Publié le lundi 22 décembre 2008 à 11H47
MARCHÉ DE L’ART. Découverte dans une collection française, cette pièce exceptionnelle est actuellement en vente pour 57 000 dollars US, en espérant qu’elle reviendra en Polynésie…
L’ESSENTIEL
- Une pipe marquisienne du XVIIIe siècle, seul objet de ce type qui soit parvenu jusqu’à nos jours, a été redécouverte dans une collection française
- La légende raconte que son fourneau a été sculpté dans l’os d’un bras d’un officier de marine
- Destinée à un dignitaire de haut rang, cette pièce exceptionnelle est actuellement en vente pour 57 000 dollars US
Les spécialistes de l’art marquisien sont émerveillés par la découverte de cette pipe intacte dans une prestigieuse collection française. Ils pensaient qu’aucune n’avait traversé l’épreuve des siècles, vu la fragilité de sa pipette en roseau. Même les fragments sont très rares. Le seul fourneau connu est dans une collection allemande et il est reproduit dans la bible de l’art marquisien par Von den Steinen. Sa découverte par un amateur de Tahiti s’est faite par hasard en faisant l’inventaire d’une bibliothèque d’un écrivain amoureux de la Polynésie des années 1950. Cet auteur a succès l’avait acheté aux Marquises à un colon métissé qui la tenait de son arrière-grand-père, grand chef d’un clan de Nuku Hiva. Sa patine et le modelé de sa sculpture permettent de la dater de la fin du XVIIIe siècle. La légende, transmise de vallée en vallée par l’oralité, raconte que le fourneau a été sculpté dans l’os d’un bras d’officier de marine tué lors d’une bataille. Après un festin rituel cannibale de victoire, le chef marquisien a récupéré les os en trophée, le crâne qu’il portait en pendentif et les os des bras et des jambes qu’il a fait sculpter en ivi po’o ( coulants servant de tendeurs pour les tambours, pour les tresses de cheveux ou comme anneaux décoratifs suspendus à divers objets : conques, réservoirs en coco…).
Le capitaine Cook venait tout juste d’introduire le tabac dans nos îles. Les dignitaires indigènes l’appréciaient beaucoup. Le tabac était une denrée très recherchée lors des échanges pour pactiser ou obtenir l’appui d’un clan par les découvreurs européens. Au début il était fumé dans les pipes des marins puis les artistes polynésiens ont fabriqué des pipes en bois, en os et en ivoire pour satisfaire la demande des rois et des reines fumeurs de nos îles.
La pipe présentée est l’aboutissement esthétique de l’art marquisien utilisant le traditionnel “ivi po’o” comme fût d’une pipe. La beauté des lignes et des proportions montre qu’elle était destinée à un dignitaire de haut rang. Le tiki du fourneau en os humain, symbole et figure anthropomorphe des ancêtres, est sculptée tout en finesse. Il est caractéristique avec ses yeux grands ouverts aux arcades bien prononcées, son nez aplati, sa bouche large et lippue et ses mains posées sur le ventre comme un bouddha. Au dos l’artiste a percé un trou à l’aide d’une "perceuse à archet" pour y introduire la pipette en roseau dont la courbe a été délicatement façonnée sur la plante encore vivante avant de la couper. En voyant cet objet, on imagine la fierté et l’arrogance de ce chef marquisien tirant à petites bouffées sur sa boulette de tabac bourrée dans l’os d’un ennemi abattu et caressant du bout des doigts le modelé du tiki, symbole de la puissance du pouvoir invincible de ses ancêtres.







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Commentaires anonymes
22/12/2008 à 17h08
Le bonheur c'est une bonne pipe !