Publié le jeudi 20 août 2009 à 08H47
À la veille des 17e jeux mondiaux des transplantés en Australie, une quinzaine de membres de l’association française Trans-Forme visite Tahiti. La présidente de l’Association tahitienne des transplantés et insuffisants rénaux (Attir), Kailua Monod, en profite pour défendre la greffe de reins à Tahiti.
L’association tahitienne des transplantés rénaux défend la mise en place du don d’organes en Polynésie française

“À 12 ans on me donnait une espérance de vie de 8 ans, se souvient Kailua Monod. J’ai connu la chimiothérapie, je suis passée plus d’une dizaine de fois sur la table d’opération, on m’a décelé toutes sortes de maladies jusqu’à ce que l’on comprenne que mes reins fonctionnaient mal. La faute à la bombe parce que mon père avait passé plusieurs années à Moruroa à l’époque des tirs atmosphériques ? Une mauvaise chute quand j’avais 2 ans ? Une malformation de la valve urinaire ? On ne le saura jamais et après tout je m’en fiche.”
Kailua Monod raconte son combat personnel contre son insuffisance rénale : “Après quatre années de dialyse, ma vie a basculé il y a 8 ans.” À Pâques 2000, après six mois d’attente, elle reçoit une greffe de rein. “ Au début, c’était juste un rein. C’est devenu un ami. Un ami qui ne pèse que 500 grammes, relié par une artère. Depuis que l’on est lié, je peux boire et manger pratiquement ce que je veux. Il m’a permis de gravir le pic du Midi, de vaincre l’Aorai ou de faire le tour de Tahiti à vélo. Il est le dernier filtre de mon corps et chaque fois que j’urine je le remercie de toute mon âme et je lui supplie de s’accrocher. Quand on n’a pas uriné pendant des années, vous n’avez pas idée du plaisir que cela représente...”
Kailua Monod a aujourd’hui 35 ans. Elle préside l’Association tahitienne des transplantés et insuffisants rénaux (Attir). Elle se porte comme un charme. Mais... Depuis quelques mois, les médecins disent que son rein fatigue. “Chaque jour qui passe, je lui supplie de tenir bon, de me permettre de continuer à vivre comme vous, mais je ne me fais pas d’illusions, il faut qu’il parte, il a fait ce qu’il a pu. Ce qui m’attend c’est la dialyse : une grosse seringue dans le bras, une fatigue permanente, 5 heures d’attente, envie de rien...”
Kailua veut en parler : “C’est ma thérapie”, dit-elle. Elle profite du passage à Tahiti de l’association française Trans-Forme, et de l’ouverture des 17e jeux mondiaux des transplantés sur la Gold Coast australienne du 20 au 31 août, pour alerter les médias tahitiens. Elle veut que la société polynésienne s’empare du sujet, et que “les politiciens prennent le temps d’y réfléchir”. “Qu’en est-il du projet de greffes d’organes sur le territoire ?”, demandet- elle.
En 2006, année de création de l’Attir, ses membres fondateurs avaient annoncé l’ouverture en 2008 d’un centre de transplantation rénale à Tahiti. “En fait, ce ne sera pas un centre, mais une nouvelle activité au sein du service de néphrologie du futur hôpital du Taaone”, précise Pascale Testevuide. Le projet a donc du retard, mais il va aboutir : des greffes de reins seront possibles dans quelques mois à Tahiti. Ce sera d’ailleurs la seule greffe d’organe opérable sur le sol polynésien.
Reste que le ministère polynésien de la Santé a du pain sur la planche pour permettre ces opérations. En décembre 2008, le gouvernement français a adopté une ordonnance d’extension à la Polynésie française, la Nouvelle- Calédonie et Wallis-et-Futuna de la loi de bioéthique de 2004 (voir ci-contre) qui réglemente notamment le don d’organe. Mais pour que la transplantation rénale soit possible au fenua, “le territoire doit faire en sorte d’organiser les modalités pratiques de la greffe à Tahiti : les conditions sanitaires, les critères d’attribution des greffons, etc.”, rappelle la néphrologue Pascale Testevuide. La gestion de la liste d’attente, le registre national des refus et l’attribution des greffons resteront des compétences de l’État. “Le coût d’une greffe est équivalent au coût d’une dialyse pendant un an”, calcule Kailua Monod, dont la greffe tient maintenant depuis neuf ans. La présidente de l’Attir conclut : “On peut le faire. La CPS peut économiser beaucoup d’argent.” Et surtout, les malades pourront peut-être un jour éviter la dialyse et l’attente de la greffe en métropole.
Benoît Buquet
DÉCRYPTAGE
- Kailua Monod a 35 ans. Elle a reçu une greffe de rein en 2000. Elle est aujourd’hui présidente de l’Association tahitienne des transplantés et des insuffisants rénaux.
- L’Attir a été créée par Abinera Tematahotoa et le docteur Pascale Testevuide en août 2006.
- Les jeux mondiaux des transplantés, en Australie du 20 au 31 août, ont lieu tous les deux ans depuis 1978 pour sensibiliser le grand public à la nécessité de la transplantation et du don d’organes.
- Selon le service de néphrologie de l’hôpital de Mamao, 45 personnes vivraient à Tahiti avec une greffe de rein. 272 malades seraient sous dialyse : 137 à l’hôpital et 174 auprès de l’Apurad (Association pour l’utilisation du rein artificiel à domicile).
LA LOI BIOÉTHIQUE
La loi bioéthique définit l’éthique (la morale) liée à la recherche sur le vivant : recherche génétique, don d’organes, embryons, etc. La loi française de bioéthique date de 1994 et a été révisée en 2004. Au sujet du don d’organe, cette loi confirme trois principes : la gratuité, l’anonymat entre le donneur et le receveur et le consentement présumé des donneurs décédés. Ainsi, toute personne est considérée comme consentante au don d’organes en vue d’une greffe si elle n’a pas manifesté d’opposition de son vivant. Il existe aussi des donneurs vivants. Avant 2004, seul le père et la mère du receveur pouvaient effectuer ce geste. Depuis 2004, le conjoint, les frères et soeurs, les enfants, les grands-parents, les oncles et tantes, les cousins germains et même le conjoint des parents du receveur peuvent devenir des donneurs vivants. C’est cette même loi bioéthique de 2004 qui a également interdit en France le clonage et la recherche sur l’embryon humain. Le clonage reproductif constitue désormais un “crime contre l’espèce humaine”.







Les dernières contributions
Commentaires anonymes
21/08/2009 à 23h25
Kailua,
Juste un petit encouragement: ne te fais pas de souci, ton rein tiendra.
Car ce n'est pas un rien... un rein.
Merci pour ton enthousiasme, ta "pêche" et très bonne continuation.
Avec Honneur
Le président de "la Polynésie française", des Françaises et des Français
René, Georges, HOFFER