Publié le jeudi 10 septembre 2009 à 11H27
L’association SOS Suicide organise une conférence sur la prévention du suicide, à 18 h 30, à la mairie de Punaauia. Un stand d’information y sera installé de 12 à 17 heures. Des précisions avec le docteur Stéphane Amadeo qui animera le débat.
L’occasion de faire le point sur la situation en Polynésie française

Quel est l’objectif de cette conférence ?
“D’informer avant tout. On donnera les chiffres du suicide en Polynésie, on parlera surtout de ce que l’on peut faire ici de manière spécifique, notamment de l’importance que peuvent avoir les communautés religieuses dans le soutien aux personnes en détresse, et l’on va aussi présenter un nouveau service qui sera mis en place dès le 24 septembre. Il s’agit d’un groupe de soutien pour les personnes endeuillées par le suicide.”
En tant que président de l’association SOS Suicide, comment considérez-vous la situation de la Polynésie ? Est-elle alarmante ?
“Le suicide est quand même moins élevé ici qu’en métropole, je pense qu’il est important de le souligner, mais il reste tout de même au-dessus de la moyenne mondiale avec une tendance qui tire toujours un petit peu vers l’augmentation. (La moyenne mondiale se situe entre 12 et 13 suicides pour 100 000 habitants, la Polynésie décompte de 13 à 15 suicides pour 100 000 habitants, selon les périodes et la France, entre 18 et 20). Je crois que ce qui manque, ce sont des programmes de prévention très structurés, comme il en existe déjà dans d’autres pays, encore trop peu nombreux. Ce serait bien de lancer un programme qui ne soit plus seulement associatif mais bien coordonné par la santé et le social.”
Ça voudrait dire par exemple professionnaliser l’antenne SOS Suicide ?
“On peut l’envisager effectivement. Disons que je crois que c’est bien d’avoir des bénévoles, ça apporte vraiment quelque chose, mais c’est vrai qu’avec un soutien financier, ça pourrait être encore plus efficace. L’Epap nous aide déjà beaucoup depuis décembre 2007 en subventionnant le programme de l’OMS “SUPRE/START” qui envoie des professionnels et praticiens bénévoles, cinq à dix fois par an, faire de la prévention dans les îles. Ce serait bien de pouvoir faire encore plus.”
Ce serait bien de lancer un programme qui ne soit plus seulement associatif
Vous testez actuellement un nouveau dispositif sur la région…
“C’est une enquête régionale de l’OMS qui consiste à rappeler par téléphone les personnes qui ont fait une tentative de suicide. Quand elles passent par les urgences ou l’hôpital, on leur propose à leur sortie un rappel téléphonique, toutes les semaines le premier mois puis à une fréquence plus espacée. Ce type de soutien assez simple semble avoir un effet très intéressant sur la réduction du taux de suicide. C’est un dispositif qui a déjà été testé dans six pays et qui a montré des résultats très concluants : après plus d’un an de suivi, il y a dix fois moins de suicide chez les gens qui ont bénéficié du suivi téléphonique après leur tentative. L’enquête dure trois ans. Nous n’en sommes pour le moment qu’à un an et demi.”
Quelles sont les personnes les plus touchées par le suicide ?
“Les femmes font deux à trois fois plus de tentatives que les hommes, mais les moyens qu’elles utilisent sont moins radicaux donc finalement, en Polynésie comme ailleurs, ce sont les hommes qui sont le plus touchés (leurs tentatives aboutissent la plupart du temps), d’âge moyen 29-30 ans. Leur situation découle souvent de difficultés relationnelles au niveau affectif et le plus souvent des problèmes d’alcool ou de toxicomanie accélèrent le processus.”
Le lien entre alcool, drogues et suicide est avéré ?
“Il est connu de longue date que drogues et alcool peuvent favoriser les suicides parce que leur consommation favorise, d’une manière générale, tous les passages à l’acte. Il y a donc une association assez nette. L’an dernier c’était d’ailleurs le thème de la campagne de l’Union nationale de prévention du suicide, “Addiction et suicide”. On est actuellement en train de voir ce que ça donne ici à l’échelon statistique.”
Manon Hericher
GROUPE DE SOUTIEN
Le deuil après un suicide s’accompagne souvent d'une grande culpabilité, d’une colère, d’une incompréhension, d’une déstructuration. Le partage peut favoriser la cicatrisation psychique. Le premier groupe de soutien aux endeuillés pas suicide (qui devrait se tenir le dernier jeudi de chaque mois) est organisé jeudi 24 septembre, à 17 h 30, au local de l’association SOS Suicide, à l’annexe de la mairie de Pirae (à côté de l’hôtel Royal Tahitien).
Les personnes qui souhaitent y participer sont priées de contacter l’association au 20.25.23, 444.767 ou par mail via l’adresse amadeo@ mail.pf.
SOS SUICIDE
- L’association SOS Suicide existe en Polynésie depuis 2001. Elle organise chaque année depuis 2005, les journées nationale (5 février) et mondiale (10 septembre) de prévention du suicide
- Elle a pour mission de mener des actions auprès des personnes en difficulté morale et de sensibiliser la population à la prévention du suicide
- Elle a mis en place une ligne d’écoute téléphonique (20.25.23) en juin 2006 et a créé une ligne verte depuis septembre 2008 (appel gratuit au 444.767)






