Publié le mercredi 01 juillet 2009 à 09H20
La sortie en librairie, la semaine dernière, du troisième ouvrage publié par l'Association formation action recherche en Polynésie (Afarep) est l'occasion de faire le point avec Albert Hugues sur les recherches en ethnopsychiatrie que cette association poursuit depuis longtemps.
Il préside l'Afarep qui vient d’éditer Familles, écoles, transmissions en Polynésie française
Pour mieux comprendre le sens de vos travaux, pouvez-vous nous dire ce qu'est l'ethnopsychiatrie ?
“C'est un domaine de recherche partageant ses méthodes avec la psychologie clinique et l'anthropologie, qui s'intéresse aux désordres psychologiques en rapport à leur contexte culturel d'une part, aux systèmes culturels d'interprétation et de traitement du mal, du malheur et de la maladie d'autre part. Cette discipline a connu une extension dans les vingt dernières années. Georges Devereux (1908-1985), considéré comme le père fondateur de la discipline, a donné son nom à l'institut avec lequel nous sommes liés depuis 1995, qui se trouve à l'université Paris VIII.”
Depuis quand l'Afarep existe-telle ?
“Elle a été créée en 1991 par la psychiatre Noëlle Barbiéra pour regrouper plusieurs professionnels d'horizons différents, avec pour objectifs la promotion de l’approche ethnopsychiatrique en Polynésie française ainsi que la recherche et la mise en oeuvre d'un dispositif ethnopsychiatrique de soins à travers des consultations destinées aux familles en souffrance. Notre document “fondateur” est le N°30 de la Nouvelle revue d'éthnopsychiatrie, paru en 1996 sous la direction de Tobie Nathan qui portait le savoir médical et le pouvoir de guérir à Tahiti. À cette revue, avaient collaboré de nombreux spécialistes de Polynésie parmi lesquels Louise Peltzer, Bruno Saura, Jean-Marc Pambrun, Noëlle Barbiéra, pour n'en citer que quelques-uns.”
Avec bientôt 20 ans d'expérience, comment définiriez-vous vos actions ?
“Notre premier objectif est la formation des membres de l’association (une trentaine actuellement) à l’ethnopsychiatrie. Nous organisons aussi des journées de rencontres ouvertes au public et concrétisées par la parution d’ouvrages comme celui d'aujourd'hui. Nous apportons notre éclairage ethno-clinique sur des situations qui nous sont soumises par des professionnels du social, de la santé, de la justice et de l’éducation. Enfin, notre consultation ethnopsychiatrique se tient une fois par mois et nous y accueillons des familles envoyées par les services sociaux.”
Promouvoir l’approche ethnopsychiatrique en Polynésie française
Ces journées de rencontres ouvertes au public portent sur quel thème ?
“En octobre 2001, nous avons organisé notre premier colloque et traité la Rencontre des mondes, expressions culturelles et questions identitaires. Le compte rendu en a été publié en 2003. En octobre 2004, le thème était Terre- Fenua, Fabrication des hommes, transmission, désordres, dont le résultat est paru en 2006. En décembre 2006, la journée de rencontres portait sur Familles, écoles, transmissions en Polynésie française et c'est le compte rendu de ce colloque qui vient de paraître. En octobre 2008, le public s'est passionné pour le sujet que nous avions choisi d'aborder : accompagner le travail de deuil, approche interculturelle et transdisciplinaire de la mort.”
Quels sont vos projets actuels ?
“Nous aurons une actualité chargée en octobre prochain. En effet, nous avons décidé de présenter lors de nos journées de rencontres, les 23 et 24 octobre, un thème qui arrive comme une suite à ce précédent sujet, en proposant : Place des morts et des tupuna, cultes ancestraux, cultures et religions : unité et/ou contradictions, répercussions sur la construction identitaire. Nous profiterons aussi de la présence de notre superviseur référent du centre Devereux, Lucien Hounkpatin, pour organiser deux stages de formation ouverts aux personnes concernées par les sujets traités : l'adolescent en Polynésie pour l'un et ethnopsychiatrie clinique pour le second.”
Propos recueillis par MZS
IL L’A FAIT
- Il préside le bureau de l'Afarep pour trois ans
- Il est psychologue aux Affaires sociales
- Il s'est formé à l'ethnopsychiatrie auprès de Tobie Nathan et Lucien Hounkpatin
- Il participe chaque mois à la consultation d'ethnopsychiatrie clinique ouverte aux familles en difficulté
FAMILLES, ÉCOLES, TRANSMISSIONS EN POLYNÉSIE FRANÇAISE
De nombreux spécialistes ont collaboré à cet ouvrage parmi lesquels, à côté d'Albert Hugues qui y a apporté sa contribution avec 'l'enfant rêve'. Élisa Yao Tham traite de la famille fa'a'amu dans le contexte étudié, Edgar Tetahiotupa s'intéresse à la famille comme base de transmission et pose les enjeux, Didier Haffner aborde le sujet des popa'a pris sous l'angle de migrants en Polynésie. Ioana Atger-Lapusan traite de la phobie scolaire qui atteint 3 à 5% des enfants. Ernest Sin Chan présente la force et le pouvoir des proverbes et expressions populaires chez les Chinois hakkas de Tahiti. Aldo Tirao témoigne de sa compréhension des mondes à travers son parcours personnel. Enfin, Bernard Rigo conclut le livre par le chapitre intitulé Familles, écoles, migrations et transmissions. Un ouvrage particulièrement riche, en librairie depuis une semaine.
- Albert Hugues Tél : 54.92.65 – Vini : 75.36.63 Email : albert_hugues@hotmail.com







