Publié le vendredi 11 septembre 2009 à 10H49
Aux cimaises du Tahiti photo festival qui se déroule dans l’atelier de l'hôtel Méridien Tahiti, six clichés sont signés Christian Durocher, de l’agence Tahiti presse. “Les initiatives mettant la photo à l'honneur sont tellement rares en Polynésie, que j'ai répondu sans hésiter à l'invitation”, explique le photographe qui a joué le jeu de se raconter même si “ce sont les vieux qui se racontent (rire)”.
Le photographe de presse Christian Durocher raconte sa passion

Christian Durocher ne voulait pas être photographe, mais artiste peintre. “Pendant un an, j'ai suivi les cours de l'académie du musée Victor-Hugo, à Paris. Puis deux années à l'académie de l'ex-école Polonaise à Montparnasse, en section composition. Seulement, ma famille, père, frères, oncles, étant dans la presse et l'édition, je leur ai emboîté le pas de ce qui semblait être une tradition familiale.”
Lui, qui cultive la discrétion, n'hésite pas depuis plus de 30 ans à jouer des coudes pour se faufiler aux premières loges de l'actualité. Après avoir travaillé 26 ans à La Dépêche de Tahiti tout en étant correspondant de plusieurs agences de presse internationales, Christian Durocher a rejoint depuis 2001, l'équipe de l'Agence tahitienne de presse (Tahitipresse). En 33 ans de carrière en Polynésie française, dans la presse locale et internationale comme Paris-Match, Life magazine, il a été témoin de multiples tranches de l'histoire polynésienne. Du dynamitage de la poste de Papeete en 1977 par les membres du Te Toto Tupuna, “mon premier scoop”, dit-il, à la mutinerie de Nuutania, en passant par les visites officielles de trois présidents de la République, les campagnes de Greenpeace au large de Moruroa, les cyclones de 1983, et bien évidemment, les renversements de gouvernement et les péripéties des stars, Marlon Brando, Jacques Brel, De Niro, etc.
Comment es-tu tombé dans le chaudron de la photographie ?
“Mon père était passionné par la photo. Il avait bricolé un labo dans le grenier. Gamin, il m'enrôlait. Dieu sait combien d'heures j'ai passées dans l'obscurité à attendre que les images noir et blanc daignent bien vouloir apparaître sur le papier baignant dans le révélateur... Mais j'adorais ça. C'était magique. J'avais sept ou huit ans. Plus tard, j'ai pris son Kodak à soufflet. Mon premier reportage photo était sur les clochards des Halles de Paris où mon grand-père était grossiste. Il était tellement généreux qu'il nourrissait tous les clodos de la rue Pierre-Lescot où il habitait. Plus tard, lors de la démolition des Halles, on a archivé tous les pavillons Baltard qui ont été démontés un à un. C'était dantesque. On avait véritablement l'impression d'être témoins d'un moment historique. D'une époque qui foutait le camp !”
Mais à quel moment es-tu devenu professionnel ?
“C'était il y a longtemps, au club photo, rue des Saints-Pères. J'ai rencontré des reporters comme Claude Sauvageot, spécialiste de l'Inde, puis des gars comme Alain Bourillon qui avait créé la revue ‘Partir’ et surtout Patrick Frilet, grand reporter. Quelque temps plus tard, Patrick monta une expédition au Tibet dans la région du Ladakh. Un membre de l'expédition est tombé malade et il m'a proposé de prendre sa place. J'ai sauté sur l'occasion. C'était en 1974. On est arrivé dans une région où les Tibétains n'avaient jamais vu d'Européens, ça a été le déclic. Sans m'en rendre compte, j'avais mis le pied à l'étrier. Puis il y a eu Beyrouth où j'ai vu tellement de sang que j'ai su que je n'étais pas fait pour le reportage dit de guerre. Ce qui ne m'a pas empêché de suivre ensuite un mercenaire, ex-légionnaire, ex-Forces spéciales américaines, Dominique Borella dans le nord du Laos. C'était un survivant de Dien Bien Phu. Il m'a entraîné dans des virées sur le Mékong avec les Khmers rouges. Dominique est décédé d'une balle dans la tête l'année suivante à Beyrouth.”
Je laisse l'art à ceux qui s'en gargarisent !
Et Tahiti dans tout ça ?
“J'y étais en escale pour trois jours... C'était en 1976. Je venais de sillonner les archipels du Pacifique Sud. Le hasard d'une série de rencontres, d'opportunités aussi, ont fait que les trois jours de transit à Papeete, sont devenus 33 années de résidence. Une vie quoi !”
Tu te considères comme photographe d'art ou photojournaliste ?
“C'est bien prétentieux tout ça ! On est photographe, un point, c'est tout. Dans la presse, la priorité est d'abord de rendre compte par l'image. L'expression artistique, c'est autre chose : la traduction d'une émotion, la mise en image d'une obsession, c'est une affaire de sensibilité personnelle exprimée par la photo. Ma profession est photographe de presse. J'en vis. Je laisse l'art à ceux qui s'en gargarisent.”
En 40 ans, ou plus de carrière, tu es passé de la pellicule au numérique. Le passage a été difficile ?
“Au contraire. L'image numérique m'a ouvert un champ de possibilités incroyables. Le numérique a changé radicalement le monde de la photo. Et c'est tant mieux. Aujourd'hui, un cliché voyage en quelques secondes de Tahiti à Paris ou à Sydney. La photo s'est démocratisée. Il n'y a plus de photographes professionnels, nous sommes tous des professionnels en puissance. Le revers de la médaille est que le numérique a engendré une sacrée pagaille dans le milieu des photojournalistes. L'exemple le plus récent est le dépôt de bilan de l'agence de presse Gamma. Et ce n'est qu'un début. Pour survivre, la photo va devoir évoluer, explorer d'autres domaines comme le relief, l'hologramme. C'est aux photographes de s'adapter. Néanmoins, on le constate à travers les festivals de la photo, que ce soit à Arles ou au Méridien Tahiti, le noir et blanc contre-attaque, le tirage papier s’impose sur les cimaises comme une icône ou une oeuvre d'art. Les adeptes de Nicephore Niepce ont encore de beaux jours devant eux !”
Propos recueillis par NP
TAHITI PHOTO FESTIVAL
À l’occasion du Festival de Danses du monde de Papara, organisé par Jean-Marie Biret et son groupe Manahau, Le Méridien Tahiti et les organisateurs de cet événement se sont associés pour présenter le Tahiti Photo Festival sur le thème Danse & Art à Tahiti avec la participation de nombreux photographes du fenua dont Lucien Pesquié, Nan Van Riel, Christian Durocher, Marie Hélène Villierme, Nicolas Perez et Eric Raffis. Ce festival a pour vocation, à terme, d’être une nouvelle vitrine de la culture et de la destination polynésienne à travers le monde en facilitant la rencontre entre des artistes qu’ils soient photographes, danseurs, peintres, sculpteurs ou autres. Par ailleurs, un concours du meilleur jeune photographe est organisé offrant ainsi aux jeunes talents la possibilité d’exposer leurs oeuvres pour la première fois.
- Jusqu’au 30 septembre au Méridien Tahiti
IL L’A FAIT
- Il est arrivé en 1976 à Tahiti
- Il a travaillé pendant 26 ans à La Dépêche de Tahiti tout en étant correspondant de plusieurs agences de presse internationales
- Depuis 2001, il a rejoint l’équipe de Tahiti presse
- Il expose actuellement au Tahiti photo festival
Nicolas Perez







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Commentaires anonymes
13/09/2009 à 23h16
Christian Durocher est en effet le meilleur photographe de Polynésie Française et son talent dépasse de très loin les frontières du Territoire. Moi qui pensait savoir quelque chose de la photographie, il n'en était rien. Christian Durocher est celui qui m'a tout appris, je lui doit tout. J'ai eu l'honneur de travailler à ses côtés pendant deux ans à Tahitipresse, c'est pour moi une chance extraordinaire. Vous êtes mon Maître Monsieur Christian Durocher, je suis votre éternel élève... Merci pour tout, et chapeau bas !
Commentaires anonymes
11/09/2009 à 19h46
C'est un monsieur, toujours courtois, toujours enthousiaste, toujours humble, et toujours prêts à bosser, chercher de nouveaux angles, de nouveaux regards, une autre manière de témoigner... Je ne sais pas si c'est le plus grand, ou le meilleur je sais pas quoi, mais c'est un vrai professionnel et un vrai passionné, et ça, c'est pas courant !
Chapeau bas ! Et mauruuru Christian ! L'ATP te doit beaucoup ! Et nous aussi !
Commentaires anonymes
11/09/2009 à 15h16
Sa modestie va en souffrir mais je suis complètement d'accord avec toi LB. Christian Durocher est de loin le meilleur photoreporter et j'irais jusqu'à même dire photographe de Polynésie.
Sans être spécialiste, on voit la "patte" du pro. Rien à voir avec de trop nombreux photographes de la place qui pensent faire de belles photos et lorsqu'ils réussissent à en faire effectivement de belles, c'est par hasard ! LOL
Pour info, si ce sont Les Nouvelles qui lui rendent hommage c'est parce que le journal a judicieusement saisi l'occasion du Tahiti Photo Festival.
La Dépêche veut faire un portrait de lui depuis longtemps. Il a toujours refusé.
Commentaires anonymes
11/09/2009 à 13h45
Christian Durocher n'est pas seulement - et de loin - le meilleur photoreporter de Polynésie, c'est aussi un excellent rédacteur, unes des meilleures plûmes du Pays. Et pour compléter, il possède plus que tout autre ce qui devrait être la première qualité de tout journaliste: l'humilité.
Ironie du sort: c'est le journal dont il a été le plus féroce et efficace concurrent qui lui rend hommage. Bravo!