Publié le lundi 07 septembre 2009 à 09H03
Jean-Pierre Delas enseigne les sciences économiques et sociales en prépa HEC au lycée Gauguin. Auteur, il sort la troisième édition de L'économie contemporaine et de L'histoire des pensées sociologiques. Rencontre.
Ses deux ouvrages sur l'économie et la sociologie sont des classiques

Pourquoi écrivez-vous ?
“Mon passage du lycée à la classe prépa m'a obligé à élaborer des cours d'un niveau très supérieur. En rédigeant mes cours, je me suis dit que cela pourrait être intéressant pour une publication.”
Pourquoi y a-t-il peu d’études sociologiques sur Tahiti ?
“Il me semble que les chercheurs en sciences sociales considèrent, encore aujourd'hui, la Polynésie comme un terrain réservé aux ethnologues. Dans un pays ‘exotique’ comme celui-ci, les objets d'études traditionnels sont plus visibles, plus vendeurs que ceux des sociologues. Par exemple, étudier les classes sociales en Polynésie, susciterait moins d'intérêt. Mais la société polynésienne est en train de se moderniser. Elle se modernise au sens où elle ressemble, de plus en plus, aux sociétés occidentales, donc les comportements traditionnels y ont de moins en moins d'importance. On est dans un entredeux, je pense qu'on va forcément avoir de plus en plus d'études sociologiques.”
Ce qui me frappe, c’est l’énorme inégalité des revenus
Quel regard portez-vous sur l'économie polynésienne ?
“Il y a peu de cas dans le monde où une économie est ainsi sous perfusion d'une autre.”
Comment analyser ce financement public ?
“Il faut comparer la Polynésie à un petit département français déshérité. Si on fait le bilan du financement extérieur dont profite la Creuse ou la Corrèze à celui dont profite la Polynésie, je ne suis pas sûr que la Polynésie en reçoive plus. En Polynésie, la moitié des dépenses publiques est assurée par l'État français. Est-ce que la Creuse s'autofinance plus que la Polynésie ? Je ne sais pas et personne ne s'occupe de calculer combien la Creuse reçoit et paye d'impôts. Ici, on calcule simplement parce que c'est un territoire qui a une certaine autonomie et qui est loin. On fait partie de la même République, cela me semble tout à fait normal que toute la République vienne au secours d'une partie moins riche. C'est la façon dont est dépensé ce financement qui met la Polynésie dans une situation ingérable car elle détruit toute possibilité d'autonomie économique. On appelle ça le syndrome hollandais : l'argent que l'on dépense va essentiellement dans la surpaye des fonctionnaires polynésiens qui gagnent plus du double d'un fonctionnaire métropolitain alors que le reste des salaires ne sont pas supérieurs à ceux pratiqués en France. Cela augmente les coûts et on ne peut plus exporter car nos prix sont trop élevés par rapport à la concurrence sur le marché mondial. Cela tue l'économie privée et pousse les élites à devenir fonctionnaires plutôt qu'entrepreneurs. Ce qui me frappe également c'est l'énorme inégalité des revenus. Je ne peux m'empêcher de penser que les élites politiques défendent l'intérêt des catégories favorisées. Le fait que l'on n'ait pas d'impôts sur le revenu et de l'autre côté pas d'allocations chômage, cela se passe de commentaire.”
Vous enseignez dans la prépa HEC du lycée Gauguin après une très longue expérience en classe prépa en métropole, comment la caractériser ?
“Cette prépa a été créée il y a une dizaine d'années pour qu'un étudiant qui s'investit dans un parcours de très haut niveau puisse en réaliser la plus grande partie ici. Pour l'instant, il n'existe à Tahiti qu'une prépa et elle concerne uniquement les bacheliers ES ; pour tous les autres bacheliers, il n'y a rien. La seule formation de niveau comparable est la préparation au diplôme d'expert-comptable. C'est dommage, car il y a un besoin énorme de formations en Polynésie. Dans la prépa, les élèves sont encadrés et soutenus par les profs à un point que l'on ne peut pas imaginer. On ne les laisse pas une minute seuls, ils ne peuvent pas succomber au fiu ! Et à la fin, ils réussissent des concours très difficiles.”
Propos recueillis par HFD
IL L’A FAIT
- Professeur de sciences économiques et sociales en lycée, il est nommé en 1986 en classe préparatoire à Avignon
- En 1989, il publie la première édition de son ouvrage L'économie contemporaine
- Nommé en 1994 en classe prépa à Marseille et à l'IUFM d'Aix-en- Provence, il publie la première édition de son Histoire des pensées sociologiques. Il est l'auteur d'autres ouvrages, dont une étude sur l'économie britannique et sur le mouvement ouvrier
- Depuis 2006, Jean- Pierre Delas enseigne en prépa HEC au lycée Gauguin
LIVRES
Ambitieuse, L'histoire des pensées sociologiques veut saisir la nature et la variété de la pensée sociologique. Pour se faire, l'ouvrage présente les grands sociologues, leurs analyses et leurs outils et présente des regroupements par famille de pensée qui permettent de situer les grands courants théoriques. Un livre destiné aux étudiants mais aussi à tout lecteur curieux de décrypter les enjeux actuels de la sociologie. La troisième édition de L'économie contemporaine accompagne l'évolution rapide et constante des faits et de l'analyse économique. Les concepts de base, les faits et les analyses théoriques pour comprendre l'économie appliquée aux faits contemporains.
- Économie contemporaine, 752 pages, éditions Ellipses. Histoire des pensées sociologiques, 264 pages, éditions Arman Colin.







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Commentaires anonymes
09/09/2009 à 10h31
S'il est vrai qu'il y a peu d'endroits dans le monde où une économie est sous perfusion d'une autre, il semble normal que la République dont la Polynésie fait partie, vienne au secours d'une partie moins riche au nom de la solidarité nationale mais "c'est la façon dont est dépensé ce financement qui met la Polynésie dans une situation ingérable car elle détruit toute possibilité d'autonomie économique". Et dire que certains dirigeants actuels se disent prêts à la souveraineté ? De qui se moquent-ils, d'eux mêmes ?
Et le pire c'est que les transferts financiers sont dilapidés dans des surpayes de fonctionnaires élitistes et immobilistes qui gagnent le double des fonctionnaires en métropole, ceux-là même qui participent au financement de la Polynésie française !
Alors que la masse salariale globale est dérisoire d'où l'agonie de l'initiative privée et de l'export forcément non compétitif face à la concurrence mondiale. Tout le monde le sait mais tout le monde s'en fiche !
Et les premiers, nos chers ministres néomarxistes en effet dotés de surrémunérations dignes des pires dérives ultralibérales d'un capitalisme qu'un consensus mondial s'efforce pourtant de moraliser... Mais qu'attendent-ils pour intervenir cette fois à bon escient et dans l'intérêt général ?
Commentaires anonymes
08/09/2009 à 07h23
Un journal d'économie écrit " Les mathématiques sont utilisées pour donner à l'économie l'apparence mais seulement l'apparence d'une science."