Publié le samedi 04 juillet 2009 à 11H16
TRADITION. Le départ de la régate annuelle de pirogues à voile sera donné à 9 h 30 à l’hôtel InterContinental à Faa’a.
L’ESSENTIEL
- Chaque année, la fédération tu’aro ma’ohi organise une régate de pirogues à voile. Cette fois, seules quatre embarcations devraient y prendre part
- Le va’a ta’ie est une pratique quasiment éteinte, qu’Enoch Laughlin souhaite relancer en demandant au gouvernement de subventionner leur construction
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La régate d’aujourd’hui marquera aussi l’ouverture du Heiva tu’aro ma’ohi 2009, dont les épreuves s’étaleront jusqu’au 14 juillet
Le peuple polynésien est né sur l’eau. Mille ans au moins avant Wallis, Bougainville et consorts, il avait achevé la traversée du plus grand océan du globe, et développé un art sophistiqué de la navigation pour les voyages, la guerre, la pêche ou les cérémonies spirituelles. Jadis propulsées à la pagaie ou à la voile, les pirogues polynésiennes ancestrales ont quasiment disparu avec l’avènement des bateaux à moteur depuis 200 ans. Et si, depuis les premiers tiurai de la fin du XIXe siècle, les courses de pirogues à pagaie sont devenues populaires, il est une embarcation qui n’a pas encore refait surface : la pirogue à voile, aujourd’hui appelée va’a ta’ie, et que la fédération tu’aro ma’ohi tente de réhabiliter. Non sans mal. Ce matin, seules quatre ou cinq pirogues à voile prendront le départ de la régate organisée dans le lagon de Faa’a. Des embarcations qui n’ont pas grand-chose à voir avec celles qui naviguaient, il y a deux siècles.
Dans Va’a, la pirogue polynésienne (Au Vent des Îles, 2008), Hélène Guiot décrit la fabrication d’une pirogue en Polynésie jusqu’au XVIIIe siècle : “Avant l’introduction des matériaux d’origine européenne, (...) la coque d’une embarcation hauturière était façonnée dans des bois denses et durs (toi, mara) ; pour la coque d’une embarcation côtière, les charpentiers choisissaient des bois tendres (uru) s’adaptant à des conditions peu éprouvantes. (...) Aux Tuamotu, avec l’absence d’autre essence utilisable, le tou, au bois résistant et esthétique, mais au tronc court, trapu voire tortueux, était mis à profit. (...) Les charpentiers évidaient la quille en associant les coups de lourdes herminettes de pierre (1 à 4 kg) à une combustion lente qui rongeait le bois. (...) Les femmes confectionnaient la voile avec des feuilles de pandanus. Les anciens tressaient les fibres de bourre de coco et la sous-écorce fibreuse de purau en liens et cordages du gréement.” Une technique qui n’existait plus dans les années 1950. Teraupoo Richmond est né à Kaukura en 1943. Il y naviguait avec son père sur une pirogue à voile faite de “planches de bois rouges achetées en Amérique”, raconte-t-il. De nos jours, les va’a ta’ie, comme les pirogues à rame, sont construits en contreplaqué ou en plastique. Les voiles, aujourd’hui taillées dans de la toile, ont néanmoins conservé la forme triangulaire traditionnelle en Océanie : un mât vertical et un gui (sorte de bôme) formant un V dans lequel est attachée la voilure.
Ces va’a ta’ie se font bien rares désormais en Polynésie française. Enfant, Teraupoo Richmond, qui prend part aujourd’hui à la régate, comptait “200 pirogues à voile qui participaient à la course chaque année à Kaukura”. Il assure qu’il n’y en a plus une seule. Sur l’île de Tahiti, la fédération des sports traditionnels a recensé sept embarcations, dont au moins deux ont cassé cette année et ne pourront pas participer à la régate aujourd’hui. Mais Enoch Laughlin, président de cette fédération, ne renonce pas à relancer cette pratique ancestrale et de faire du va’a ta’ie une discipline sportive à la mode. Objectif qu’il compte atteindre en plusieurs étapes au cours de l’année à venir. Un, “définir la pirogue de demain, il faut qu’elle soit légère, performante et d’un coût abordable”. Deux, “proposer au gouvernement d’aider les communes à construire une pirogue répondant à ces critères. Il faut compter un million de Fcfp pour une pirogue. Si le gouvernement ne nous aide pas, on demandera directement aux communes, par le biais des CJA”. Et trois, “organiser une régate l’année prochaine, l’idéal étant d’avoir une dizaine de pirogues défendant chacune une commune”. Navigateur hors pair, Teraupoo Richmond est fier d’avoir, dit-il, “amélioré la technique de papa : suivre le vent, mais aussi les courants”. À 66 ans, il est l’héritier du savoirfaire de la navigation en pirogue à voile. “Déjà, grand-père gagnait toutes les courses à Kaukura.” Il faut de toute urgence, comme il le dit lui-même, “attirer les jeunes” vers cette pratique menacée d’extinction.
Benoît Buquet
HEIVA TU’ARO MA’OHI 2009
- Aujourd’hui, 4 juillet, InterContinental à Faa’a Régate de pirogues à voile, départ à 9 h 30 au ponton de l’hôtel et arrivée prévue avant 16 heures.
- Vendredi 10 juillet, mairie de Punaauia De 15 h 30 à 18 h 30 : inscriptions dans toutes les disciplines.
- Samedi 11 juillet, musée de Tahiti et des îles 12 h 30 : lancer de javelot individuel, 13 h 30 : lever de pierre (sélectives), 15 heures : grimper de cocotier (sélectives), 15 h 15 : spectacle traditionnel.
- Dimanche 12 juillet, musée de Tahiti et des îles 13 heures : lancer de javelots par équipe, 14 heures : lever de pierre (finales), 15 h 30 : spectacle traditionnel, 15 h 45 : concours de coprah par équipe vahine.
- Lundi 13 juillet, place Vai’ete De 17 h 30 à 20 heures : courses de porteurs de fruits (catégories tu hou, vahine, feia api, aito).
- Mardi 14 juillet, musée de Tahiti et des îles 10 heures : lancer de javelots “Te Vahine”, 10 h 30 : décorticage de cocos, 11 h 30 : ma’a tahiti, 13 h 45 : lancer de javelots “Iaora Farani”, 13 h 30 : concours de coprah individuel tane, 14 h 30 : finale grimper de cocotier, 14 h 45 : spectacle traditionnel, 15 heures : concours de coprah par équipe tane.
Zoom
Aujourd’hui dans le lagon de Faa’a
La régate doit partir aujourd’hui à 9 h 30 du ponton de l’hôtel InterContinental de Faa’a, parcourir le lagon le long de l’aéroport jusqu’au niveau du Hilton et revenir au point de départ. Une dizaine de kilomètres qui seront parcourus en un temps impossible à juger à l’avance. “Ça dépend du vent, explique Teraupoo Richmond, maître incontesté du va’a ta’ie, vainqueur de la régate de l’an dernier pointe Vénus et grand favori aujourd’hui. Si le vent est favorable, on aura fini en une heure ou deux. Mais si on a un vent contraire, alors ce sera plus long : par vent contraire, il faut naviguer en biais et virer de bord toutes les cinq minutes.” Et en cas de vent trop faible, ou nul, “on arrête tout et on reporte à un autre jour”.
Le règlement de la fédération polynésienne des sports traditionnels n’impose qu’une seule règle en matière de navigation : aucune pagaie ne peut être utilisée. Les équipages doivent, comme dans toutes les compétitions organisées par la fédération tu’aro ma’ohi, être vêtus de manière traditionnelle : pareu, colliers, couronnes végétales...






