Thierry CORRÉARD

Publié le mercredi 19 août 2009 à 08H43

Professeur de français au lycée de Taravao, Thierry Corréard signe son deuxième recueil de poèmes qui concourt au 11e Salon international du livre insulaire, à Ouessant. Rencontre avec un amoureux du genre.

Il est en compétition pour le prix du livre insulaire 2009, catégorie poésie

Pourquoi avoir décidé de faire cet ouvrage ?

“Avant tout pour me faire plaisir. J’avais envie d’écrire quelque chose sur la Polynésie. Ensuite, j’aime la poésie et j’aimerais qu’elle soit plus abordable. Je ne vise pas du tout une élite. Il ne s’agit pas d’avoir fait des études ou d’avoir un dictionnaire à côté de soi pour comprendre ce que j’écris, ce n’est pas ma démarche. L’objectif que je poursuis en publiant ce recueil est d’écrire des choses simples, qui soient accessibles à tout le monde. Beaucoup de poètes sont très hermétiques. C’est pour cela que je tiens à une écriture lisible, compréhensible par le plus grand nombre.”

L’ouvrage regroupe une trentaine de poèmes. Comment les présenteriez-vous ?

“C’est un ensemble assez lyrique. Ce sont des paysages, des scènes de vie, des gens qui m’ont inspiré, la nature… Tout ce qui colle avec l’âme de la Polynésie. C’est un peu comme des photos avec des mots. C’est une belle petite promenade au coeur de la richesse de ce Pays. Je trouve que c’est le rôle des artistes de montrer aux gens ce qu’ils ne voient plus parce qu’ils y sont habitués. J’essaie donc d’enlever cette pellicule d’habitude qu’on a devant les yeux qui empêche d’apprécier les choses. C’est aussi une manière de dire : ‘Secouezvous, regardez toute cette beauté qui nous entoure. Il faut la protéger.’ C’est aussi un peu un discours écologique.”

Vous avez écrit Poésîles dès votre première année à Tahiti…

“J’adore les océans, les fonds sousmarins, la nature en général. Plus ça va, plus ça me séduit. Je suis gâté ici et c’est vrai aussi que j’avais une grosse fringale. Quand on est prof de français, on corrige des fautes toute l’année alors de temps en temps, on a envie de se faire plaisir, d’appuyer sur le champignon et de parler français comme on l’entend. Ce qui est difficile dans l’écriture, c’est qu’il y a tout le temps des interruptions : on fait trois pas puis on est arrêté, donc à chaque fois qu’on s’y remet, il faut réchauffer ce qui a déjà été écrit. Là, aux premières vacances que j’ai eues, j’en ai profité : je me suis consacré à l’écriture pendant un mois. J’ai écrit un poème par jour en moyenne. Pour d’autres ouvrages, ça m’a pris plus longtemps. Ça dépend du temps qu’on arrive à sauver.”

L’objectif que je poursuis (…) est d’écrire des choses simples, qui soient accessibles à tout le monde

Vous avez trouvé facilement un éditeur ?

“D’une façon générale, la poésie est très difficile à publier, beaucoup plus que le roman par exemple, qui est le genre par excellence. C’est souvent la croix et la bannière pour trouver des gens que ça intéresse. Mais là je dois dire que j’ai eu de la chance. Quand le manuscrit a été prêt, c’était en 2007, je l’ai envoyé à plusieurs éditeurs. Je n’ai pas eu de réponses, jusqu’à celle de M. Deschamps, des éditions Au vent des îles, à qui l’ouvrage a bien plu,mais qui n’avait pas de collection à me proposer. Il m’a donc conseillé de contacter le CRDP et je suis arrivé à point nommé puisqu’il y avait justement un budget en attente et surtout une collection qui avait déjà édité un titre en poésie. Poésîles est sorti fin 2008.”

C’est vous qui avez choisi de l’illustrer en couleurs ?

“Je tenais à ce que ce soit coloré car à mon sens l’enveloppe est quasiment aussi importante que le contenu et quand on a discuté avec Madame Archier, la directrice du CRDP, elle m’a fait part de sa volonté d’associer des illustrations aux poèmes, comme ça avait été fait sur le premier ouvrage de la collection. J’ai trouvé que c’était une très bonne démarche. D’autant plus que j’adore la peinture et que j’aime bien fonctionner avec d’autres sensibilités. Par ailleurs, ça aide à rendre la poésie plus accessible car un texte nu, ce n’est pas forcément très digeste. Quand j’ai présenté le bouquin à Noëlle Zano, elle a tout de suite été inspirée. Il me semble que son travail complète bien lemien, que ça ajoute vraiment quelque chose.”

Propos recueillis par Manon Hericher

IL L’A FAIT

  • Arlésien d’origine, il part enseigner au Maroc, de 1978 à 1980, une maîtrise de lettres en poche, avant de revenir en France passer le concours de l’IUFM
  • De 1993 à 1996, il s’installe en Nouvelle-Calédonie et retourne ensuite pour trois ans en Métropole
  • En 1999, il repart à la Réunion, où il reste sept ans
  • En 2006, il arrive à Tahiti et commence par exercer deux ans au collège de Hitiaa. Il vient d’entamer sa seconde année au lycée de Taravao

PRIX DU LIVRE INSULAIRE

Organisé sur l'île d'Ouessant depuis 1999, le quatrième week-end d'août, le Salon international du livre insulaire rassemble des écrivains et des éditeurs des îles. Le prix du livre insulaire récompense des ouvrages au sein de six catégories. Cette année, 97 sont en compétition, dont Poésîles, de Thierry Corréard.

Il a déjà publié Un homme en colère, en France, une auto-fiction romancée, caustique et pleine d’autodérision et Poèmes sous le vent, aux éditions Grand Océan, à La Réunion. Ce nouvel ouvrage est édité à 1 500 exemplaires par le CRDP et se trouve en vente sur place, au prix de 1 500 Fcfp.

Pour tout renseignement : 54 98 00 ou secretariat@crdp.pf.

Manon Hericher
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