L'Isepp a dix ans

Publié le mercredi 25 février 2009 à 09H45

Qui est le chercheur qui parle ? Quelles sont ses références et ses limites ? Pour ses 10 ans, l'Isepp ouvre un cycle de conférences sur la “réflexivité du chercheur”. Avec cinq “pointures” au programme du 26 février au 6 mars.

Un cycle de conférences s'ouvre à l'Isepp qui questionne la recherche en Polynésie

L'Isepp remet la recherche en question : “La plume occidentale a beaucoup écrit sur le Polynésien et a énormément sur-interprété. L'enjeu de la réflexivité, c'est d'expliquer à quelles conditions on peut accepter une parole venant de l'extérieur, en s'interrogeant sur les contextes de production des données, en mettant en exergue les biais inhérents au recueil et à l'analyse. C'est un gage de validité scientifique pour le grand public.” Hina Grépin-Louison, la directrice de l'Institut supérieur de l'enseignement privé de Polynésie, organise un cycle de conférences pour le dixième anniversaire de l'établissement qu'elle dirige depuis septembre 2008. “L'idée, explique-t-elle, est d'entrecroiser des regards de chercheurs de nationalités et de disciplines différentes. C'est pour cela qu'on reçoit des chercheurs étrangers (Hawaiien, Australien), ainsi que des métropolitains ; des linguistes, des anthropologues, un sociologue.” Et quel programme : Serge Tcherkezoff, Darrell Tryon et Dominique Wolton, pour les noms les plus connus en Océanie, arrivés là grâce au congrès des sciences du Pacifique. L'Isepp aurait tort de ne pas sauter sur l'occasion : “On n'a pas tous les jours l'occasion d'offrir un tel plateau à nos étudiants !”, se félicite la directrice de l'établissement.

La première conférence, gratuite et publique, aura lieu jeudi à 17 h 30 à l'institut. Elle sera menée par Patrick Gillet, océanographe à l'Université catholique de l'ouest (UCO d'Angers auquel l'Isepp est associé). Ce chercheur en sciences expérimentales a débuté son activité scientifique au Maroc, dans le cadre de la coopération française. Il raconte donc comment le Maroc a développé ses programmes scientifiques en s'émancipant peu à peu de la recherche française : “Trois périodes peuvent être distinguées pour la recherche marocaine : la recherche pendant le protectorat, qui était uniquement menée par des Français ; la recherche dans le cadre de la coopération française après l'indépendance (1956), avec les premières collaborations entre chercheurs français et marocains ; et la recherche actuelle dans le cadre de programmes bilatéraux et internationaux. Mais encore aujourd'hui, les chercheurs marocains, qui ont tous fait leurs études en France, ont le réflexe de ne travailler qu'avec la France.”

On n'a pas tous les jours l'occasion d'offrir un tel plateau à nos étudiants !

Le parallèle avec la Polynésie française est vite établi. Les chercheurs francophones avaient jusqu'à présent peu d'opportunités pour travailler avec leurs confrères anglophones. “C'est intéressant de croiser les regards, en se demandant si nos visions différentes sont liées aux origines ethno-nationales, aux écoles de formation, anglo-saxonnes et françaises”, s'interroge à ce propos l'anthropologue.

Et Hina Grépin-Louison de conclure de manière plus épistémologique encore : “Les Anglo-Saxons travaillent beaucoup sur les questions d'identité ethnique ou sexuée. Les Français travaillent plus sur la culture matérielle. Si ces deux courants, pourtant issus de la même tradition, ont déjà des approches et des préoccupations différentes, j'imagine que les Océaniens doivent avoir des problématisations, sinon des théorisations, différentes.” Sous-entendu : l'approche scientifique océanienne est encore à ses débuts, mais ce sera peut-être l'objet d'un autre colloque...

Benoît Buquet

GRATUIT ET PUBLIC

L'anthropologue Hina Grépin-Louison est la directrice de l'Isepp depuis septembre 2008. Avec son confrère Christophe Serra-Mallol (photo), elle a concocté ce cycle de conférences qui se veut tout à la fois épistémologique et vulgarisant : “L'Isepp s'inscrit dans une démarche de recherche appliquée. L'enjeu de cette conférence est de réfléchir à l'utilité des sciences sociales et humaines aujourd'hui en Polynésie française”, explique la directrice. Toutes les conférences seront gratuites et ouvertes au public. Programme cicontre ou sur www.conferencesisepp.net.

PROGRAMME

Toutes les conférences ont lieu à 17 h 30, à l’Isepp, Pirae :

  • Jeudi 26 février : “La réflexivité du chercheur en sciences expérimentales dans un contexte international : l’exemple marocain”, par le biologiste Patrick Gillet.
  • Vendredi 27 février : “La construction politique et la référence culturelle : l’exemple de Samoa”, par l'anthropologue Serge Tcherkezoff.
  • Mardi 3 mars : “Ethnographie de la “maison des hommes” et des processus sexués du nationalisme à Hawaii”, par M. Ty P. Kawika Tengan, en anglais avec traduction simultanée.
  • Mercredi 4 mars : “Communication et mondialisation dans le Pacifique : les enjeux épistémologiques”, par le sociologue Dominique Wolton.
  • Vendredi 6 mars : “L’intérêt de la linguistique pour la Polynésie et les Polynésien(ne)s”, par le linguiste Darrell Tryon.

Benoît Buquet
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