Publié le lundi 19 janvier 2009 à 09H19
Le présentateur de Thalassa a enregistré vendredi matin une émission à la pointe Vénus.Le prochain Thalassa consacré à Tahiti sera diffusé vendredi 6 février sur RFO Polynésie et samedi 7 février sur Tempo Polynésie.
IL L’A FAIT
- Georges Pernoud est né au Maroc en 1947
- Journaliste à l'ORTF à partir de 1969, il présente Thalassa, l'émission consacrée à la mer, depuis 1975
- Il a créé en 1990 le magazine Faut pas rêver
- En 2002, il a fondé la chaîne Planète Thalassa, entièrement dédiée au monde marin. Il en est le président et l'animateur principal
Cette saison, Thalassa fait le sentier du littoral français. Qu'avez-vous tourné à Tahiti ?
“Pour Tahiti, c'est Juliette Lambot qui s'est chargée du carnet de route. En Polynésie, il n'y a pas de sentier du littoral, ou “sentier du douanier” comme on l'appelait avant, alors elle a fait différemment. Elle a fait le tour de l'île de Tahiti, en se promenant et en interviewant les gens qu'elle rencontrait. Et au travers de ses rencontres, on comprend tout l'historique de cette île. Elle interviewe par exemple une famille de pêcheurs, dont la mère n'a qu'une seule envie : que ses enfants aillent à l'école et deviennent gendarmes, parce que c'est un poste de fonctionnaire plus favorable. On parle aussi du CEP, de la tradition avec le descendant du roi Pomare. Tous ces gens ont des choses à raconter, et même s'ils ne savent pas bien les raconter, si vous les mettez en confiance, ils disent ce qu'ils ressentent.”
Quel regard portez-vous aujourd'hui sur la Polynésie ?
“Elle a les mêmes problèmes économiques que le monde entier. Mais pour les îles, il faut d'abord regarder le passé : à Tahiti, l'arrivée du CEP qui a provoqué une révolution formidable, puis le départ du CEP, qui était une bonne chose humainement mais qui a laissé un trou dans la caisse. Donc les Polynésiens sont déjà dans une déception psychologique. Mais les changements les plus importants à venir, c'est à nous de les faire, les profiteurs des pays occidentaux qui avons bien mangé et bien bu. À nous d'être un peu à la diète maintenant. De toute façon, on y est contraint par les scientifiques qui nous disent qu'on va dans le mur. Quand on discute sur le littoral, on parle de la même chose. Dans les îles, le gros danger pour le lagon, c'est que tout part à la mer. Si on ne fait pas attention à la station d'épuration, ça part dans le lagon. Si le lagon meurt, l'île mourra. De l'étendue du corail dans le monde dépend notre avenir. Tout ça s'enchaîne : le liquide vaisselle que je balance dans le lagon a une conséquence. Et comme on est quelques millions à en jeter dans le lagon... Voilà, on en a discuté, au travers des rencontres, et on participe un peu à la prise de conscience.”
Aimez-vous la vie sur une île ?
“Je pense que je ne vivrai jamais sur une île, ou alors passagèrement. Pour deux raisons. La première, c'est la dépendance, quelle que soit l'île. Pour habiter une petite île bretonne, il faut un bateau pour rejoindre le continent. Donc, les copains ne peuvent pas venir quand ils veulent. Et je ne suis pas un solitaire. La deuxième raison, c'est que je veux bien vivre sur une île lointaine, à condition de gagner suffisamment d'argent pour en partir quand je veux. J'ai toujours voyagé, et j'aime autant partir que rentrer.”
Les Polynésiens vivent avec la mer. Ils n'ont pas cette problématique de l'enfermement
Et sur une île polynésienne ?
“Il y a une chose qui est différente en Polynésie. Partout dans le monde, les gens des îles tournent le dos à la mer. En fait, la mer est aussi leur emprisonnement. Ici, les Polynésiens vivent avec la mer. Ils n'ont pas cette problématique de l'enfermement. Dans les îles bretonnes, les gens sortent en mer bien sûr, mais quand vous les interviewez sur la mer, ils ne savent pas quoi dire. Comme a dit un écrivain : si vous n'apportez pas quelque chose sur une île, les cocotiers deviendront les barreaux de votre prison.”
Tournage
Le tournage à la pointe Vénus s'est déroulé vendredi matin. Il s'agissait pour Georges Pernoud d'enregistrer le “plateau”, c'est-à-dire le fil conducteur du magazine. Trois personnalités polynésiennes étaient invitées de l'émission : John Doom, Chantal Spitz et Teiki Pambrun. Ils sont venus parler respectivement de l'indemnisation des anciens travailleurs du nucléaire, de la colonisation et de la protection des lagons. Tous les autres modules composant l'émission avaient été tournés auparavant : le carnet de route autour de Tahiti de Juliette Lambot, le portrait de Daniel Duprat, ancien architecte qui tente de référencer les bois tahitiens, les reportages sur la Polynésie vue du ciel, sur la climatisation océanique d'un hôtel de Bora Bora, sur les requins citrons de Moorea et sur la visite du Faucon maltais...
À voir vendredi 6 février sur RFO Polynésie et le lendemain sur Tempo Polynésie.






