“J’ai sauté au cou du commando”

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Publié le jeudi 04 décembre 2008 à 09H48

RETROUVAILLES. Jean-Yves et Bernadette Delanne, qui avaient été retenus en otage pendant treize jours en Somalie, sont revenus mardi soir sur le fenua. C'est la première fois qu'ils revoyaient leurs deux enfants depuis qu'ils étaient partis en mai dernier pour convoyer le voilier le Carré d'as. Jean-Yves Delanne raconte.

L’ESSENTIEL

  • Le couple Delanne avait été pris en otage le 2 septembre par des pirates au large de la Somalie. Après treize jours, passés aux mains des somaliens, ils avaient été libérés par les forces spéciales françaises
  • "Quand ils sont montés à bord, j'ai hurlé, hurlé de peur", se souvient Bernadette Delanne
  • Pendant les treize jours de prise d'otage, le couple s'est mutuellement soutenu. Jean- Yves et Bernadette ont craint d'être débarqué et d'être séparé l'un de l'autre

Qu’avez-vous fait après votre libération ?

"Je suis reparti de Djibouti le 2 octobre. J'ai remonté la mer Rouge. En passant la frontière soudanaise, trois chalutiers m'ont couru derrière. Là, j'ai vraiment eu les jetons, plus que pendant notre prise d’otages. Ma femme était rentrée en France pour se reposer en famille. Elle m'a rejoint en Crète. On a fini le voyage tranquille tous les deux."

Jean-Yves, c'était la troisième fois que vous convoyiez un bateau par la Somalie, craigniezvous d'être attaqué par des pirates ?

"À chaque voyage, on parlait de pirates. On prenait toutes les précautions. On guettait. Quand l'attaque s'est produite, on n'a pas vraiment été surpris, d'où l'absence de peur. On était préparé. Par contre, quand on est surpris, comme avec les trois chalutiers qui m’ont suivi du côté du Soudan, là on est un peu démuni et l'adrénaline monte beaucoup plus."

Comment vous étiez-vous préparés à la possibilité d'être arraisonné ?

"On avait préparé une somme d'argent. J'avais aussi installé des lignes derrières pour éventuellement bloquer un moteur hors bord, on naviguait sans feu, on veillait attentivement avec le radar… Le matin même, j'ai scruté l'horizon aux jumelles, je n'ai rien vu. Quand Bernadette m'a dit : "Les pirates sont là !" Ils étaient là, à dix mètres du bateau."

Il y a encore eu de nombreuses attaques ces dernières semaines, dont celle d'un pétrolier, allez-vous mettre une croix sur cette route ?

"Actuellement, il y a des actions qui sont en train d'être menées par les différents États concernés, peut-être qu'une solution sera trouvée. Le nombre d'attaques a été multiplié par dix depuis trois ans. Les commandos d'assaillants sont devenus des industries prospères en Somalie. C'est quasiment la seule source de revenus. Il y a beaucoup de petits commandos qui se mettent en place. Nous avons eu la chance, je pense, d'avoir des débutants, pour la plupart c'était leur première prise. Dans d'autres cas, ce sont des gens chevronnés."

Quand avez-vous su que l'État français menait une action militaire pour vous libérer ?

"On n'a jamais su avec certitude qu'il y aurait un assaut militaire mais malgré tout on s'y était préparé. Cela s'est donc bien déroulé. Si on était resté à dormir dans notre lit, peutêtre que les pirates nous auraient pris comme boucliers et que l'issue aurait été moins heureuse."

Comment s'est passée l'intervention de l'armée française ?

"Très rapidement. Entre le moment où j'ai entendu le premier coup de feu, et le moment où j'ai entendu le commando à l'intérieur qui nous appelait, selon moi, il y a eu moins de deux minutes. Les pirates étaient tenus en joue quand nous avons pris des vêtements chauds. Nous sommes ensuite retournés vers l'avant où l’on m'a équipé d'un casque et d'un gilet pare-balles. À ce moment, j'ai sauté au cou du commando. C’était un moment fort."

Vous avez terminé le convoyage, cela n'a pas été dur de retourner à la barre ?

"J'ai remonté seul la Mer rouge. Pour moi, ça a été un bout de route, comme un baroud d'honneur. Car c'est techniquement très chaud de remonter tout seul toute la Mer rouge à la voile. J'ai récupéré Bernadette en Crète. La dernière partie ensuite était calme. On a fait beaucoup de moteur pour rentrer jusqu'à Hyères. Cela lui a permis de reprendre confiance."

Propos recueillis par MT

Décryptage

  • Jean-Yves et Bernadette Delanne, tous deux âgés de 60 ans, convoyaient un voilier lorsque leur embarcation a été arraisonnée le 2 septembre dans le golfe d'Aden au large de la Somalie
  • Jean-Yves Delanne, "un professionnel de la mer", selon son fils, avait déjà réalisé deux convoyages sur cette même route. Il a commencé la navigation au début des années 70 à Tahiti. Jean-Yves est capitaine de la marine marchande et convoie régulièrement des bateaux. Sa femme Bernadette est retraitée
  • Le 15 septembre vers 21 heures (heure de Polynésie), Nicolas Sarkozy a ordonné l'attaque du voilier du couple Delanne. L'assaut aurait duré dix minutes. Un pirate a été tué, six ont été capturés
  • Après leur libération, le président a demandé à la communauté internationale de se mobiliser contre le piratage. Il a déclaré souhaiter que cette opération serve "d'avertissement" pour les pirates de la zone

Zoom

J’ai hurlé, hurlé de peur

Mardi soir, 23 heures, Alizée et Cédric, les deux enfants de Jean-Yves et Bernadette Delanne, colliers de fleurs à la main, attendent leurs parents. Ils ne les ont pas vu depuis le mois de mai lorsque le couple est parti en Australie pour convoyer depuis ce pays le voilier le Carré d'as jusqu'en métropole. Le moment tant attendu arrive enfin pour les enfants, leurs parents sortent de la salle des bagages. Les retrouvailles sont intenses et émouvantes, parents et enfants s'étreignent longuement. Bernadette Delanne, la femme de Jean-Yves, pour qui le souvenir de la prise d'otage ne s'est pas effacé, décrit : "Quand ils sont monté à bord, j'ai hurlé, hurlé de peur. C'est vraiment une trouille qui vous prend aux tripes."

Pour surmonter ces treize jours de prise d'otage, le couple s'est soutenu mutuellement. "Après 40 ans de mariage, on se connaît bien, poursuitelle. Si l'un n'avait pas le moral, c’est l'autre qui le lui remontait. Quand je suis contrariée, je ne fais pas la cuisine. Pendant tout le temps où on était aux mains des pirates, c'est donc mon mari qui a fait la cuisine pour que je mange, et que je prenne des forces." Le couple craignait particulièrement d'être débarqué à terre et d'être séparé. "On serait allé à la catastrophe, confie Bernadette. Sans Jean-Yves, je ne sais pas ce que cela aurait donné après."

La prise d'otages a été une épreuve difficile pour le couple. Si Jean-Yves a repris le voilier très rapidement pour poursuivre le convoyage du bateau, Bernadette a attendu. "Je ne voulais pas reprendre le convoyage à Djibouti car c'est près de la Somalie. C'était trop de mauvais souvenir. Je l'ai donc rejoint en Crête et cela s'est bien passé."

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05/12/2008 à 12h04

Bravo JL, t'as continuer ton convoyage,jusqu'au bout,,
Chapeau bas,,

Légal

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