Bruno SAURA

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Publié le mercredi 18 février 2009 à 09H28

Bruno Saura publie Tahiti Ma’ohi, culture, identité, religion et nationalisme en Polynésie française, aux éditions Au Vent des îles. Il y explique comment est née “l’idéologie ma’ohi” il y a 25 ans et pourquoi elle ne fait toujours pas l’unanimité.

L’anthropologue évoque l’idéologie ma’ohi dans son dernier ouvrage

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’étudier le mot ma’ohi ?

“Des conversations fréquentes que j’entends, souvent en langue tahitienne, à propos de ce mot. Il y a eu l’émission de David Marae, Matahiapo, à partir de l’an 2000, où des personnes âgées ont dit qu’elles n’étaient pas contentes qu’on emploie ce mot ma’ohi à propos de l’humain et de la langue tahitienne. Pour elles, il vaut mieux dire ta’ata tahiti et reo tahiti. À partir de là, les langues se sont déliées et beaucoup de gens ont dit : mais c’est vrai, depuis 25 ans, on entend ce mot ma’ohi comme ça, alors qu’au fond nos parents n’ont jamais employé ce mot à propos de l’homme. Cette controverse m’a intéressé. Et puis au-delà du mot, il y a une idéologie derrière. Henri Hiro ou Duro Raapoto ont eu un discours au sujet de l’identité ma’ohi.”

Quel était ce discours ?

“Ils ont élargi la notion de ma’ohi qui, auparavant, était réservée à des objets naturels, parce qu’ils revendiquaient le fait de faire un avec la terre. Traditionnellement, les gens ne font qu’un avec la terre, mais avec la terre de Vairao, de Faaone, de Raiatea… On précise toujours de quelle terre. Alors qu’eux, de manière un peu fédératrice, ils ont essayé de trouver un mot qui dépassait les clivages locaux et les identités parcellaires pour aller vers une identité fédérative.”

Est-ce que le mot ma’ohi définit l’appartenance au triangle polynésien ?

“En fait, ma’ohi semble vouloir dire autochtone. Certains peuvent dire que les Français sont des Ma’ohi de la France. À propos des Kanaks de Nouvelle-Calédonie, certains disent en langue tahitienne qu’ils sont les Ma’ohi de la Nouvelle-Calédonie. D’autres disent au contraire que ma’ohi signifie polynésien. Les Tahitiens parlent de ça tout le temps, parce que c’est important de savoir comment on se définit, comment on s’appelle.”

Avez-vous une position dans ce débat ?

Aucune. J’écoute simplement le discours des gens comme Duro Raapoto qui disent que le terme ma’ohi signifie petite pousse propre, donc un discours très valorisant. Je n’ai pas à dire comment les gens doivent penser. Je réfléchis seulement au sens qu’ils y mettent. En tout cas, c’est sans doute la modernité occidentale et l’appartenance à l’ensemble français qui créent la revendication ma’ohi.”

Est-ce donc l’Occident qui a inventé les termes polynésien et ma’ohi ?

“Disons plutôt que l’occidentalisation de la société tahitienne crée une sorte de quête des racines qui s’exprime à l’aide de ce mot ma’ohi.”

Au-delà du mot, il y aune idéologie derrière

Ce débat est-il présent dans les autres sociétés polynésiennes ?

“On sait qu’en Nouvelle-Zélande, vers 1810-1815, les gens ont commencé à se nommer maori, alors qu’avant, ils se nommaient par rapport à leur affiliation familiale et tribale. Donc il y a eu un terme fédérateur assez tôt chez eux et qui ne pose pas problème chez les Maori. Il n’y a pas de controverse là-dessus en Nouvelle-Zélande, alors qu’à Tahiti, il y a des gens qui ne sont toujours pas d’accord pour utiliser ce mot ma’ohi à propos de l’homme.”

Pourquoi ne sont-ils pas d’accord ?

“C’est surtout parce que ça fait disparaître l’identité locale. Mais aujourd’hui, comme les populations sont mêlées, qu’on peut très bien naître à la campagne et aller vivre en ville, le mot ma’ohi correspond mieux à une sorte de flou identitaire géographique. Son problème, c’est qu’il n’englobe pas tout le monde. Certains trouvent qu’il a un côté un peu puriste et qu’à l’heure du métissage généralisé, il n’est pas plus judicieux de se dire encore ma’ohi, autochtone…”

Sur quoi allez-vous travailler maintenant ?

“Sur la tradition orale qui disparaît de plus en plus. Il est intéressant de se pencher sur les traditions telles qu’elles existent encore un peu. Donc peut-être quelque chose sur la tradition orale, peut-être du côté des Australes.”

Propos recueillis par Benoît Buquet

LIVRE

Depuis les années 1970, l’appellation ma’ohi qualifie ce qui est originaire des îles polynésiennes. Dans Tahiti Ma’ohi, culture, identité, religion et nationalisme en Polynésie française, publié aux éditions Au Vent des îles, Bruno Saura tente de décrypter le discours identitaire ma’ohi, dans les arts, les lettres, la religion, la culture traditionnelle, le besoin de reconnaissance des langues autochtones ou les revendications coutumières. En vente dans toutes les bonnes librairies.

IL L'A FAIT

  • Bruno Saura est professeur en civilisation polynésienne à l’université de la Polynésie française. Il est docteur en politologie et maître de recherches en anthropologie à l’université Aix-Marseille III.
  • Il a étudié de près les questions ethniques contemporaines dans Des Tahitiens, des Français (1998) et Tinito, la communauté chinoise de Tahiti (2003).
  • Il s’est intéressé à la tradition orale des îles Sous-le-Vent dans La lignée royale des Tamatoa de Raiatea (2003) et Huahine aux temps anciens (2005).
  • Il est notamment l’auteur d’un essai sur les Bûchers de Faaite (1990), de l’ouvrage Politique et religion à Tahiti (1993), d’une étude sur les Sanito (1994) et d’une biographie de Pouvanaa a Oopa (1998).

Benoît Buquet
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Commentaires anonymes

11/03/2009 à 23h27

Bsr je suis une de ses étudiantes à l'UPF en première année de Reo, il faut dire que c'est cour d'anthropologie sont un peu trop philosophique mais ce qui me plaît beaucoup c'est d'être à son cour de civilisation polynésienne, c'est très intéressant et très enrichissant pour nous Taurea ma'ohi, toute les choses qu'il nous raconte et nous fait lire ce ne sont que des faits réels mais aussi des histoires déjà connus de nos aieuls. Monsieur Saura est un prof qui connaît plus la vie et la façon de faire et d'être d'un polynésien que nous même nous ne nous onnaîssons pas. Les partiels ne sont pas aussi faciles que l'on pense, il attends beaucoup de notre part mais surtout que nous grandissons dans notre façon de nous exprimer aussi bien à l'écrit qu' à l'oral. C'est hot.

Légal

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