Publié le mardi 03 novembre 2009 à 09H29
GESTION DE FAIT. L'addition est encore plus salée ! Après les 231 millions de Fcfp “irrégulièrement maniés” évalués par la chambre territoriale des comptes, le procureur financier, Jean-Pierre Combes, a requis hier au cours de l'audience publique, 11,1 millions de Fcfp d'amendes pour Gaston Flosse dans l'affaire des emplois cabinet. Un ancien président au “rôle prépondérant” selon le conseiller rapporteur. En attendant le jugement définitif qui tombera le 8 décembre et qui fixera exactement les éventuelles sommes à rembourser et les amendes, Me Quinquis a remis en cause la tenue même de cette audience.
L’ESSENTIEL
- La chambre territoriale des comptes a examiné hier le volet financier de l’affaire. Le procureur financier a requis le remboursement des sommes ainsi que des amendes
- Pour Gaston Flosse, un ancien président au “rôle prépondérant”, le montant des amendes se monte à 11,1 millions de Fcfp
- Le jugement a été mis en délibéré au 8 décembre prochain.
Autrement dit, demander que la chambre les déclare débiteurs envers les caisses du pays en ordonnant le remboursement des sommes, assorti d'une sanction, l'amende. Des amendes évaluées à près de 11,1 millions de Fcfp pour Gaston Flosse –sur un total requis de 17,9 millions de Fcfp– qui a été décrit par le procureur financier au cours de son réquisitoire comme “l'instigateur d'un vaste système d'emplois de cabinet”. Par ailleurs, Gaston Flosse a déjà été déclaré comptable de fait “conjointement et solidairement” pour les 14 dossiers. Et si le magistrat reconnaît qu'il “n'y a pas eu d'avantages directs”, il a estimé le tissage “d'un réseau de personnes devenues redevables de largesses dispensées sur fonds publics”. Si le fond n'a pas été à proprement examiné, puisque le jugement portera sur les sommes éventuelles à rembourser et les amendes, il ne pouvait pas, ne pas faire une apparition, ne serait-ce qu'au titre d'une mise en contexte.
Au cours de l'audience, le procureur financier a évoqué une pratique “irrégulière qui a eu pour conséquence de faire prendre en charge par le budget de la Polynésie des dépenses qui n'ont aucun intérêt pour elle”. Et Jean-Pierre Combes de préciser, “il y avait un contrat qui disait M. Untel est embauché pour exercer exclusivement ses fonctions auprès du président de la Polynésie alors qu'en réalité, il allait les exercer ailleurs, auprès d'une collectivité”. Faux, pour René Temeharo et Thomas Moutame, déclarés comptables de fait et venus s'expliquer devant la chambre. Les seuls d'ailleurs a avoir fait la démarche… Le premier, qui d'après la juridiction a perçu plus de 22 millions de Fcfp, estime que son travail a été effectué “pour le pays, au sein de la municipalité” et s'est dit “étonné de la procédure”. “J'ai travaillé pour le compte du pays”, a martelé le représentant Tahoeraa à l'assemblée qui a affirmé qu'en “aucun cas [il a] travaillé pour le compte d'un parti politique”. Le second, maire de Taputapuatea, a argué du fait que Émile Brotherson, la personne alors mise à disposition auprès de la commune et dont la somme des versements a été évaluée à un peu moins de 40 millions de Fcfp, devait “suivre le chantier de l'eau potable”. Des travaux “d'utilité publique” pour l'élu Tahoeraa puisque c'était “pour la population de la commune”. Un point sur lequel le procureur financier avait, au préalable, eu l'occasion d'évoquer car selon lui, “à supposer qu'on exerce effectivement une activité auprès de cette collectivité, c'est peut-être dans l'intérêt de la municipalité ou du syndicat mais en aucun cas ces dépenses n'avaient à être prises en compte par le budget de la Polynésie française”.
Pour chacun des dossiers, le conseiller rapporteur René Maccury n'a pas retenu “la bonne foi” des comptables de fait, motivant en conséquence les propositions d'amendes, dont le montant est peu ou prou le même que celui du procureur financier. Le rapporteur a estimé pour sa part que Gaston Flosse, et dans chacun des dossiers, a joué “un rôle prépondérant”. Un ancien président qui avait pour avocat Me Quinquis, conseil de la grande majeure partie des “comptables de fait”, lequel a remis en cause la tenue même de l'audience (lire encadré). La défense a porté sur divers points aboutissant à ce qu'il demande notamment de “constater que les actes de l'assemblée de Polynésie française portant refus de déclaration publique n'ont pas été notifiés aux exposants ni même publiés au JOPF” ; “dire et juger que la Chambre territoriale des comptes ne peut en l'état diligenter les procédures tendant à la fixation de la ligne de compte et à la mise en débet, et encore moins celle tendant au prononcé d'une amende”. Le jugement a été mis en délibéré au 8 décembre prochain.
PL
Les points de la défense de Me Quinquis
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La non publication au JOPF
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Un seul rapport pour 14 dossiers
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“Comptables de fait” absents du vote
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De l'utilité publique
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Sur les amendes
Hypothèque possible…
Les amendes proposées à la chambre territoriale des comptes, hier, à la fois par le procureur financier, Jean-Pierre Combes et par le conseiller rapporteur, René Maccury, pourraient être seulement une partie du jugement que rendra la chambre territoriale des comptes le 8 décembre prochain. À cela, outre les sommes maniées estimées par la juridiction financière à 231 millions de Fcfp et dont le remboursement pourrait être prononcé, un jugement de ce type peut éventuellement comprendre, outre les intérêts légaux, une hypothèque judiciaire “sur les biens présents et futurs” a annoncé le conseiller rapporteur.
Ayants droits aux premières loges…
Sur les 23 personnes déclarées comptables de fait de manière définitive par la chambre territoriale des comptes, deux sont décédées, s'agissant de Victor Doom et Jacques Vii. Se posait alors la question de la responsabilité au cas où la chambre prononçait l'ordre de rembourser les sommes maniées, ou du moins la partie qui leur reviendrait, puisque Gaston Flosse a été déclaré comptable de fait “conjointement et solidairement”. Si le prononcé d'un débet intervenait cela ferait partie “du passif de la succession” a souligné le procureur financier. Le jugement serait alors notifié aux héritiers de MM Doom et Vii. Toutefois, vu que l'action publique a été éteinte les concernant et qu'une amende est d'ordre personnel, le prononcé d'une amende n'a pas été requis hier.
Levée d’immunité : Gaston Flosse fixé ce matin
C'est ce matin qu'on connaîtra la décision du bureau du Sénat quant à la troisième demande de levée totale de l'immunité parlementaire de Gaston Flosse, formulée par les magistrats instructeurs en charge de l'affaire Haddad-Flosse. Après une première décision qui n'avait permis que la levée partielle de l'immunité, autorisant seulement la garde à vue le 22 juillet dernier, les juges avaient réitéré. Mais le 15 septembre, le Sénat a déclaré cette fois-ci qu'il n'était pas en mesure de statuer. Le bureau considérait en effet “qu'il ne peut se prononcer que lorsque le juge a exercé en toute indépendance et responsabilité, l'ensemble des pouvoirs mis à sa disposition, notamment la mise en examen après audition devant lui et débat contradictoire dans les conditions fixées par le code de procédure pénale”. Depuis, Gaston Flosse a été mis en examen et interrogé…
Petit lexique…
- Gestion de fait : maniement des deniers publics ou des deniers privés réglementés par une personne qui n’est pas un comptable public et qui n’agit pas pour le compte ou sous le contrôle d’un comptable public
- Comptable public : fonctionnaire ou agent habilité à titre principal au maniement des deniers publics ou des deniers privés réglementés
- Comptable de fait : personne qui s’ingère sans habilitation dans le maniement des deniers publics ou des deniers privés réglementés







