Publié le jeudi 27 août 2009 à 08H55
Cette doctorante a mis en avant l’existence de diverses intoxications par produits marins au fenua, et a confirmé la présence d’atteintes neurologiques et cardiovasculaires dans les formes les plus graves.
Elle soutient aujourd'hui sa thèse sur l'intoxication par produits marins

En classe de 6e, Clémence et ses camarades visitent l’institut Louis- Malardé. C’est le déclic pour la collégienne, elle fera de la recherche en biologie sur la Polynésie. Et plus de 20 ans après, c’est dans ce laboratoire qu’elle fait sa thèse en biologie moléculaire et physiopathologie. “J’ai observé lors de cette visite que les thématiques abordées concernaient directement la population polynésienne. Je rêvais de concilier mon amour pour Tahiti et mon intérêt pour la recherche.” C’est désormais chose faite. Clémence soutiendra aujourd’hui à l’UPF sa thèse intitulée “Atteintes neurologiques associées aux intoxications par biotoxines marines en Polynésie française”.
Pendant plus de trois ans, la doctorante a travaillé sur les intoxications par produits marins et leurs répercussions sur l’organisme. Un travail de longue haleine et d’équipe, un coup plongée dans les livres et les revues scientifiques et un autre dans les bases de données de l’hôpital. Clémence a accumulé de nombreuses informations afin de se “familiariser avec le monde des intoxications par produits marins” et “dressé le bilan de ce qu’on savait déjà sur ce sujet”. Elle a ensuite utilisé les bases de données du CHPF, pour observer les hospitalisations dues à des intoxications par produits marins, donc des formes assez sévères. Elle a isolé 129 cas hospitalisés entre 1999 et 2005. Comme elle s’en doutait, la majorité des patients étaient atteints de ciguatera, due à la consommation de poissons du lagon contenant eux-mêmes des toxines. C’est cette intoxication qui prédomine en Polynésie. Elle a aussi relevé deux cas d’intoxication par le fugu, ce poisson japonais de la famille des tétrodons, un cas d’intoxication par chair de tortue marine et deux par chair de requin. “La consommation de tortues est interdite, mais reste courante, notamment dans les îles”, rappelle la scientifique. Il y a donc au moins quatre types d’intoxication par produits marins ici.
Un résultat surprenant qu’il fallait creuser
Clémence s’est ensuite consacrée aux répercussions sur l’organisme et a constaté de nombreuses atteintes du système nerveux. Elle a notamment émis l’hypothèse que des toxines marines puissent être impliquées dans le développement de certaines neuropathies d’origine auto-immune : il s’agit d’un cas particulier où le système immunitaire se retourne contre le système nerveux. “Un résultat surprenant qu’il fallait creuser.” La doctorante a donc cherché chez les patients des auto-anticorps neuronaux, “ces soldats qui détruisent les cellules nerveuses”. Une hypothèse qu’elle n’a pu valider faute d’un nombre suffisant de patients (cinq volontaires seulement). Ses observations l’ont également conduite à concevoir que lesdites toxines pouvaient également agir au niveau central (sur le cerveau), si c’est un cas grave. En plus d’avoir constaté la présence d’atteintes neurologiques, aiguës et chroniques, elle a observé une forte proportion de signes cardio-vasculaires de type bradycardie et hypotension, qu’elle propose d’utiliser comme “outil prédictif de la sévérité de l’intoxication. Si le médecin décèle de tels signes, il peut penser qu’il s’agit d’une forme grave d’une intoxication de type ciguatera”. Le pire, des atteintes neurologiques lourdes, pourrait être évité si l’on arrive à prédire le degré de sévérité de l’intoxication rapidement.
Clémence développera cette recherche aujourd’hui devant son jury et les intéressés. Elle a déjà publié une partie de ses résultats dans la revue anglaise Toxicon et dans Médecine tropicale. Après son diplôme, elle envisage un post-doc (un contrat de deux ou trois ans) sur la transition alimentaire, un programme mené à l’ILM et au Canada.
MC
Clémence Gatti soutient sa thèse intitulée “Atteintes neurologiques associées aux intoxications par biotoxines marines en Polynésie française” aujourd'hui à 15 heures à l'UPF, dans l'amphithéâtre E. Elle exposera ses conclusions au jury avant une séance de questions. La soutenance est ouverte au public, l'entrée est libre.
ELLE L’A FAIT
- Clémence est née en 1981 à Bergerac
- Elle est arrivée à Tahiti vers l'âge de cinq ans avec sa famille
- Elle a obtenu, à l'université de Bordeaux, un master de biologie cellulaire et de physiopathologie
- Elle envisage désormais de faire un post-doc sur la transition alimentaire pour un programme mené à l'ILM en collaboration avec le Canada
Mélanis Coste






