Publié le jeudi 11 juin 2009 à 08H57
“C’était hier autour de l’hôtel Tahiti”... Avec sa plume déliée, trempée à l’encre imagée, Paule Laudon nous raconte le Tahiti de la princesse Takau Pomare, des bringues de Meme de Montluc, des danses de Madeleine Maua et Paulina Morgan, celui des éclats de rire de Marlon Brando, et du ski nautique à Moruroa...
Elle nous raconte le Tahiti des années 60

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’ouvrir la boîte aux souvenirs de l’Hôtel Tahiti ?
“C’est Lulu et Louis Wane. Ils m’ont demandé de remonter dans l’histoire de l’hôtel Sheraton dont ils ont été les fondateurs (aujourd’hui Hilton). Or l’histoire du Sheraton, c’est l’Hôtel Tahiti, construit par Spencer F. Weaver junior, un businessman américain, aussi dynamique et rutilant que sa cadillac, et les années 60…”
À quelles sources vous êtes-vous abreuvée pour raconter cette époque ?
“J’ai connu la fin du Tahiti d’antan. Ce Tahiti d’avant le boum généré par l’aéroport et le Centre d’expérimentation du Pacifique. Je raconte ce que j’ai vécu, j’ai récolté des anecdotes auprès de mes amis : Tila Bréaud, Suzanne Tutana Lopez, Narcisse Pomare, Jeanine Sylvain…J’ai puisé dans les collections de photos de Jean Gilot, Zizou de Meyer, Jean-Claude Bosmel et Jean-Claude Soulier. Je me suis plongée dans la lecture des Nouvelles de Tahiti et du Tahiti Magazine aux Archives Territoriales, et j’ai compulsé plusieurs bouquins dont "De l’atome à l’autonomie", de Philippe Mazellier.”
Qu’est-ce qui vous lie à l’hôtel Tahiti ?
“Rien si ce n’est que nous sommes arrivés à Tahiti le 11 janvier 1966, et que dès le vendredi suivant, nous étions invités à l’hôtel Tahiti.” Qu’avait-il de si particulier? “C’était un lieu privilégié, implanté sur la terre Auae, terre de chefferie des temps anciens. Premier hôtel de l’île à avoir un impact international, à offrir un confort raffiné et luxueux dans un style résolument couleur locale. C’était le lieu de rendez- vous des Polynésiens, et la résidence des personnalités de passage, vedettes du cinéma et têtes couronnées, écrivains et artistes. Tout le monde s’y retrouvait pour le happy hour.”
Je raconte ce que j’ai vécu
Livrez-nous une anecdote qui vous a amusé
“Il y en a tellement ! Peut-être celle du président de la République italienne Giuseppe Sarragat, qui a fait une escale technique à Tahiti en 1967, alors qu’il était en voyage officiel entre le Canada et les États-Unis. C’était un catholique pratiquant et comme son avion repartait trop tôt le dimanche matin pour pouvoir assister à unemesse dans une églises de Tahiti, il a fait aménagé une chapelle dans un coin du restaurant-bar-dancing de l’hôtel. C’est Monseigneur Michel Coppenrath -à l’époque il n’était encore que curé- qui est venu célébrer la messe. Il y avait aussi les concours de la plus longue chevelure qui étaient amusants. Mais l’une des images que je retiens, est celle de Narcisse Pomare et ses copines, assidues des couchers de soleils sur Moorea la rouge.”
Une personnalité qui vous a marquée?
“Moi je n’étais pas très people, mais…Jacques Brel est devenu un ami. Jacques Brel descendait à l’hôtel Tahiti. Il demandait toujours la même chambre. On jouait à la pétanque, c’était le seul sport qu’il pouvait pratiquer. On parlait pas mal de littérature. Il parlait de façon drôle et poétique. Il me demandait le sel à table, j’étais écroulée de rire ! Et puis il y avait Marlon Brando bien sûr ! Magnifique, une bouteille de champagne à la main, une couronne de fleurs sur la tête, riant et chantant à pleine voix dans le radier de Tautira…”
Vous évoquez également les princesses Pomare dans ce livre et notamment la princesse Takau que vous avez connue. Comment vivait-elle?
“Elle habitait à Paea, et recevait somptueusement. J’ai le souvenir d’un très grand repas, avec une étiquette. Nous avions eu des lettres d’introduction par ma belle famille. Une chose m’avait particulièrement marquée, nous étions servis dans de la porcelaine et une très belle argenterie, mais elle, pour son propre usage, avait des couverts en vermeil. Il semblerait que ce soient ceux qu’avait offert la reine Victoria à la reine Pomare. C’est fort plausible. Il y avait tout un cérémonial autour d’elle. Elle était royale !”
Était-ce inévitablement “mieux avant” ?
“Je crois que nous étions plus disponible pour le bonheur...”
Khadidja Bénoutaff
ELLE L’A FAIT
- Paule Laudon est docteur en chimie et oenologue
- Elle est arrivée à Tahiti en 1966
- Passionnée de montagne elle a escaladé son 1er Mont Blanc en 1965, 1er Aorai en 1966 et 1er Orohena en 1970
- Elle a participé à des fouilles archéologiques à Huahine et Papenoo avec Maeva Navarro.
- Elle a publié cinq ouvrages dont “Matisse le voyage en Polynésie” en 1999 et “Tahiti-Gauguin, mythes et vérité” en 2003
DÉDICACE
À la fin des années 1950, quand Tahiti n'était reliée au monde que par quelques liaisons maritimes, la vie semblait immuable et simple... Dans la décennie suivante, tout bascule, avec l'ouverture de l'aéroport de Faa'a, et l'implantation du CEP. Paule Laudon raconte Papeete d'avant les bouleversements. Les souvenirs des témoins de cette belle époque revivent, accompagnés de nombreuses images, vieilles photos issues de collections privées et de celles des premiers journaux et magazines.
- Paule Laudon dédicacera son ouvrage ce soir de 16 à 18h30 à l’hôtel Hilton de Tahiti.






