Publié le mardi 10 février 2009 à 10H57
Cette grande dame polynésienne est l’âme du 8e salon de la bijouterie d’art. Présidente de l’association des bijoutiers d’art depuis cinq ans, Mama Fauura a une fois encore mis toute sa passion dans l’organisation de ce 8e salon qui ouvrira ses portes demain à l’hôtel Hilton (ex-Sheraton).
Elle l'a fait
À 20 ans, elle quitte Tahiti et vit pendant 12 ans à Paris.
En 1973, le mal du fenua la saisie et elle revient avec son mari et ses trois enfants.
En 1985, elle commence à vendre ses premiers bijoux en faisant du porte à porte dans les bureaux.
En 2000, elle est décorée de la Légion d’honneur par le haut-commissaire Jean Aribaud.
Elle préside l’association des bijoutiers d’art depuis cinq ans.
- Vous ne vous êtes pas contentée d’organiser ce salon, vous y exposez aussi. D’où vous vient cette énergie ?
“Ce qui me motive, ce n’est pas de gagner, c’est de faire comme tout le monde ! Je respecte le règlement, je prépare un collier de concours, je tiens mon stand, etc. Je veux donner l’exemple aux jeunes, car souvent ils n’osent pas concourir parce qu’ils sont timides. Alors je me dis que s’ils me voient me mettre à leur niveau, ils auront du courage ! J’accueille des centaines de débutants depuis tellement d’années, soit dans mon association, soit dans mon magasin du marché, que je connais leurs difficultés à s’adresser aux clients. Ils préfèrent trop souvent rester cachés pour ne pas être obligés de vendre. C’est pour eux que je suis là.”
- Comment vous est venu ce don de créer des bijoux depuis tant d’années ?
“J’ai tout appris à Paris. Ou plutôt, on m’a tout appris ! D’abord à bien parler français, à me tenir correctement en société, et aussi les mystères de l’élégance de la femme chic qui était alors le symbole de la capitale. Pendant les 12 ans de mon séjour là-bas, j’ai tout enregistré de la mode, de l’harmonie des couleurs, du choix des bijoux selon la saison, etc. Cette période de ma vie est encore aujourd’hui la trame de ma façon de travailler, même si je n’ai commencé à créer des bijoux que très longtemps après. Mon inspiration vient toujours du vêtement ! Par exemple, lorsque j’imagine une tenue d’hiver de femme chic à Paris, je trouve tout de suite ce qui va aller avec cette tenue. Lorsque je visualise une robe de mariée écrue, je sais ce qui va aller idéalement avec !”
- Comment pratiquez-vous ? Vous dessinez d’abord, puis vous fabriquez ?
“Non, jamais. Je suis une manuelle. J’ai toujours les mains occupées. À Paris, je tricotais, je faisais du crochet. Ici, je m’occupe des plantes depuis toujours. Lorsque j’étais très jeune, à Tautira, je m’occupais du coprah, du taro, de la pêche avec mes parents. Aujourd’hui, je continue, je ne sais pas ce que c’est que de rester sans rien faire. C’est ce que j’essaie de transmettre à la jeune génération car, avec ses mains, on peut toujours gagner sa vie et s’occuper de sa famille. C’est d’ailleurs pour ça que Jean Aribaud, lorsqu’il était haut-commissaire, m’a demandé de faire passer ce message dans les îles !”
- Quelle a été votre action à cette époque avec Jean Aribaud ?
C’est pour les jeunes que je suis là
“Il m’a d’abord emmenée avec lui dans une tournée à Hao, Napuka et d’autres îles des Tuamotu pour que je parle de mon expérience aux habitants et pour les encourager à se lancer dans la fabrication de bijoux. Puis je suis allée animer des séries de formation à la fabrication de bijoux à base de nacres, de coco, de perles. Le ministre de l’époque, Llewellyn Tematahotoa, était très intéressé par cette initiative et, en 2002, Pascale Haiti qui était devenue ministre de l’Artisanat à sa place a inauguré, avec Teura Iriti qui dirigeait le service de l’Artisanat, le 1er salon de la bijouterie d’art dans le fare pote’e de la mairie de Pirae.”
- Depuis 2002, ce salon est devenu un rendez-vous annuel. Comment avezvous fait ?
“En parfait accord avec les membres du bureau de l’association, j’ai constamment veillé à hisser toujours plus haut la qualité artistique des oeuvres présentées à notre sélection d’entrée. Nous sommes intraitables à ce sujet, même si nous restons humains et généreux de nos conseils et de notre aide. D’autre part, même si nous sommes très heureux de recevoir des subventions du gouvernement, nous avons peu à peu appris à nous organiser par nos propres moyens. Tous les membres de l’association sont patentés et nous entretenons de très bonnes relations avec la CCISM.”
Propos recueillis par MZS
Demain à 8 heures s’ouvrira dans les salons de l’hôtel Hilton (ex-Sheraton) le 8e salon de la bijouterie d’art polynésien avec 30 exposants parmi lesquels 26 lauréats de divers concours de bijouterie et quatre jeunes talents invités par l’association. C’est le 12 février que les exposants participeront au concours de la “plus belle création au cou”. Le 14 février, jour de la Saint-Valentin, Alberto V fera défiler ses mannequins parés des bijoux mis en concours juste avant la remise des prix. Le salon fermera ses portes le dimanche 15 à 18 heures.






