Publié le lundi 08 juin 2009 à 09H55
Intervenante pour l’association Puna Ora, Majo anime depuis cinq ans l’atelier d’arts plastiques à Nuutania, tous les jeudis aprèsmidi. Elle revient sur l’importance de ces moments de création et de liberté.
La 2e exposition des détenus se tient à la mairie de Papeete jusqu’au 12 juin

C’est la deuxième exposition des détenus, après celle de 2006 à la Maison de la Culture. Qu’est-ce que cela leur apporte de s’exposer à l’extérieur de la prison ?
“Le fait d’exposer leur permet de montrer aux gens qu’ils sont capables d’autre chose et même s’ils ne se déplacent pas, une partie d’eux sort avec leurs toiles. Ils peuvent dire à leur famille de venir voir ce qu’ils font, c’est une motivation supplémentaire. Ça leur importe de voir que les gens s’intéressent à eux.”
C’est aussi vrai pour les intervenants des ateliers proposés par l’association Puna Ora ?
“C’est vrai que les détenus se rendent compte que ce n’est pas forcément évident de trouver des personnes, notamment des femmes, pour intervenir au sein de la prison donc ils sont très reconnaissants et ils veulent à tout prix que les intervenants se sentent bien pour qu’ils continuent à venir.”
C’est l’occasion pour eux de sortir un peu du quotidien de l’incarcération…
“Le but est d’enrichir la personne pendant le temps de son séjour à Nuutania. En ce qui concerne l’atelier de peinture, ça donne l’opportunité à chacun de s’exprimer librement, de travailler sa créativité et surtout de passer un bon moment autour de l’art. L’objectif n’est pas nécessairement d’en faire des peintres mais de leur donner un espace de liberté et de création.”
C’est aussi un moment d’échanges, de discussions ?
“Oui, c’est aussi pour ça que certains viennent mais ne peignent pas. On parle beaucoup, des peintres par exemple, mais on évoque aussi plein de sujets différents. Souvent, je fais des recherches sur Internet et je leur apporte de la documentation. Ça les intéresse et puis comme ils n’ont pas de pression de ma part, ils peuvent choisir de peindre, de ne pas peindre, de discuter simplement… C’est un moment de détente.”
Comment s’organisent tes cours ?
“Je prends deux groupes, chaque jeudi de 13 à 16 heures : un groupe de dix condamnés et un groupe de dix prévenus pendant 1h30 chacun. Je ne leur demande rien de vraiment particulier. Je propose des sujets. Pour ceux qui sont inspirés, comme ils n’ont pour la plupart aucune notion de créations, je commence un tableau pour leur expliquer dans quel sens j’ai envie qu’ils partent. Et puis ça me sert aussi de support d’exemple quand je leur demande quelque chose de plus précis, par exemple de travailler sur le thème de la Polynésie sans tomber dans le cliché de “lagon, plage, cocotier, motu…” Pour ceux qui ont déjà des idées, je n’impose rien, ils font en fonction de leurs envies.”
Quel retour as-tu, ils apprécient cet atelier ?
“À l’occasion de l’exposition, je leur ai demandé de m’écrire des témoignages qui seront affichés dans la salle et pour la plupart ils confient qu’ils se sentent bien, capables de faire de nouvelles choses, qu’ils ont de nouvelles envies… Il y en a beaucoup qui ne s’étaient jamais intéressés à la peinture avant d’arriver à Nuutania et la première fois qu’ils terminent un tableau, c’est une grande fierté. Le fait qu’ils se rendent compte qu’ils sont capables de faire des choses qui leur plaisent, ça leur redonne confiance, ça leur donne un peu l’espoir de faire autre chose.”
De ton côté, comment vois-tu cet atelier ?
“Plus ça va, plus ils vont bien, plus les tableaux sont réussis. Ça les met vraiment dans une dynamique positive. Même s’ils n’ont pas forcément de technique, ils arrivent à faire de très jolies choses au niveau des mariages de couleurs par exemple. Je les vois avancer, peindre de belles toiles et s’investir dans ce qu’il font. C’est très positif. Ils sont contents d’être là, ils se sentent bien. Ça leur fait voir autre chose et leur ouvre de nouveaux horizons.”
Manon Hericher
ELLE L’A FAIT
- En 2004, Majo commence à animer l’atelier d’arts plastiques à Nuutania
- À l’origine, c’était un remplacement temporaire. Finalement, elle reste l’intervenante
- En 2006 l’association Puna Ora, qui finance les activités des détenus, organise la première exposition à la Maison de la Culture
- Jusqu’au 12 juin, la seconde exposition ouvre ses portes à la Mairie de Papeete
VISITEURS SPONTANÉS
Une vingtaine de détenus participe à cette seconde exposition. Si certains visiteurs désirent acheter une toile, il faudra en faire la demande auprès du juge. Après accord, l’argent sera réparti entre l’indemnisation des victimes éventuelles, l’association Puna Ora qui finance notamment le projet d’arts plastiques, et le détenu. Pour les personnes qui voudraient s’investir davantage, il est possible de devenir “visiteur”, afin de venir discuter pendant une heure par semaine avec un détenu qui ne reçoit pas de visite.







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Commentaires anonymes
08/06/2009 à 14h55
concerts, ateliers d'arts plastiques... a quand le spa!
"...C’est l’occasion pour eux de sortir un peu du quotidien de l’incarcération…"
"C’est un moment de détente.”
Loges, nourris, blanchis, detendus...
non mais on croit rever!!!