Publié le jeudi 02 juillet 2009 à 09H13
À travers ce romantémoignage, Corinne Eichhorn nous laisse entrevoir son quotidien d’enseignante spécialisée et nous aide à mieux comprendre l’autisme. Bienvenue dans un monde “extra-ordinaire”.
Le Pari de l’intelligence raconte les enfants autistes au sein d’une école ordinaire

Le récit du Pari de l’intelligence s’étale sur un an, mais s’inspire de quatre années d’enseignement ?
“Ça raconte effectivement une année scolaire en compagnie de ces enfants, dans laquelle j’ai mis les anecdotes et les points forts de mes quatre années d’enseignement avec eux. J’ai aussi intégré des choses plus personnelles, pour que ce soit plus léger.”
Tu as justement choisi d’écrire avec beaucoup d’humour et de dérision. Pourquoi ?
“L’autisme a été très “romancé” avec un film comme Rain Man par exemple mais c’est un handicap effroyable au quotidien. Pour l’entourage, c’est quelque chose de très déstructurant et pour contrer ce monde terrible, j’ai choisi l’humour et la dérision. C’est ce qui sauve dans des situations extrêmes.”
Comment définirais-tu ton ouvrage ?
“C’est surtout un plaidoyer sur l’intégration de ces enfants handicapés dans le milieu ordinaire. C’était un peu mon cheval de bataille dès le départ car, de mon point de vue, si on continue à “ghettoïser” les différences, on ne va pas s’en sortir. Or, en intégrant ces enfants autistes dans une école ordinaire, il en ressort un bilan ultra-positif. Ça apporte énormément, aussi bien à eux-mêmes qu’aux autres enfants.”
Qu’est-ce que ça leur apporte ?
“Aux autres enfants, ça apporte un nouveau regard sur la différence. On s’est rendu compte au fil des années qu’ils avaient une autre vision des handicapés en général, de tous ceux qui ne sont pas comme eux. Quant aux élèves autistes, ils ont évolué deux fois plus vite que ceux qu’on laisse dans des instituts spécialisés. Les enfants autistes agissent beaucoup par mimétisme donc si on les met dans un milieu ordinaire, ils vont, autant que faire se peut, se retrouver dans le comportement des enfants ordinaires et ça donne une évolution vraiment extraordinaire.”
C’est là toute l’idée du roman, de démontrer que l’intégration des enfants autistes en milieu ordinaire les aide davantage dans leur évolution ?
“Oui, et que ça aide les gens à changer le regard qu’ils ont sur eux. Le livre vise aussi à faire connaître ce handicap car quand on connaît quelque chose, on en a moins peur et donc on le rejette moins. En France, il y a environ 100 000 enfants qui souffrent d’autisme et parmi eux, 10 000 ne sont absolument pas pris en charge. Quand ils sont refusés d’une structure, il faut bien se rendre compte que ça “sur-handicape” les familles car l’autisme est un “trouble envahissant du développement” mais qui n’envahit pas que les personnes autistes, il envahit aussi toutes les personnes autour. C’est très difficile à vivre pour les proches et la société peut apporter des solutions : l’école par exemple peut être un soulagement.”
Pour avoir un autre regard sur la différence
Pourquoi avoir choisi ce titre : Le Pari de l’intelligence ?
“Parce que je suis persuadée que ces enfants ont quelque chose de plus, là où la société dit qu’ils ont quelque chose de moins, qu’ils ont une intelligence que l’on ne peut même pas soupçonner car on n’a pas les critères pour l’évaluer.”
Quel est le message à faire passer ?
“L’article premier de la charte des droits de l’enfant dit que tous les enfants ont les mêmes droits et que notre devoir en tant qu’adultes est de les protéger de toute discrimination et de leur donner les mêmes chances. Mon bouquin s’appuie sur cet article. Un enfant, c’est un être en devenir. Si on ne fait pas un petit effort pour soulager sa souffrance (je pense aux autistes mais aussi à ceux qui souffrent de tout autre handicap), et aussi pour l’aider à affronter notre monde de valides ordinaires, alors c’est nous qui sommes autistes, parce que l’on se replie sur notre petit confort. Il faut dans la mesure du possible tenter l’expérience de leur intégration.”
Propos recueillis par MH
ELLE L’A FAIT
- De 1993 à 2003, elle est enseignante dans des classes ordinaires
- Après un an de formation, elle devient en 2004 enseignante spécialisée et travaille dans une classe de perfectionnement pour enfants autistes
- En 2007, elle arrive en Polynésie et prend une classe de perfectionnement avec des enfants en difficulté scolaire (sans handicap associé), à Punaauia
- En juillet, elle repart en métropole enseigner dans un Institut médico éducatif
LE PARI DE L’INTELLIGENCE
Après un premier roman, L’Année-Lumière, édité à compte d’auteur en 2004, Corinne Eichhorn publie Le Pari de l’intelligence. Un ouvrage de 102 pages qui nous invite à réfléchir sur le mythe de la normalité, ses limites. Un émouvant témoignage qui nous plonge au coeur d’un monde encore mal connu. Elle espère avec ce roman pouvoir informer sur les difficultés qu’impose l’autisme et interpeller sur les moyens nécessaires –tant humains que financiers– à l’intégration des enfants souffrant de ce handicap dans le “monde ordinaire”.






