La coutume du lever de pierre

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Publié le samedi 25 avril 2009 à 10H08

TRADITION. Les compétitions de la fédération des sports traditionnels reprennent aujourd’hui dans les jardins de l’hôtel Intercontinental. Jusqu’en juillet, nous raconterons l’histoire de ces sports coutumiers. Aujourd’hui, le lever de pierre.

L’ESSENTIEL

  • Le lever de pierre est une coutume originaire de Rurutu qui vise à rassembler début janvier les aito de l’île
  • Ce sport nécessite un entraînement physique mais surtout technique
  • Comme les autres tu’aro ma’ohi, le amora’a ofai balance entre folklore et coutume

Le lever de pierre, en tahitien amora’a ofai, est une coutume originaire de Rurutu qui rassemble pendant le tere, le tour de Rurutu qui a lieu en début d’année, les champions de l’île (toa en rurutu). “C’est une épreuve de force qui existe depuis le début du siècle et que nous pratiquons toujours. Les toa doivent montrer leur force à la population, explique Arii Tepa, un entraîneur originaire de l’île des Australes. Chaque première semaine de janvier, les trois villages de Rurutu organisent un tour de l’île. Le cortège est béni dans chaque village. À chaque arrêt, une prière est dite, une légende est racontée et une pierre, bénie par un pasteur, est levée. À Rurutu, la pierre la plus lourde pèse 148 kg.”

Arracher de la terre un quintal et demi et le placer sur son épaule nécessite surtout d’avoir une bonne technique. Il faut se cabrer, s’accroupir le dos bien droit, soulever la pierre du sol et la poser sur ses genoux, puis la jeter sur son épaule, se redresser et s’immobiliser. “Tout est dans les jambes et le dos. Tu portes la pierre avec tout le corps”, décrit Arii Tepa, qui assure qu’avec une bonne technique, “un de mes garçons qui pèse 72 kg peut en lever 130” ! Pour réussir cet exploit, il faut surtout s’entraîner régulièrement. “Tu risques ta vie quand tu lèves une pierre, avertit l’entraîneur. Il y a déjà eu des morts. Si tu vas lever une pierre de 150 kg alors que tu ne t’es pas entraîné pendant un an, le dos casse...” Du coup, à Rurutu, les pierres sont conservées précieusement par les mairies, et “quand une pierre n’est plus utilisée, elle est enterrée”, pour éviter que les enfants ne tentent de faire comme les grands.

“L’entraînement, à Rurutu, c’est la taraudière”, continue Arii Tepa. À Tahiti, il prépare ses champions en travaillant toutes les semaines le lever de pierre, l’épauler-jeter et en jouant au squash. “Les meilleurs font de l’haltérophilie, de la course à pied et travaillent le lever de pierre deux à trois fois par semaine”, ajoute Enoch Laughlin, le président de la fédération des sports traditionnels de Polynésie française. Si les femmes lèvent des pierres depuis toujours à Rurutu, elles n’ont obtenu une catégorie dans les compétitions de la fédération que très récemment. Elles peuvent aujourd’hui s’inscrire aux concours et lever des pierres pesant environ 60 kg. En revanche, la technique consistant à enduire la pierre d’huile de monoï, autrefois pratiquée à Rurutu pour compliquer la tâche des aito, n’a pas été retenue par la fédération. “C’est trop dangereux, explique Enoch Laughlin. Déjà, les athlètes n’aiment pas quand la pierre est trop lisse. Ils préfèrent quand il y a des prises.”

Cette coutume de Rurutu est “une discipline très prisée à Tahiti”, souligne Enoch Laughlin, qui voit le nombre de licenciés à la fédération des sports traditionnels augmenter chaque année. Face à cet engouement, les tenants de la tradition sont hésitants, à l’image de Arii Tepa : “C’est une bonne nouvelle pour notre coutume. Mais en même temps, elle est de plus en plus banalisée, à la façon d’un match de boxe. À Rurutu, par exemple, le chronomètre n’existe pas”, relève-t-il. À propos de spectacle, la fédération annonce un “festival des sports ancestraux du Pacifique”, pendant le Heiva du 10 au 15 juillet, en présence de délégations du Vanuatu, des îles Marshall, Samoa, Wallis et Futuna notamment. Enoch Laughlin aimerait aussi inviter “l’homme le plus fort du monde” pour lever des pierres à Tahiti...

Benoît Buquet

Zoom

Le réglement du concours de lever de pierre amora’a ofai

L’épreuve de lever de pierre dite “amora’a ofai” consiste à soulever une pierre le plus possible, depuis le sol jusqu’à l’épaule, et à la stabiliser, en position debout et en équilibre, une seule main au contact de la pierre pendant un certain temps. Elle est ouverte aux hommes et aux femmes. Les concurrents doivent porter une tenue locale : torse nu et pareo pour les hommes, pareo pour les femmes, ou autre tenue de facture locale ; pieds nus ou chaussures de facture locale (“tia’a ma’ohi”) ; couronne de tête et/ou collier autour du cou en matériaux naturels (végétal ou animal) ; les matériaux synthétiques sont prohibés ; aucun bijou ni accessoire personnel (montre, bracelet...) non issu de facture locale n’est autorisé, sauf les alliances. Les concurrents sont répartis en six catégories de poids. Les femmes lèvent des pierres de 60 kg environ. Chez les hommes, le poids de la pierre dépend du poids de l’athlète. Elles pèsent environ 80 kg pour la catégorie des “légers” (55 à 74 kg), environ 100 kg pour les “moyens” (75 à 90 kg), environ 120 kg pour la catégorie des lourds (91 à 105 kg), environ 140 kg pour la catégorie des “super lourds” (106 à 120 kg) et environ 150 kg pour les “extra lourd” pesant 121 kg ou plus. À 40 ans “révolus”, l’athlète passe en catégorie “master” et doit lever une pierre de 80 kg environ. Chacun dispose de deux levers obligatoires. Le temps du lever est compté à partir de l’instant où la pierre décolle du sol. Le chronomètre est arrêté au signal verbal de l’arbitre principal au moment où l’athlète, d’un seul bras, réussit à stabiliser la pierre sur l’épaule, l’athlète lui-même étant parfaitement stabilisé au sol. Pour chacun des concurrents, c’est la meilleure performance qui sera retenue pour le classement final.

CALENDRIER

  • Aujourd’hui au Beachcomber : javelot individuel de 10 h à 11 h 30 ; javelot par équipe, lever de pierre et grimper au cocotier de 13 h à 15 h 30.
  • Samedi 16 mai de 17 h à 20 h place Vaiete : courses de porteurs de fruits.
  • Samedi 6 juin à la mairie de Pirae : javelot, lever de pierre, grimper au cocotier.
  • Samedi 27 juin et 4 juillet à la pointe Vénus : régates de pirogues à voile (va’a taie).
  • Du 10 au 15 juillet au musée de Tahiti et des îles : festival des sports ancestraux du Pacifique avec des délégations du Vanuatu, des îles Marshall, Samoa, Wallis et Futuna notamment.

 

”Tout est dans les jambes et le dos. Tu portes la pierre avec tout le corps. Avec une bonne technique, un garçon qui pèse 72 kg peut lever 130 kg !”

Benoît Buquet
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Commentaires anonymes

04/06/2009 à 19h51

Bonjour,
Je suis passionné par tous les sports de force.
J'habite en Nouvelle calédonie, et suis spécialiste d'haltérophilie à la DJS de Nouméa.
Pouvez vous me donner quelques pistes pour retrouver des entraîneurs ou haltérophiles tahitiens.
D'avance merci.

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