Publié le lundi 09 février 2009 à 10H36
Ses photos témoignent avec nostalgie des temps anciens. À 73 ans, Jean-Claude Bosmel a accompli ses trois plus beaux rêves d'enfant : devenir photographe, réaliser des films, et vivre en Polynésie. Sa passion reste intacte et communicative.
Il l'a fait
Il est né il y a 73 ans est a découvert la Polynésie en 1964 .
Il a tourné Le Tiurai en 1966 et Tahiti, paradis quand même en 1967 .
À partir de 1970, il a réalisé de nombreux films publicitaires, assuré l'iconographie de collections comme le Mémorial polynésien .
Ses photos panoramiques décorent encore les murs de nombreuses administrations .
Il a pris sa retraite en 2006, pour raisons de santé, mais continue à travailler à la demande
Enfant, Jean-Claude Bosmel trouve refuge dans un univers aux antipodes de la réalité. Meurtri par la guerre –il a 4 ans quand son père meurt au combat, et 8 quand se déroule à quelques kilomètres de chez lui le débarquement de Normandie– il s'abandonne à la magie des livres d'aventures et d'explorations. Puis les jours meilleurs reviennent, lui offrant une existence plus ou moins facile mais enfin ponctuée de distractions. Parmi elles, il s'en trouve une pour laquelle il attend impatiemment le dimanche, à laquelle il consacre toutes ses économies, et qui enrichit ses rêves : le cinéma. Face à l'écran de projection va se forger son ambition. Ce monde de l'image qui l'envoûte, il désirera à son tour le modeler, le construire, le façonner afin d'en devenir le créateur.
Monté à Paris pour apprendre le métier, Jean-Claude Bosmel va devoir exercer deux métiers en même temps pour "gagner son pain" : une activité utilitaire dans une usine dans la journée et son activité de prédilection le soir à l'ORTF, où il est le caméraman de Jean Nohain.
Quelques années plus tard, il profite d'un héritage pour investir dans du matériel professionnel, caméra et appareils photo, et s'embarque sur un paquebot à destination du Canada. Il reste deux ans à Montréal, le temps de réaliser un premier film et d'apprendre le métier de photographe, puis il décide de réaliser avec deux copains un autre de ses rêves d'enfant : découvrir Tahiti ! Nous sommes alors en 1964 et la rade de Papeete est belle, le front de mer paisible, mais Jean- Claude veut aller plus loin encore vers l'authenticité. C'est sur la plage de l'unique hôtel de Bora Bora que les trois compères établissent leur campement, savourent des jours délicieux, font connaissance avec les habitants qui finiront par les héberger. Appareil photo en main, Jean-Claude commence alors ce qui va constituer l'une des collections de photos les plus fabuleuses que la Polynésie ait inspirée qu’au cours de ces cinquante dernières années. Car Jean- Claude Bosmel, dès les premiers instants, a compris qu'il était désormais ici, et nulle part ailleurs, chez lui. Il ne retournera jamais en métropole !
De retour à Tahiti –il faut bien gagner sa vie– une fois encore Jean-Claude exerce deux métiers : dans la journée, il dessine des maisons et, la nuit, il travaille au développement et au montage des photos du Journal de Tahiti et des Nouvelles. Puis la Sétil va avoir recours à son professionnalisme durant trois ans, ce qui lui donnera l'occasion de survoler la ville et les îles et de constituer une collection de documents uniques encore stupéfiants aujourd'hui.
En 1970, il monte son premier studio et laboratoire de photos à Paea. Puis il s'installe en 1980 à Papeete et en 1990 à Taravao, avant de s'établir chez lui à Mataeia. Tout en tournant des films publicitaires lucratifs, il poursuit son rêve de jeunesse, celui de son arrivée dans le Pacifique quand il réalise "Le Tiurai" en 1966, et "Tahiti, paradis quand même" en 1967 que l'Ica a acquis récemment. Il a ainsi été le caméraman de Dominique Arnaud pour son film "Moemoea" tourné en un mois, en 1979.
Dans ses films, comme dans sa photographie, pas de voyeurisme et pas d'images flatteuses. Jean-Claude Bosmel ne s'adresse pas à un public étranger pour lequel il faudrait préserver un mythe ni à un public local à flatter pour obtenir ses faveurs commerciales. Par contre, il capture, fixe l'existence, les êtres, les lieux de leur vie. Ainsi, tout en offrant une valeur documentaire exceptionnelle, sa photographie recèle une qualité narrative incontestable qui nous plonge dans l'histoire de la ville, des îles.
MZS
Les éditions Avant et Après ont publié la semaine dernière le premier tome d'une série –qui pourrait être longue– des photos de Jean-Claude Bosmel. Dominique Maury, l'éditrice, a écrit les textes et choisi avec l'artiste, parmi les milliers de photos qu'il possède, celles qui témoigneraient le mieux de la vie de Papeete dans les années 60 à 80. Les tons bleutés pour lesquels elle a opté donnent tout leur relief aux détails que l'objectif de Jean-Claude Bosmel sait si bien saisir. Ce livre de petit format dont le prix tourne autour des 2 000 Fcfp, vient compléter la série de huit reproductions en 30x40 déjà commercialisées dans toutes les librairies et les points presse.






