Patrice GUIRAO

Publié le mardi 22 décembre 2009 à 10H36

Planqué à Tahiti, cet homme discret a enchaîné les tubes. Art Mengo, Obispo, Johnny, Pagny, entre autres, ont fredonné ses mots. C'est à Moorea qu'il a écrit la comédie musicale “Les Dix Commandements”. Patrice Guirao publie son premier roman Au Vent des îles. Un polar aux personnages attachants, qui sent le monoï, le gasoil et le parfum volatil des destinées singulières échouées à l'autre bout du monde…

Le parolier à succès publie son premier polar

Pourquoi t'es-tu mis au polar, la chanson ne marche plus ?

“C'est ça, j'arrête un peu la chanson, place aux jeunes ! Quand tu écris des bouquins, tu peux être actif jusqu'à 95 ou 115 ans. À près de 60 ans, je suis au tiers de ma vie, j'ai encore de larges années de travail devant moi.”

Pourquoi avoir choisi le polar ?

“J'aime bien le polar. C'est léger. Neuf fois sur dix ça n'a pas de vraie prétention littéraire. Ça se consomme.”

C'est un autre exercice que la chanson, on sent que tu t'es amusé, que tu as pris plaisir à l'écriture…

“En effet. Je n'ai pas écrit en me demandant comment j'allais être jugé, j'ai écrit pour le plaisir d'écrire, en accord avec ce que j'ai envie d'être et de faire.”

Il y a des ingrédients pour faire une bonne chanson, quels sont les ingrédients d'un bon polar ?

“Je ne dirai pas que ce livre est un bon polar. C'est une fantaisie. L'intrigue est prétexte à une galerie de portraits, à des ambiances, des nostalgies. Un peu comme ce que faisait Frédéric Dard avec San Antonio, on s'en fout un peu de l'intrigue, on prend plaisir à la lecture.”

Les personnages sont très bien campés, attachants, on a l'impression de les connaître, comment les as-tu construits ?

“Comme tu dis, on les connaît tous plus ou moins ! En vivant à Tahiti, on les a forcément rencontrés un jour. C'est un amalgame de plusieurs figures. Je n'ai rien inventé. Ils font partie de notre imaginaire commun, même si je force un peu le trait. Pour les métropolitains, ce sera différent, mais j'ai d'abord écrit ce livre pour les gens de Tahiti.”

Il y a quelques petits coups de griffe ici et là, en passant. Gauguin par exemple…

“Ça fait du bien de temps en temps de donner un petit coup de pied dans la fourmilière ! La photo du mot anti-chinois signé Gauguin existe. Il était raciste.”

L'avocat Quinquil n'a bien entendu rien à voir avec Me Quinquis ?

“Quinquis ? Connais pas. Il y a quand même au début du livre un avertissement qui précise que tout est faux.”

Le titre “Crois-le”, est-ce une manière de dire que tout est vrai ?

“On peut dire aussi que tout est vrai.” L'amour, les relations hommes-femmes sont le sujet de prédilection de tes chansons, c'est aussi présent dans ce roman… “Qu'il y en ait un dans la salle qui me dise que ce n'est pas un sujet de prédilection. Je ne vois pas de doigt se lever. Donc je suis normal !”

Il t'a fallu partir de Tahiti pour écrire sur Tahiti

“C'est vrai. Toute création est liée au manque. Quand lemanque semet en place, il t'impose d'aller chercher en toi les souvenirs, pour le nourrir…Mais je n'ai jamais vraiment quitté Tahiti. Je fais actuellement une parenthèse en Nouvelle-Calédonie, mais je reviendrai. Je suis piqué à l'île. Certains ne supportent pas la vie insulaire, pour moi elle représente toute la grandeur d'un être humain. On est à l'échelle humaine sur une île. Y a-t-il un lieu où tu aies plus le sentiment d'évasion et celui de détenir les clés de la planète que sur une île ? Dès que tu lèves les yeux vers l'horizon, tu es ailleurs, tu es toujours en partance. Sur un continent, quand tu lèves les yeux, tu tombes sur un mur en béton. Ton ailleurs est limité par un horizon plat et vertical ! Chez nous, dans les îles, on a tout l'ailleurs devant nous, c'est ce quime plaît.”

Comment as-tu fait pour entrer dans le cercle très fermé des auteurs à succès ?

“J'ai eu de la chance. La réussite dans ces domaines-là, c'est d'être au bon endroit, au bon moment, et le seul vrai talent c'est de savoir exploiter son talent. J'ai fait un premier titre qui a cartonné (“Les parfums de sa vie”, d'Art Mengo ndlr). Quand tu réussis un truc, tu deviens une valeur économique pour le monde de l'industrie du disque, alors ils te donnent une nouvelle chance. Si tu cartonnes une deuxième fois, on te propose un nouveau projet, et ainsi de suite. Cela dure tant que tu enchaînes les succès économiques. Plus tu en fais, plus cela fonctionne, plus on t'en demande. C'est pour ça que ce sont toujours les mêmes qui font tout. Mais si jamais tu te plantes, tu es vite éliminé de la course.”

Combien de temps le business des comédies musicales va-t-il durer ? N'avez-vous pas le sentiment d'en avoir sucé la moelle ?

“Je pense qu'avec Mozart on est arrivé à la fin de ce qui pouvait être fait. Si on ne trouve pas une ouverture plus originale, plus attractive, c'en sera fini des comédies musicales. J'ai refusé de nouveaux projets car je n'y crois plus vraiment. Plus dans cette formule-là.”

Après avoir goûté aux grosses productions, n'as-tu pas envie de revenir à un travail plus intimiste, comme à tes débuts avec Art Mengo ?

“Je n'ai jamais quitté les choses plus intimistes, j'ai travaillé avec des chanteurs moins connus sur des textes plus personnels. Mais ce retour à l'artisanat, je vais le faire à travers le roman. Je reprends une carrière à zéro dans un domaine tout à fait différent et nouveau. Cela me plaît.”

Propos recueillis par Khadidja Benouataf

IL L’A FAIT

  • Patrice Guirao est né en 1954 à Mascara.
  • Il est arrivé à Tahiti en 1968 et a fait sa scolarité au lycée Gauguin.
  • Après des études à l'École nationale d'aviation civile, il exerce son métier d'aiguilleur du ciel à l'aéroport de Tahiti-Faa’a.
  • Il écrit son premier succès avec Art Mengo, “Les parfums de sa vie”. Suivront des chansons pour Johnny, Pascal Obispo, Florent Pagny, Calogero…
  • Récemment, il s'est tourné vers les comédies musicales : Les Dix commandements, Le Roi Soleil, Cléopâtre et Mozart.

CROIS-LE !

Il y a Al, le détective privé en short. Son bureau n'a pas de clim', ni d'affaires en cours. Sa vahine, Lyao Ly, est mannequin, manchote et flanquée d'un chihuahua chiant, Baldwin. Il y a Toti, un Chinois improbable qui passe tous les 31 récupérer son loyer, nettoie le quai des ferries, et brûle des croquis de Gauguin –originaux !– pour Ka San. Il y a Sando, un Burt Reynolds made in fenua, flic à l'humour approximatif mais à l'amitié indéfectible. Il y a Mamie Gyani, une élégante légende vivante qui connaît tout et tout le monde. Et puis quelques curés qui n'ont pas toujours été curés. Une valise pleine de dollars, un meurtre, des tueurs à gages américains, la mafia italienne… Crois-le ! est un polar qui se lit comme on sirotait une Manuia dans la moiteur de l'après-midi.

“Crois-le !”, de Patrice Guirao. Éditions Au Vent des îles, 2 350 Fcfp.

Khadidja Benouataf
Imprimer Recommander Wikio Facebook Twitter digg

Légal

  • Droits de reproduction
    et de diffusion réservés
    © 2007-2011
    Les Nouvelles de Tahiti

  • Recommandations LNT

    Gardons Contact !

     

    Tous nos fils RSS   Contactez-nous !   La FanPage des Nouvelles de Tahiti   Suivez LesNouvelles.pf sur Twitter !   Le Channel Youtube des Nouvelles de Tahiti