O tahiti e ou la quête troublante

Publié le mercredi 15 juillet 2009 à 09H22

DANCE HEIVA NUI. Des moments forts, très forts même, mais parfois aussi une sorte de malaise indéfinissable. Comme si O tahiti e empruntait un chemin similaire à celui que Marguerite Lai condamnait chez les Grands Ballets il y a dix ans : sortir du pitoïsme ma’ohi.

On est loin de la configuration du minimum exigé par le règlement : minimum 60 danseurs-danseuses. Ce minimum a littéralement explosé. Marguerite Lai a dû refuser du monde, ayant largement atteint le nombre de 150 personnes. On peut facilement imaginer ce que cela représente à To’ata. Une vague énorme qui vous submerge, comme l’émotion de temps à autre. Car parfois cette émotion cède à une interrogation récurrente : suis-je toujours à Tahiti ? Indéniablement le spectacle proposé par la troupe de Marguerite Lai aura marqué To’ata par sa modernité. Plus encore, on hésitera pas à parler de danse polynésienne contemporaine, tant les figures et certaines partitions musicales souvent saccadées pour accompagner gestuelles et postures, interpellent le spectateur.

La chorégraphie de O tahiti e, principalement l’oeuvre de Moana’ura Tehei’ura a dû être revue parfois avec insistance par Marguerite Lai. En effet, le fougueux Moana’ura affiche clairement son univers chorégraphique forgé par le socle Otahitien mais enrichi par ses nombreux déplacements à l’étranger et particulièrement par l’univers du spectacle de la ville américaine qui ne dort jamais : Las Vegas. Ce garçon qui a de l’avenir (il volera sans doute de ses propres ailes un jour – à condition de trouver le noyau qui le suivra, tout comme l’a fait Tiare Trompette) est un homme de culture universelle. Qui pourrait lui reprocher de faire évoluer la danse à sa manière ? Personne sauf que, dans le cas où O tahiti e remporterait le premier prix –ce qui est, à notre avis, fort possible– cettemode pourrait fort bien devenir le modèle de To’ata dans les années à venir. Bien sûr, ce n’est pas aussi palpable que la révolution apportée par Coco Hotahota au début des années 80, il n’en demeure pas moins, comme nous le confiait le directeur de la Maison de la Culture : “Le jury aura une lourde responsabilité. Si O tahiti e, gagne, tout le monde fera pareil l’an prochain”. Honnêtement, nous voyons mal Coco Hotahota “faire comme Marguerite.” Notons pour relativiser le commentaire de Heremoana, qu’il est le raatira tahua de Temaeva cette année. Pour ce qui est de l’oeuvre créatrice proprement dite, on ne peut qu’applaudir des deux mains.

Pour ce qui est de l’authentiquement ma’ohi, il y a comme une délicieuse entorse, comme un parfum samoan, balinais et hindou. Pourquoi pas ? L’art s’émancipe de ses carcans, c’est le propre de l’art. Nous avons été troublés, autant par la beauté du spectacle que par le texte un peu moralisateur et la voix monocorde de Chantal Spitz.

JM

Vaiarinui célèbre Tetuna’e le législateur

Le groupe de himene de Papeari, conduit par Aristote Marurai participait pour deuxième année consécutive au concours du tarava Tahiti. C’est dans le fief des Teva i uta que l’on a toujours trouvé les meilleurs taraa Tahiti de l’histoire du Tiurai et du Heiva. Du temps de la splendeur du tarava Tahiti sous l’égide de Poe a Moeroa de Papara, Papeari a toujours figuré dans le trio de tête a côté de ses frères ennemis mais néanmoins voisins : Papara et Mataiea. Cette année, Aristote a voulu célébrer le marae fondateur des Teva, le marae Farepua érigé vers le 11e siècle sous le rêgne de Tetuna’e, surnommé le législateur. Mission accomplie.

Barème de notes

  1. Dans notre édition du samedi 11 février, nous avions donné les critères retenus par notre trio “Torutahi” composé de Tihoni, Paraita et Mareto : Originalité : sur /10
  2. Beauté de la prestation : sur/10 ;
  3. Degré de force des frissons provoqués : sur/10 ;
  4. Pouvoir lénifiant 0 à -10 (classement négatif). Selon ce classement le maximum sera de 30 points si le critère 4 reste à 0.

D’après “Torutahi”, en catégorie Heiva Nui c’est Otahiti e qui est venu ravir la première place à Heikura Nui tandis que Hitireva demeure seul en tête en catégorie Heiva. Le deuxième à concourir contre Hitireva est le groupe Vaiopu de Punaauia qui sera sur scène ce soir.

Classement des groupes après trois soirées

Danse Heiva : 1- Hitireva

Danse Heiva Nui :

  1. O tahiti e ;
  2. Heikura Nui ;
  3. Ahutoru Nui ;
  4. Tamarii Tipaeru’i

Tarava Tahiti :

  1. Tamarii Papara ;
  2. Tamarii Afaahiti
  3. Vaiari Nui

Tarava raro mata’i : Vaihoataua no Taunoa Ru’au :

  1. Vaihoataua ;
  2. Papara ;
  3. Vaiari Nui ;
  4. Afaahiti

Ute arearea :

  1. Ahutoru Nui ;
  2. Heikura Nui

Ute paripari :

  1. Vaiari Nui ;
  2. Papara ;
  3. Afaahiti
  4. Vaihoataua

Programme

  • Ce soir : Tamariki Poerani en vedette À n’en point douter ce sera la troupe de Makau Foster qui tiendra le haut du pavé ce soir à To’ata avec son spectacle basé sur le “Mono’i”. On sent dans ce choix de Makau Foster, et surtout par le développement progressif de son thème, un désir sincère de ramener la danse à son essence. Point de chichi ni de fioritures samoanes, balinaises voire Grands Ballets. Au-delà de la fabrication de cette mixture essentielle à la famille polynésienne pour son bien être, ce seront des gestes d’amour qui seront dévoilés depuis les dieux jusqu’aux hommes. Retour à l’essentiel. En ouverture de soirée, la troupe “Tamarii Punaauia rau no Vaiopu” a choisi de nous parler de la cueillette des oranges sur le plateau du Tamanu. Ce sera certes un hommage aux ‘aito cueilleurs de ce fruit délicieux et unique par son goût mais, comme beaucoup de groupes en ce Heiva 2009, un cri en faveur de la protection de cet environnement si fragile. Entre Punaauia et Poerani, le tarava raro mata’i sera à l’honneur avec les formations de Tipaeru’i et de Pereaitu de Paea. Tamarii Tipaeru’i a eu beaucoup de mal ces dernières années à se remettre de la disparition dumythique Papa Ra’i et le départ en 2006 de son autre raatira charismatique, Edmond. Il serait douloureux pour ce groupe aux sept victoires de se faire doubler par le nouveau venu de Paea, qui est pourtant un “district normalement ancré dans le tarava Tahiti”. C’est sans doute une preuve que le tarava des îles Sous-le-Vent séduit plus par la richesse et la variété de ses lignes mélodiques, à l’inverse du tarava Tahiti, plus sobre et à l’amplitude plus resserré. 19 heures – Danses – Ctg. Heiva – Punaauia rau no vaiopu 20 heures – Chants Tarava Raromatai- Tamarii Tipaerui 20h30 – Chants Tarava Raromatai Pereaitu de Paea 21 heures – Danses Ctg Heiva nui - Tamariki poerani
  • Jeudi 16 juillet 19 heures – Danses Ctg Heiva association Pereaitu 20 heures – Chants Tarava Raromatai- Tamariki Oparo 20h30 – Chants Tarava Tahiti- Tamarii Mataiea 21 heures – Danses - Ctg Heiva nui hei tahiti

John Marai
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