Publié le lundi 10 août 2009 à 09H08
Le Heiva i Tahiti vient de s'achever dans une envolée de polémiques. Marguerite Lai, grande dame de la danse qui n'a pas l'habitude de mâcher ses mots, nous donne son opinion sur la question, et notamment sur le rôle des jurés.
Si son groupe O Tahiti e a séduit le public, il n’a pas convaincu le jury du Heiva

Le palmarès du Heiva 2009 soulève beaucoup de remous. Est-ce comme ça chaque année ?
“Cette année, ce qui est particulier c’est que lesmembres du jury se sont répandus en commentaires de toutes sortes ! Et ils l’ont fait avant, pendant et après le Heiva… Chacun y est allé de sa petite phrase, y compris la présidente Jeanine Maru, quitte à tenter de démentir par la suite, quand le mal était fait. Voilà ce qui alimente la polémique et provoque des discordes.”
Donc toi, Marguerite, ce n’est pas le classement en lui-même qui te contrarie ?
“J’ai créé O Tahiti e il y a 23 ans et je sais bien qu’il y a des années où l’on gagne et d’autres où l’on n’est pas couronné… Tous les groupes vont au Heiva dans l’espoir de remporter le 1er prix et même de les rafler tous, pourquoi pas ? Sinon quelle serait la motivation de nos danseuses et danseurs pour travailler très durement pendant de longs mois de préparation, s’ils n’avaient pas tous cette espérance ? Qu’on soit enthousiasmé par la victoire ou déçu par le verdict, c’est la loi du genre et je la respecte.”
Bon, c’est très clair, c’est bien le comportement du jury que tu critiques ?
“Exactement ! Et je sais de quoi je parle puisque j’ai déjà été jurée moi-même ! Rien n’aurait dû transpirer, aucun commentaire n’aurait dû sortir du secret des débats du jury jusqu’à la réunion de synthèse qui aura lieu le 22 août prochain ! Or, les exemples d’indiscrétion sont tellement nombreux… Quand Matani Kainuku, qui participe au jury pour la première fois, se permet d’affirmer à la télévision que c’est facile pour lui de juger, qu’il a déjà fait son choix, que les groupes n’ont pas assez développé leurs thèmes, etc. Qu’est-ce que ça veut dire en pleine compétition ? On peut faire des recommandations aux groupes lors de la répétition générale et ensuite stop ! Les groupes sont libres de suivre ou non les conseils et le devoir des jurés c’est de rester muets, même si on ne peut pas leur interdire heureusement d’avoir leur opinion.”
Il faut trouver une manière de faire voter le public
Il y a eu certainement des paroles malheureuses, et quoi d’autre encore ?
“Il y a eu des paroles, un point c’est tout ! Bienveillantes ou malencontreuses, qu’importe ! Elles n’auraient jamais dû être prononcées. Mais il y a autre chose encore qui fait naître l’inquiétude. C’est le soupçon de favoritisme ! Que penser de la brassée de récompenses décernées à Hei Tahiti ? Or, Tiare Trompette vient de quitter la direction artistique de Heiva Nui et son mari s’occupe toujours de toute la technique de Heiva Nui. Je l’ai connue à huit ans et elle a été ma première danseuse. Je n’ai donc rien contre elle sauf qu’elle a bénéficié de facilités techniques que les autres groupes n’ont pas eues –et elle ne s’en est peut-être même pas rendu compte !– Je ne parle pas, là encore, de personnes, mais d’égalité de traitement entre les personnes !”
Comment faire pour constituer un jury vraiment incontestable ?
On ne peut avoir confiance dans le jugement de gens incompétents et même soupçonnés, parfois, de tricherie. Or ça dure depuis des années. De plus, s’il y a beaucoup de gens compétents dont la connaissance est restreinte à un seul domaine : danse, chant, orchestre, on a besoin de trouver des gens érudits dans tous les domaines. Moi qui ai l’intention d’assumer dans quelques années la mission de présidente du jury, je vaism’y préparer en complétant mes connaissances. L’année prochaine, j’ai l’intention dans ce but de revenir concourir au Heiva en chant et non en danse. Je veux approfondir mes connaissances. Devenir membre du jury demande une formation spécifique.”
Et que devient le public dans tout ça ?
“Il faut trouver une manière de le faire voter, je ne sais pas comment ni sur quel panel de spectateurs, mais il faut y penser. De toute façon, il faut tout repenser, tout mettre à plat. On ne va pas continuer à se chamailler sur des notions de modernité et tradition, contemporain et ancestral, etc. Peut-être devrons-nous en arriver à la formule hawaiienne avec ses deux concours distincts : le Hula Kahiko et le Auana. Cette année, tout le monde a applaudi ce qu’on a appelé “le retour des grands groupes” mais pour leur faire faire quoi ? Si on continue à brider leur créativité, eh bien ils repartiront !”
Propos recueillis par MZS
ELLE L’A FAIT
- Elle a créé O Tahiti e il y a 23 ans.
- Cette année, la troupe a présenté 121 danseurs et danseuses au Heiva, sur un thème écrit par Chantal Spitz et une chorégraphie de Moana’ura Tehei’ura.
- Habituée aux récompenses, elle est fière que de sa troupe sortent des nouveaux chefs de groupes, comme Tiare Trompette.
O TAHITI E, UNE EURL
O Tahiti e fonctionne comme une entreprise d'une taille déjà conséquente. Fondée il y a 23 ans, la troupe s'est constituée en EURL et non en association, ce qui permet à Marguerite Lai d'en être la seule "patronne", même si elle est entourée de collaborateurs compétents à qui elle délègue de nombreuses prérogatives. Animer une équipe aussi importante demande de savoir aussi gérer un budget de grande ampleur. Par exemple, pour le Heiva, O Tahiti e a reçu une dotation de 1 500 000 Fcfp qui ont essentiellement servi à financer les more pour plus de 1 300 000 Fcfp. Il s'agit donc de pratiquer une gestion rigoureuse que l'EURL permet plus facilement que le modèle associatif.






