Publié le lundi 14 septembre 2009 à 10H04
L’album s’appelait “C’est pas dangereux”. Paru dans les années 80, il fut boycotté par tous les commerces de Tahiti. En ces temps-là, il ne faisait pas bon de dénoncer les essais nucléaires et leur manne financière. Haere Po réédite en couleur ces dessins de P’tit Louis sous le titre “Secret défonse”. 5-4-3-2-1 précipitez-vous, les exemplaires sont numérotés !
Il réédite ses dessins boycottés au temps du CEP

L’unique exemplaire rescapé de “C’est pas dangereux”, votre BD sur les essais nucléaires, était enterré dans le jardin d’un ami à la Presqu’île. Quand l’avez-vous exhumé et pourquoi ?
“Le 31 du mois août. Parce que ça rapporte le CEP ! T’as qu’à voir le nombre de mecs derrière qui essaient encore de faire marcher la machine à sous. Ils sont là les mecs : ‘Peut-être qu’on peut encore tirer quelques milliards de cette histoire-là’. C’est un devoir de mémoire que je fais là. Nécessaire, même si c’est politiquement incorrect. Vu l’hypocrisie générale ambiante, c’est bien de temps en temps de dire les choses.”
Mais alors, vous aussi avec cette nouvelle édition, vous voulez faire votre beurre !
“Je vais me gêner !”
À combien d’exemplaires “Secret défonse” est-il tiré ?
“25 000 ! Non je plaisante, à 100 exemplaires numérotés.”
Vous avez choisi la date du 11 septembre pour le présenter, est-ce un hasard ?
“C’est mon éditeur qui a choisi le 11 septembre parce qu’il pensait que c’était une date ‘explosive’.”
Lors de sa parution en 1982, “C’est pas dangereux” a très vite été retiré de la circulation. Pourquoi ?
“C’était assez mal vu de parler des champignons en général, ceux de Moruroa comme ceux de Taravao. Il était interdit de vente dans les foyers militaires. Les librairies bien pensantes de l’époque ne voulaient pas avoir de problèmes avec l’intelligentsia, donc les albums n’ont pas été mis en vente. Ce n’était pas une censure officielle. Ça s’est fait comme ça. 400 exemplaires ont été emmenés à la Punaruu (je ne citerai pas l’usine qui imprimait des bouquins là-bas) sans prévenir, ils les ont tous passés au pilon. Ça m’est un peu resté coincé en travers de la gorge, ça comme d’autres choses à l’époque…”
Lesquelles ?
“Quand je manifestais avenue Bruat avec Henri Hiro contre la bombe atomique, il y avait des gens assis aux terrasses des bistrots qui me disaient ‘E mea ma, farani, si t’es pas contont, rontre chez vous !’, parce qu’ils travaillaient pour la bombe. Aujourd’hui ce sont les mêmes qui revendiquent encore parce qu’ils sont malades.”
Comment cette BD a-t-elle été reçue par le public ?
“C’était de la folie, les gens se battaient, je suis ressorti presque nu de la première dédicace parce que je n’avais pas assez de bouquins ! Je veux signaler que j’ai fait ma première dédicace chez mon camarade Mario du Pescadou qui a malheureusement passé l’arme à gauche récemment. Il m’avait dit (avec l’accent du sud) ‘Eh P’tit Louis, on va le passer ce bouquin, on les emmerde !’. La BD a circulé sous le manteau.”
On y retrouve deux personnages, des militaires, qui ressemblent un peu à des aliens…
“Ce sont deux personnages qui reviennent de là-bas, là où ça a pété. Ils portent des masques parce qu’ils ont été méchamment irradiés.”
Il semble y avoir plusieurs niveaux de lecture dans ces dessins.
“C’est vrai. C’est très documenté. Rien n’est gratuit. Tout est très axé.”
Racontez-nous une anecdote de cette époque.
“Un jour, dès potron-minet, au bord de la plage avec une dernière bouteille de whisky, je discutais avec l’un des grands patrons du CEA, je l’avais tanné pendant toute la nuit en lui disant que les essais nucléaires, c’était dégueulasse, c’était pourri, lui essayait de me persuader qu’ils faisaient tout pour que ce ne soit pas dangereux, que tout allait bien… Et au petit jour (il avait un petit coup dans le texas), il a quand même réussi à me lâcher ‘malgré tout ce que j’ai pu te dire, c’est vrai qu’on joue un peu aux apprentis sorciers’. Dans le fond c’était ça.”
Une image ?
“La première fois que nous avons débarqué du Pen Duick à Raiatea, nous avons été invités chez des gens, kaina et très accueillants. Chez eux sur le mur, encadrée par des colliers de coquillage, il y avait une superbe photo de la bombe atomique. C’est atroce mais c’est beau mine de rien. Le CEA les distribuait gratuitement. Alors dans les foyers il y avait la vierge Marie encadrée, avec des couronnes, et à côté la bombe, encadrée elle aussi, avec des couronnes.”
Propos recueillis par Khadidja Benouataf
“Il était une fois les années 70…
Les champignons poussaient au-dessus de quelques atolls et, à Tahiti, ils n’étaient pas seulement atomik. Dans les lagons, des extraterrestres en cercle sur leurs yachts attendaient d’autres extraterrestres en soucoupe, alors que couvertures chauffantes, encyclopédies en 20 volumes et services à table à 44 pièces s’introduisaient à crédit jusqu’au fond des vallées et des îles…”.
- P’tit Louis dédicacera sa BD samedi 19 septembre à la librairie du Vaima de 9 à 12 heures. Livre en vente : 2 900 Fcfp.
IL L’A FAIT
- Frédéric Bon, alias P’tit Louis, est né à Bordeaux au siècle dernier
- Il est arrivé à Tahiti en 1972 sur le bateau de Tabarly, Le Pen Duick III 4
- Il a participé à la création de Ia ora te natura avec Henri Hiro, Jacqui Drollet et Jean-Paul Barral
- Il a enseigné les arts plastiques au collège Pomare IV de 1974 à 1976
-
Il a publié huit ouvrages et depuis 1990 dessine quotidiennement pour La Dépêche de Tahiti.







Les dernières contributions
Commentaires anonymes
30/11/2009 à 03h50
Il a bien fait d'aller s'occuper des champignons dans les îles.
S'il était resté au pays il aurait juste rammassé les cèpes, et pratiqué la chasse à la palombe