O Tahiti E

Publié le samedi 20 décembre 2008 à 08H58

Quatorze créations, deux reprises traditionnelles façon bringue, un casting international, le dernier album du groupe O Tahiti E se balade en chansons et flirte avec le jazz. À écouter sans modération.

Leur nouvel album est dans les bacs

C’est la première fois que vous sortez un album avant un spectacle ?

Marie-Hélène Villierme : “C’est la première fois que nous sortons un CD détaché d’un spectacle.”

Il n’y aura pas de spectacle pour l’accompagner ?

MHV : “Non. D’ailleurs l’album ne suit pas la chronologie d’un spectacle : otea, chants, aparima. Dans Perepere, les otea (morceaux de percussions) interviennent comme des intermèdes. De manière à ce que l’album s’écoute agréablement, en voiture ou au salon. Nous avons vraiment fait un choix musical.”

Comment avez-vous choisi les titres ?

MHV : “Tous les morceaux sont des créations issues de nos deux derniers spectacles, à l’exception du otea Moeau et du vivo A Hina qui sont de nouveaux titres. Nous avons repris un morceau de 2001 et deux titres traditionnels. Mais tous ont été réarrangés.”

Comment avez-vous imaginé, réalisé cet album ?

Marguerite Lai : “En tant que chef de groupe, j’ai voulu mettre en valeur le talent des musiciens et des choristes de O Tahiti E, faire en sorte qu’ils révèlent le meilleur d’eux-mêmes, qu’ils soient portés par des instruments qu’on n’a pas l’habitude d’entendre dans la musique polynésienne.”

MHV : “En ajoutant du violon et du piano par exemple, nous avons surtout voulu rehausser, mettre en valeur la musique polynésienne.”

ML : “Le violon a un son qui fait frétiller mon âme. Quand j’entends le violon d’Inga porter mes mots en tahitien, porter la beauté des textes de Patrick Amaru et la voix de Nora, mon âme entre en lévitation !”

Vous avez également invité un accordéon…

MHV : “Oui, sur les deux reprises traditionnelles. Cet instrument fait partie du répertoire des chansons du Tahiti belle époque. C’est Alain Neti qui en joue, il connaît ce répertoire par coeur, il le vit, se balade sur les morceaux comme s’il était chez lui.”

Ce n'est pas un CD de groupe de danse

Au delà de l’introduction de nouveaux instruments, quel est le truc en plus de cet album ?

MHV : “La question que nous nous sommes posée c’est : que manque-t-il pour que cette musique ne soit plus estampillée folklorique, qu’elle soit plutôt classée dans la catégorie world music.”

ML : “Nous n’avons pas voulu faire un CD de groupe de danse, nous voulions un produit de qualité, qui ait sa place aux côtés d’Aretha Franklin ou de Céline Dion dans votre discothèque. Nous avons apporté un grand soin au packaging pour que les gens aient envie d’avoir l’objet et ne se contentent pas de le télécharger.”

Perepere a été enregistré “à la maison”, quelle était l’ambiance à Monoihere pendant les sessions ?

Nora Manu : “Zen, comique et un peu chiant (rires).”

ML : “Zen à cause du lieu très verdoyant, le gazon est beau et le ma’a toujours bien préparé par le chef. Personne n’est derrière vous pour vous dire “dépêchezvous, j’ai un autre groupe qui va enregistrer”. Comique parce qu’on était nombreux et qu’on a utilisé des instruments originaux. Par exemple, les balayettes sur la batterie, ce sont mes deux purumu niau, celui pour chasser les cancrelats et celui pour chasser les moustiques. Et enfin chiant, parce qu’il fallait souvent refaire les prises, attendre, recommencer, et le Polynésien n’est pas très patient ! Or pour pouvoir faire un travail de qualité, il faut de la patience.”

MHV : “On a fait cet album à Mahina les bains, c’est un travail en famille, une création collective, quelque chose de fort.”

Le casting des musiciens est international, il y a une Russe, un Péruvien, un Canadien d’origine paraguayenne…

ML : “Des Paumotu, des Tinito, des Rurutu, des Italiens, des Rarotonga (rires).”

MHV : “Un mélange explosif.”

Avec cet album qui, pour un groupe de danse, sort des chemins balisés avez-vous le sentiment de prendre un risque ?

ML : “Pas du tout. Au contraire, nous donnons de la valeur ajoutée. Il ne faut pas se contenter de rester là où nous sommes. S’il y a risque, c’est un bon risque, celui de la qualité.”

Propos recueillis par Khadidja Benouataf

LE GROUPE L'A FAIT

  • Le groupe O Tahiti E a été créé en août 2006 par Marguerite Lai.
  • Il a obtenu le Grand prix du Heiva en 1997, 1998 et 2005.
  • O Tahiti E a dansé pour l’ouverture de l’Exposition universelle de Hanovre en l’an 2000.
  • En septembre 2006 pour les 20 ans du groupe, Marguerite Lai a réuni 1 000 convives à Afaahiti.
  • Ils feront leur grand retour au Heiva 2009.

CONCERT

Le 9 janvier prochain à partir de 20 heures, O Tahiti E présentera son nouvel album au public, lors d’un concert donné au Pink Coconut. Guest et surprises se succèderont sur scène jusqu’à 23 heures. Perepere a été enregistré entre juillet 2007 et février 2008 à Monoihere. Cet opus comprend 14 créations et deux morceaux traditionnels. Tous ont été réarrangés. Une ballade polynésienne aux frontières du jazz et du swing

Khadidja Benouataf
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