Tamarii Tipaeru’i et la vengeance de Pai

Publié le lundi 13 juillet 2009 à 10H14

DANCE HEIVA NUI. Si l’histoire de Pai a été relativement bien contée par les excellents orateurs, l’histoire en revanche n’était visiblement pas simple à suivre. Dommage car comme à son habitude l’orchestre des Tamarii Tipaeru’i a été à la hauteur de sa réputation.

Il n’est pas toujours avantageux de passer à To’ata dès la première soirée, car on ne peut pas profiter des premiers passages et s’inspirer de quelques détails pour peaufiner sa prestation. Nous savons que les Tamarii Tipaeru’i n’ont pas les effectifs de l’an passé qui leur avaient permis de remporter le titre en catégorie Patrimoine ; et de plus ils se sont pris assez tardivement pour réunir les grandes répétitions. Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’ils n’étaient pas prêts pour To’ata, mais force est de constater que la mise en scène n’a pas toujours permis aux spectateurs de suivre clairement les intentions et les démonstrations du groupe. Rien à voir et rien à dire sur l’enthousiasme et le dynamisme des danseurs et danseuses. Comme toujours le groupe de la vallée de Tipaepo attire la sympathie et l’adhésion du public. Mais voilà, parfois celui-ci ne comprend plus. Certes ceux qui comprennent le Tahitien peuvent deviner à quel passage du spectacle ils sont. Et si ceux qui aiment la belle parole peuvent se réjouir, il n’en va pas de même pour la majorité du public de To’ata qui ne comprend pas, et qui considère ces interventions comme des moments qu’il faut laisser passer avec patience.

Par ailleurs, la scène repose sur une histoire où il n’y a pas d’unité de lieu, d’espace et de temps, une histoire bâtie sur la naissance particulière de Pai, adopté par le Dieu Taaroa, qui découvre en grandissant que les dieux sont des menteurs. Puis il découvre en revenant vers sa mère que sa soeur venue au monde a été assassinée peu avant sa naissance à cause d’un malentendu sur la part de nourriture consacrée à un arii. Il apprend enfin que son père a lui aussi été assassiné par deux sorcières et devient dès lors le bras vengeur. Oui mais voilà, cela c’est le fil conducteur. En revanche la visualisation de ces moments n’a pas toujours été très claire : si le public a bien vu que Pai a terrassé quelques danseurs et danseuses, rien ne nous indiquait vraiment que ce furent ceux et celles qui ont assassiné ses proches. Bref, la paix semble revenue dans le monde de Pai et c’est la fin du spectacle. Heureusement pour ce dernier, l’orchestre dirigé par John Cadousteau a su nous régaler avec son morceau en concours création : original, dynamique, sonorités éclectiques participation corporelle des musiciens qui a soulevé de francs éclats de rire de la part du public. Précisément sans doute, ce qui les a sauvés.

JM

Enième édition du Heiva

Si l’on part du principe que le Tiurai, ancêtre du Heiva fut instauré en 1881, un an après le don de Pomare V de ses états à la France, et que la fête perdura jusqu’à ce Heiva 2009, on devrait être à la 128e édition. Dans son discours d’ouverture de ce Heiva 2009, le ministre de la Culture a parlé de la 127e édition. On sait que le Heiva Nui, alors sous la tutelle de Manouche Lehartel, déclarait 122e le Heiva de 2004 (au lieu de 123e) car il n’y a pas eu de Heiva à To’ata en 2003 puisqu’il avait été remplacé par le Festival des îles. Effectivement si l’on suit ce calcul, et partant du principe que le Tiurai-Heiva a été organisé sans interruption – à l’exception de l’année 2003 – on devrait naturellement vivre cette année la 127e édition. Mais la chose est plus compliquée. Au Tiurai 1881 seuls les himene étaient en concours et jugés par un jury. Le Messager de Tahiti cite même le nom du groupe gagnant : “Pira’e pour son chant patriote de Ia oa Farani- Vive la France”. Les concours de danses ne firent leur apparition que quatre ans plus tard. Ce n’est donc qu’en cette année 1885 que l’on peut parler vraiment de concours de chants et danses. Et si donc le Tiurai, futur Heiva, fut organisé sans interruption depuis 1895, nous serions alors à la 123e édition.

Indéniablement il y eut plusieurs interruptions dans l’organisation du Tiurai-Heiva de 1881 à nos jours pour diverses raisons : cataclysmes naturels, manque de finances, la grippe espagnole de 1918. Pouvait-on décemment organiser des festivités six mois après que Tahiti ait enterré ou brûlé ses 800 morts pour une population alors de 12 000 habitants ? Sans parler de cette même période de la grande guerre 14-18 où Papeete avait été bombardée. Combien de Tiurai-Heiva furent supprimés entre 1940 et 1950 pour les mêmes raisons de guerre et d’après-guerre ? Il n’est pas fou de croire qu’une dizaine de Tiurai-Heiva manqueraient à l’appel. C’est un véritable travail de recherches qu’il faut entamer dès maintenant et les services de la Culture et du Patrimoine feraient bien de fouiller dans les archives du Pays et de nous donner le nombre exact de la énième édition du Heiva de 2010. Voilà sans doute un quart de siècle que nous nous trompons, et personne n’est vraiment gêné de vivre avec un risque de mise en examen de cette génération par celle de demain “pour faux et écriture de faux en histoire”.

JM

John Marai
Imprimer Recommander Wikio Facebook Twitter digg

Légal

  • Droits de reproduction
    et de diffusion réservés
    © 2007-2011
    Les Nouvelles de Tahiti

  • Recommandations LNT

    Gardons Contact !

     

    Tous nos fils RSS   Contactez-nous !   La FanPage des Nouvelles de Tahiti   Suivez LesNouvelles.pf sur Twitter !   Le Channel Youtube des Nouvelles de Tahiti