Le sacrifice de Ahutoru Nui

Publié le mercredi 15 juillet 2009 à 09H35

DANCE HEIVA NUI. Six jeunes filles qui dansent jusqu’à la mort pour expier les crimes de l’homme contre la nature que lui ont généreusement donnée les dieux, tel est le sujet développé par Ahutoru Nui pour son retour après trois ans d’absence de To’ata.

On attendait beaucoup de ce retour du très discret Coco Tirao, leader incontesté du groupe Ahutoru Nui de Arue. Attiré comme beaucoup d’autre par le thème de l’environnement et de la survie de l’homme, le groupe fondé par le maire de Arue, Philip Schyle – et toujours présent à To’ata pour soutenir ses protégés – a fait appel à Tane Raapoto pour lui écrire une sorte de conte philosophique – dans la même soirée Otahiti e en fera de même avec sa “Quête”. Les dieux courroucés par les crimes des hommes qu’ils avaient désignés pour gérer et non détruire la terre et ses richesses naturelles, exigeront un sacrifice peu ordinaire : non point le sang qui coule sur les pierres froides du marae, mais le souffle, le dernier souffle de six jeunes filles condamnées à danser jusqu’à la mort pour sauver l’humanité.

Certes l’idée n’est pas ordinaire puisqu’il s’agit avant tout d’un concours de danse. Si donc on a un message à formuler c’est par la musique et la chorégraphie dans une mise en scène et avec des costumes appropriés que l’on doit formuler un tout cohérent dans le but de plaire au public, mais aussi et surtout, afin de convaincre le jury. Le public lui sera toujours sensible à la beauté des costumes sous les feux de To’ata. Sur ce plan, Ahutoru Nui restera toujours maître en la matière. Le règlement ayant autorisé d’autres couleurs que les traditionnels blanc-rouge-jaune-brun, Coco Tirao en tant que maître costumier et chorégraphe a ainsi pu laisser libre cours à sa créativité et s’exprimer avec la richesse des tons de l’arc en ciel et de la nature. Mais qu’en est-il de la prestation proprement dite de ce groupe cinq fois lauréats depuis Vaiete ? Certains observateurs sont restés sur leur faim. Les plus durs considérant que les ‘orero d’ouverture sont certes de remarquables performances – sauf que celle qui a récité la généalogie des dieux semblait un peu à bout de souffle, mais le public n’étant pas spécialiste en la matière, seuls quelques connaisseurs comme Valérie Gobrait, membre du jury et juge en écriture, pourront apprécier ces longues minutes de litanies.

Le sacrifice de Ahutoru Nui a-t-il été inutile ? Sans doute pas dans le fond. Au niveau de la forme en revanche, il faut reconnaître que les six filles sacrifiées afin d’apaiser le courroux des dieux, avaient l’air étrangement trop heureuses de danser sur leurs plateformes. Cette partie a été franchement mal exploitée. Mais dans l’ensemble Ahutoru Nui aura séduit ses supporters.

JM

Hommage à Gilles Hollande

Ce n’était pas vraiment prévu au programme, mais le public de To’ata a sans doute apprécié la dizaine de minutes de chants et danses d’un spectacle improvisé par les anciens de la troupe “Ia ora Tahiti” de Gilles Hollande en mémoire de celui-ci.

C’est en fait la troupe de O tahiti e qui est un peu à l’origine de cette initiative. La plupart des groupes concourant en catégorie Heiva Nui bénéficient du temps des prestations de deux groupes de himene qui passent avant eux pour installer convenablement leurs musiciens et leur chorale. Quand ces derniers dépassent le nombre de 20 comme O tahiti e, ce n’est que justice que de lui accorder ce laps de temps de préparation, car seul le pupu himene de Vaiari Nui était en prestation avant lui. Il fallait donc trouver une vingtaine de minutes supplémentaires pour combler le vide. Et puis c’est encore à l’initiative de O tahiti e que revient la suggestion de faire un hommage à Gilles Hollande. D’autant que cela fait 20 ans que cet artiste a fait son dernier Heiva. Une idée retenue, menée et réalisé par Olivier Dexter du service Com de Heiva Nui et la prompte collaboration de RFO. Merci à tous ceux qui ont connu et apprécié le talent de cet artiste.

Pour ceux qui n’ont pas connu Gilles Hollande un petit film bien commenté et récapitulant sa carrière était projeté sur les écrans Barco. Décédé en 1989 peu après avoir remporté le premier prix ex-aequo avec Temaeva, à Vaiete, Gilles Hollande était le versus de la troupe de Coco Hotahota. Si ce dernier misait sur “l’authenticité culturelle”, Gilles Hollande, lui, ironisait en parlant de folklore.Mais surtout, sa démarche consistait à faire découvrir le ori tahiti à travers le monde. On peut dire sans trop se tromper que “Ia ora Tahiti” de Gilles Hollande et “Tahiti nui” de Paulette Viénot furent les principaux précurseurs de la promotion de la danse tahitienne à l’étranger et du tourisme en Polynésie. Avant l’entrée de la troupe O tahiti e sur scène pour la dernière prestation de la soirée, une vingtaine d’artistes ayant étroitement collaboré avec Gilles Hollande, parmi lesquels la présidente du jury Jeanine Maru, gratifièrent le public de Toata de chants et danses ayant fait partie du dernier répertoire de “Ia ora Tahiti”. L’émotion était palpable et l’on pouvait apprécier ces paroles du commentateur du film : “Dorénavant Gilles Hollande ri et danse pour l’Éternité”.

J.M

John Marai
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