Nuihau LAUREY

3 contributions

Publié le jeudi 25 juin 2009 à 09H24

Nuihau Laurey préconise la création d’un Épic chargé de développer les énergies nouvelles, la fixation du prix de rachat de l’électricité par EDT à 80 Fcfp le kWh. Il explique en substance que le pays doit privilégier les techniques connues (centrales hydrauliques, éoliennes ou photovoltaïques) plutôt que la piste incertaine de l’énergie thermique des mers.

Consultant financier, il publie un cinglant plaidoyer pour les énergies renouvelables

Vous plaidez pour la mise en place d’un Épic pour gérer la politique énergétique. Avec quelles missions et quels pouvoirs ?

“L’établissement se verrait attribuer une mission conceptuelle, penser et mettre en oeuvre toutes les mesures favorisant l’émergence des énergies renouvelables, et une mission opérationnelle, assurer le pilotage des toutes les opérations : création de parcs éoliens, de centrales solaires, veille technologique sur les énergies marines, partenariat avec l’éducation nationale, opérations collectives…”

Pour vous, le prix de rachat de l’électricité serait incitatif à partir de 80 Fcfp le kWh. Pourquoi ce tarif ?

“Les pays et les collectivités en pointe sur cette filière ont instauré des tarifs de rachat largement supérieurs au prix de vente de l’électricité pour stimuler le décollage de l’énergie solaire. J’ai pris l’exemple de la France métropolitaine, avec un tarif de vente de l’électricité de 11,06 centimes d’euro le kWh (13 Fcfp) et un tarif de rachat de l’électricité photovoltaïque de 30 centimes d’euro (36 Fcfp) le kWh. L’électricité solaire est donc rachetée à un prix 2,77 fois plus important que l’électricité vendue. En appliquant ce même ratio en Polynésie, avec un prix moyen de l’électricité de 30 Fcfp, on obtient un prix de rachat de 83 Fcfp.”

Comment expliquez-vous la réticence d’EDT à racheter l’électricité des particuliers ?

“La finalité de l’entreprise est de dégager des profits. L’énergie solaire permet aux ménages et aux entreprises de générer une partie de leur consommation d’électricité. Autant d’électricité qui ne sera plus achetée à EDT. Autant de profits qui disparaîtront. D’où la ‘réticence’ de la société EDT qui s’illustre particulièrement par le ‘conseil bienveillant’ qu’elle dispensait il y a peu à nos décideurs en faveur d’un tarif de 35 Fcfp pour le rachat de l’électricité solaire. Une véritable plaisanterie qui, et cela est extraordinaire, a trouvé des partisans au sein de nos pouvoirs publics.”

D’après vous, l’énergie thermique des mers n’est pas un projet réaliste. Pourquoi ?

“La première expérimentation liée à l’énergie thermique date de 1928. À ce jour, de nombreux prototypes ont été testés mais aucune installation commerciale n’existe dans le monde à ma connaissance. Par contre, concernant les hydroliennes, j’indique que la Polynésie dispose, notamment dans certaines passes, de forts courants sur lesquels il conviendrait de commencer à lancer des analyses de potentiel. Concernant les centrales houlomotrices, j’évoque le projet de la SEDEP à Papara qui présente l’avantage d’exister. De manière plus générale, les énergies marines sont encore embryonnaires. Je préconise donc la constitution d’une cellule de veille technologique à l’échelle locale et la prise de contact avec des porteurs de projets qui souhaiteraient établir des partenariats en Polynésie pour expérimenter.”

Vous semblez préférer le véhicule hybride à la voiture électrique. Pour quelles raisons ?

“Les deux constituent des opportunités majeures de réduire notre consommation de pétrole. Néanmoins, les véhicules hybrides présentent encore aujourd’hui un avantage du fait de la possibilité de fonctionner en thermique si les batteries sont à plat. Les hybrides sont par ailleurs déjà produites en grandes séries (par des constructeurs japonais) et devraient être disponibles plus rapidement auprès du grand public. J’espère que la Polynésie ne regardera pas encore passer le train.”

Le rachat de l’électricité solaire à 35 Fcfp le kWh, une véritable plaisanterie...

Vous dites que les énergies renouvelables ne peuvent pas se substituer au pétrole, mais seulement réduire notre dépendance à son égard. Pourtant, la ressource pétrolière est amenée à s’épuiser, et donc à être remplacée...

“À court et moyen terme, les énergies renouvelables vont nous permettre de réduire notre dépendance au pétrole. Le solaire pèse moins de 1% de la production électrique mondiale, 2% pour l’éolien, encore moins pour les autres énergies alternatives à l’exception de l’hydraulique qui est à 16%. Il ne faut pas rêver. Pour passer de 1 ou 2% à 20 ou 30% il faudra du temps. Et si l’on ne fait rien, cela n’arrivera jamais. À long terme, les réserves de pétrole conventionnel seront épuisées dans 30 ou 40 ans, voire un peu plus. Nos grands-parents, nos parents et nous-mêmes avons vécu dans une société basée sur le pétrole. Nos enfants connaîtront une société sans pétrole, basée sur quelle énergie, je l’ignore. Ce que je sais, c’est que pour atteindre ce stade, il nous faut encore parcourir un long chemin semé d’embûches, parmi lesquelles un pétrole cher, cher, cher. Alors activons le mouvement...”

Propos recueillis par Benoît Buquet

IL L’A FAIT

  • Nuihau Laurey est né à Tahiti en 1964.
  • Spécialisé dans les technologies informatiques et financières, il a travaillé dans plusieurs organismes privés et publics.
  • Il est aujourd’hui consultant financier, spécialisé notamment dans le marché du gaz naturel.
  • Depuis plusieurs années, il s’intéresse aux énergies renouvelables, réunit de la documentation et s’amuse à calculer la rentabilité économique des énergies nouvelles.

LE LIVRE

Nuihau Laurey se définit comme “un usager qui constate que nous payons une des électricités et un des carburants les plus chers du monde et que les énergies renouvelables qui émergent partout ailleurs restent quasi inexistantes en Polynésie française”. Son livre Énergies renouvelables, Plaidoyer pour une véritable politique de l’énergie en Polynésie française (édition Aux vents des îles) est à lire, non pas pour son expertise technique, mais plutôt pour son analyse financière et institutionnelle de la politique énergétique du fenua.

  • Nuihau Laurey dédicacera son ouvrage samedi de 9h à midi à la librairie Odyssey.

Benoît Buquet
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Commentaires anonymes

26/06/2009 à 09h03

Je n'ai pas encore lu ce bouquin, (critique d'une politique inexistante?) mais:
tout ce qui pollue bien :
agriculture élevage,transports routier maritime avion bagnole, énergies pétrole électricité, l'eau l'eau usée, ...
sont gérés par des boîtes privées bien souvent multinationales et sont uniquement SOURCES DE PROFIT !
A charge des collectivités (nous) l'infrastructure obligatoire de ces entreprises: routes, ports, aéroports, ...
Méditez.
Ils se marrent à Lyonnaise des Eaux/Suez de voir cette guéguerre de quelques cents du KW par du solaire où ce sont eux (les multinationales) qui fabriquent et nous vendent le matos pour les produire !
Notez : les chauffe-eau solaires nécessitent plus d'énergie à leur fabrication qu'ils ne permettent d'en économiser sur une durée de vie maximale constatée de 10 ans !

ETM:
Le "Baron Empin" avait étudié la chose et présenté une station FLOTTANTE (tu paies pas, au-revoir)
il y a maintenant plus de 30 ans ... avec des rivages polynésiens où l'électricité était vendue la plus chère au monde (comme par hasard).
Si quelqu'un a cette image, maururu de la re-diffuser.
Prendre l'eau froide des fonds pour la faire déboucher à la surface ne risque t elle pas de causer de gros problèmes environnementaux sur la faune et flore récifale ?

Finalement il n'y a pas que Gregory qui soit contre ce projet de Tetiaroa ! lol

25/06/2009 à 21h20

Il est intéressant de voir qu'au Fenua on s'aperçoit également de la pollution qu'engendre notre mode de vie actuel.
Le livre est bien écrit et aborde de nombreux points pour développer les énergies renouvelables.

Je n'ai pas encore tout lu mais je trouve regrettable que les économies d'énergies soient discréditées. J'entends par là qu'il met fortement en avant les [u]modes alternatifs de production [/u]d'Energie dites "non polluantes" ou "propres" mais qu'il ne condamne pas suffisamment la société de sur-consommation dans laquelle nous vivons aujourd'hui.
C'est peut être un aspect plus partisan qu'il ne partage pas, mais je pense qu'il ne faut pas autant dénigrer [u]les modes alternatifs de consommation[/u]. Je m'explique : la critique d'éteindre la lumière ou la critique des lampes à basses consommation est sévère.
Je pense pour ma part que les politiques doivent être menées en parallèle, ce qui évitera de voir dans certains bureaux (notamment de l'administration pour les visiter régulièrement) la climatisation fonctionner à 19° toute la journée avec une présence humaine réduite à 1h au maximum.

Enfin, la crique porte principalement sur la politique menée par les différents gouvernements (appuyés par les lobbys ?). Et sur ce point, je tiens à lui porter mon soutien et à l'encourager à défendre les projets proposés.

Peut être M. Henderson devrait il offrir cet ouvrage à tous ses collèges du ministère, mais aussi aux autres Ministre.

...8)

Commentaires anonymes

25/06/2009 à 16h10

C bien d'avoir des gens qui publient des choses interessantes en PF

Je voudrais commenter quelques points de la réflexion de ce monsieur.

L'idée d'une EPIC est louable: sur l'île de La Réunion, il existe une structure assez semblable, L'ARER (Agence Régionale de l'Energie Réunion). www.arer.org.
Il faut seulement prier qu'elle ne devienne pas comme beaucoup d'autres des pompes à frics pour politiciens. Je ne sais pas si c'est pour cela, mais justement l'ARER à le statut d'association loi 1901 ce qui fait qu'il y a un peu moins d'implication politique.

Véhicules hybrides ou tout électrique: je pense également que l'hybride est plus intéressant mais pas pour la même raison. Dans un territoire où 80% de l'électricité produite provient d'énergies fossiles, le tout électrique serait un non-sens.

L'ETM: effectivement, il n'y a jamais eu d'installation industrielle à date. Néanmoins, cette source d'énergie est peut être la seule qui permettrait une indépendance quasi totale aux énergies fossiles puisque c'est la seule énergie renouvelable qui est disponible de manière ininterrompue. Il faut donc trouver les financements publics nécessaires (Etat, Europe...) et faire de la PF un précurseur dans le domaine. Il faut se rappeler qu'après le choc pétroliers des années 80, l'IFREMER avait un projet d'ETM très avancé sur Tahiti et ce n'est malheureusement que la chute des cours de pétrole qui ont tari les financements et fait capoter le projet. Il y avait aussi à la même époque un autre projet d'ETM pour produire de l'eau douce sur l'ile de Bora Bora.
L'ETM a aussi l'avantage de créer de nouvelles opportunités économiques (aquaculture, froid...)

Au plaisir

Légal

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