le procureur de la République avait requis un non-lieu puis une relaxe. Des réquisitions que les magistrats du siège n'avaient pas suivies
- “Le législateur devrait certainement revoir la question” du mandat d'amener selon le président de la ligue des droits humains
- Il a une nouvelle fois dénoncé les conditions de vie “difficiles et abominables” à Nuutania
Maître Lau, avocat de l'OPT, a d'abord été interrogé par le journaliste Serge Massau sur l'affaire Haddad-Flosse. “Avez-vous constaté dans ce dossier des suspicions d'enrichissement personnel ?”. “Si M. Gaston Flosse est mis en examen, vous déduirez en toute logique que des éléments effectivement semblent exister. Vous savez également que l'une des personnes mises en examen est sa secrétaire particulière. Si c'est sa secrétaire particulière, on n'est plus dans le système politique. Il y a des déductions qui sont faciles à faire. (…) S'il s'agissait de financement de parti politique, on entendrait certainement d'autres personnes”.
Le journaliste de Radio 1 est ensuite revenu sur le communiqué du président du conseil d'administration de l'OPT envoyé mercredi aux médias. Dans celui-ci, Jean-Paul Barral a dénoncé “l'intervention officielle de Me François Quinquis en qualité d'avocat de M. Gaston Flosse” alors que Me Quinquis est avocat “à ce jour et depuis 15 ans” (…) de l'OPT. “Je n'ai pas de leçons à donner à Me Quinquis (…)”, a répondu Me Lau. “Je ne vais pas porter un jugement sur ce qu'il a fait ou pas. Je me réfère aux textes qui régissent notre profession. C'est totalement interdit pour un avocat détenteur de secrets de la part d'un ancien client de les utiliser et ainsi de favoriser un nouveau client. C'est normal. Nous sommes là dans la violation du secret professionnel.”
Interrogé sur la situation de Pascale Haiti, la compagne de Gaston Flosse, qui fait l'objet d'un mandat d'amener, Me Lau a tenu à rappeler le cadre législatif. “Le code de procédure pénale prévoit que le délai légal puisse aller jusqu'à 15 jours. Dans le cas d'un mandat d'amener, il n'est pas prévu que la personne soit en contact avec son avocat ou d'autres personnes car je suppose que les juges qui veulent l'entendre ne veulent pas que si elle sort ou communique avec tout le monde elle puisse subir des pressions…”. Puis, il a souligné en tant que président de la ligue polynésienne des droits humains “que le législateur devrait certainement revoir la question. (…) Je pense que les avocats peuvent très bien saisir la Cour européenne des droits de l'homme pour estimer que la France a violé les principes de la convention européenne des droits de l'homme”.
Serge Massau a ensuite interrogé Me Lau sur le fonctionnement passé de la justice : “Comment expliquez-vous que de tels errements dénoncés depuis de nombreuses années aient pu passer inaperçus au niveau de la justice en Polynésie ?”. “Dénoncer est une chose. (…) Pour qu'il y ait une action, il faut qu'il y ait une volonté de le faire”, a souligné l'avocat. “Je pense qu'effectivement il y a eu une époque où il n'y avait pas vraiment de volonté au niveau des autorités de donner suite à certaines dénonciations. Quand je dis au niveau de la justice, je suis obligé de préciser qu'il ne faut pas tout mélanger. (…) Vous avez des juges qui sont des juges du parquet. (…) et vous avez des juges du siège. Il faut faire la différence entre les deux : le juge du siège qui juge et est quelqu'un qui ne dépend de personne (…). Le parquet lui n'est pas indépendant. Il dépend du ministère de la Justice.” “Il y a eu une époque où des dossiers étaient mis sous le coude. Je n'ai pas peur de le dire. Personnellement, j'ai vécu un dossier, ça ne s'oublie pas une expérience pareille, à l'époque il y avait eu le dossier du Taharaa où M. Gaston Flosse était visé notamment. L'instruction avait révélé des éléments contre lui pour prise illégale d'intérêts dans ce dossier. Le procureur de la République avait requis un non-lieu. Le juge d'instruction n'a pas suivi et a renvoyé Gaston Flosse devant le tribunal correctionnel. Devant le tribunal correctionnel, c'était la première fois que je voyais ça de ma vie, donc je suis obligé de partager mon expérience, un procureur de la République, pas un substitut, le procureur de la République, officiellement à l'audience a plaidé la relaxe de Gaston Flosse. Or le tribunal correctionnel n'a pas suivi non plus”.
Rappelant les propos de Sémir Al Wardi dans Les Nouvelles du vendredi 25 septembre où le politologue affirmait que “pendant des années et des années le pouvoir local a pu largement abuser de son pouvoir parce qu'il n'était pas contrôlé, n'était pas freiné” (par la justice, ndlr), le journaliste a posé la question : “Sentez-vous clairement une différence radicale entre les années Flosse et aujourd'hui ?”. Ce à quoi Me Lau répond : “Je ne peux pas laisser dire qu'il y a un acharnement aujourd'hui. Je suis d'accord avec Sémir Al Wardi pour dire qu'aujourd'hui on retrouve simplement une situation normale. On applique là un traitement normal. C'est peut-être une situation choquante pour ceux qui ont eu l'impunité pendant des années car on passe certainement pour eux d'un extrême à l'autre. Mais je ne trouve pas qu'il y a quelque chose d'anormal (...). Quand on regarde ce qui s'est passé dans le naufrage du Tahiti Nui IV avec les marins et les passagers noyés, dans les emplois fictifs, on voit qu'il y a eu un système qui a été mis en place. Ce système- là est, et c'est certainement ce que la justice va faire apparaître, à base de corruption et de clientélisme. Si ce système-là existait, c'était à l'époque où M. Flosse était au pouvoir. Malheureusement, ces affaireslà ne sont pas sorties à une époque où M. Flosse et M. Chirac étaient au pouvoir. Maintenant, si on fait ce constat-là on peut dire que, finalement, la justice retrouve son rôle aujourd'hui. (…)
Le président de la ligue polynésienne des droits humains est enfin revenu sur le centre pénitentiaire de Nuutania. “Cette prison conçue pour accueillir 130 personnes en abrite en ce moment 400. Ils sont en moyenne quatre par cellule avec une sorte de douche et des toilettes”, a-t-il décrit. “Ce sont des conditions plus que difficiles et abominables”. Il a rappelé que la ligue dénonce depuis des années les conditions de vie. “Nous n'avons jamais eu de soutiens ici. Parfois même, on était l'objet de railleries. On nous disait : ‘qu'est-ce que vous avez à défendre des détenus ? Mais ça ne vaut rien ce que vous faites’. On se rend compte aujourd'hui qu'il y a des personnes qui se plaignent qui ne sont pas forcément celles auxquelles on aurait pensé à l'époque et qui considèrent aujourd'hui qu'elles n'ont pas à subir cela. C'est vrai que j'aurais aimé à l'époque qu'ils nous soutiennent un peu plus”. Interrogé sur les moyens de réinsertion que fournit le centre pénitentiaire, James Lau a salué le travail du personnel pénitentiaire. “Tous les jours, ils font des miracles. Je ne vois pas comment ils arrivent aujourd'hui à trouver une certaine harmonie à la fois dans l'application des sanctions et des mesures en vue de leur réinsertion”.
MT
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Commentaires anonymes
06/10/2009 à 18h01
Bravo GL, c'est en effet ce qu'il fallait démontrer !
Vive le triomphe de la justice et de la transparence en termes de finances publiques qui devrait largement contribuer à sortir ce pays de l'impasse politique et de l'angoisse économique où l'ont conduit ceux qui sont justement dans le collimateur de la justice.
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06/10/2009 à 11h25
Me LAU parle d'un système de corruption et clientéliste que tout le monde connait mais que la plupart feint d'ignorer. Beaucoup en ont profité et lui doivent leur situation actuelle au détriment de gens honnêtes et intègres. Oui ! On peut dire que la justice est revenue à la normale au grand dam des "intouchables" de la "belle" époque. Ce qui reviendrait logiquement à dire qu'auparavant, la justice n'était pas si impartiale que ça ! CQFD !
Aussi, mesdames et messieurs les hypocrites, faites-vous petit ! Cette fois-ci, la "nouvelle" justice (peut-être même divine) pourrait s'intéresser à vous et votre parapluie risque d'être (en)fermé pour longtemps.
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06/10/2009 à 11h12
Ces méthodes de détention devraient en effet être exceptionnelles, mais à situation d'exception, méthodes judiciaires exceptionnelles...
Les magistrats n'ont pas le choix s'ils veulent aboutir à la manifestation de la vérité vu le niveau des personnalités impliquées. Et leur très grand désir de parler lorsqu'elles se sentent menacées de rester dans l'enfer insoutenable où on s'est trouvés contraints de les placer. Faute de centre de détention provisoire convenable, respectueux des droits humains et de la présomption d'innocence que certains résidents refuse à l'Etat de réaliser.
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05/10/2009 à 19h34
Qui a le pouvoir de contrôler ces méthodes de détentions utilisées systématiquement alors qu'elles devraient être exceptionnelles ? Qui va venir au secours des victimes qui subissent cela en ce moment ? Qui soignera les blessures faites à vie par ces méthodes ?
A ce jour je n'ai pas la réponse mais je ressens une très grande tristesse devant si peu de sagesse et tant de méchanceté gratuite.
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05/10/2009 à 17h45
Il y en a vraiment qui s'écoutent parler et qui prennent les polynésiens pour des débiles! Mais nous ne sommes pas dupes de son baratin.
Il n'y a absolument rien à dire de Lau, il suffit d'ouvrir les yeux bien grands et les oreilles. Cet avocat de surcroît président d'une soi-disant ligue des droits zumains ouvre sa grande bouche quand ses congénères sont qualifiés de "capitalistes" (ou quelque chose de ce goût), ce qui n'a rien d'insultant. Par contre, il la ferme quand la présomption d'innocence, le secret de l'instruction, le droit à la défense...... SONT VIOLES au vu et au su de la population; faut-il lui rappeler que c'est le procureur Thorel (indépendant ou pas, mais censé représenter la justice) qui a déclaré haut et fort que monsieur Flosse est "au centre d'un pacte de corruption" alors que le dossier n'est qu'à l'instruction et qu'il revient aux juges de fond de juger; il semble mettre sur le dos des médias qui se sont contentés de répercuter sa déclaration. Quant à se battre pour demander l'extension à la Polynésie de ces textes concernant le harcèlement au travail alors qu'en France on ne compte plus ces employés de France Télécom qui se suicident (pour ne citer que cet exemple d'actualité) sans que rien de concret ne soit fait en dehors d'un blablabla à n'en plus finir, il faut vraiment être nul. Et sa liguette qui pompe de l'air depuis le temps que Nu'utania est surchargé, c'est dire ce qu'elle vaut.
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Commentaires anonymes
04/10/2009 à 11h22
SUR LA VOIE D'UNE JUSTICE SANS FAILLE ET D'UNE DEMOCRATIE IRREPROCHABLE, bonne chance à Me Lau... Pour une fois Lumière mérite son pseudo !
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04/10/2009 à 09h57
en france la detention provisoire est exceptionnelle et non une methode réalisée et utulisée par mr stelmach dans tous ses dossiers à mulhouse et ailleurs, et qu'en pensent le president de la ligue des droits de l'homme de la non assistance en personne en danger et la détention dans des conditions les plus déplorab les?
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04/10/2009 à 07h47
heureux que nous ayons des hommes justes,
bonne chance James,