Publié le samedi 14 mars 2009 à 09H00
Il y a du rouge et du noir pour la colère, les idées sombres. Et puis il y a une “Petite Dernière”, d’un jaune lumineux, un jaune horizon, le soleil espéré... Si c’est un soleil. Alain Sidet expose à la galerie des Tropiques jusqu’au 21 mars.
Expose sa rétrospective à la galerie des Tropiques

Le rouge a fait une apparition remarquée sur votre palette
“On dit “rouge de colère”, à l’origine de ce rouge, il y a en effet une colère… Contre tout, y compris contre moimême, ma maladie. Depuis cette première toile, les choses ont évolué, elles se sont apaisées pour laisser la place à des toiles plus lumineuses, parfois porteuses d’une pointe de provocation.”
L’un de vos tableaux s’appelle “Les Saigneurs”, il est rouge là aussi, rouge sang…
“Je tenais à ce jeu de mots entre les seigneurs, ceux qui dirigent, qui ont le pouvoir, et ceux qui nous assassinent. Et ça court les rues, il y a des tas de gens à travers le monde qui ont pris pour habitude de saigner les autres.” Votre inspiration où la trouvezvous, en dehors de la colère ? “Pendant très longtemps, j’ai peut-être été un peu prisonnier de mon environnement naturel, c’est-àdire le lagon, la mer et la montagne, cette puissance des montagnes de Raiatea. Mais en même temps, il me semblait que ça n’était pas de la peinture pour raconter une histoire, pas de la peinture bavarde… Nicolas de Staël disait qu’il avait besoin d’accidents pour continuer à peindre, que c’était nourrissant, que cela ouvrait des horizons.”
La maladie a t-elle apporté quelque chose à votre peinture ?
“Oh certainement. Je pense qu’on peint avec tout ce qu’on est. La proximité de la mort, ça compte. Ceci dit, ça n’est pas dramatique, on va vers la simplification, vers l’essentiel. J’essaye de ne pas chercher refuge dans le bavardage, dans l’anecdote, j’essaye de parler peu mais de parler fort.” La matière est de plus en plus présente “Le sable que j’utilisais il y a cinq ans a pris de l’importance, de la densité, du poids et affirme de plus en plus la matière, la matérialité. Je crois que je tiens beaucoup à cette notion de matérialité de la peinture. Plus généralement, la matérialité de ce que nous sommes, nous les hommes. Je vais citer la Bible, ce qui m’arrive rarement : “Tu es né poussière et tu redeviendras poussière”. Le retour à la matière, c’est aussi le retour à la terre, sans mauvais jeu de mots.”
Le titre est un tyran. Il oblige les gens à voir ce qu’ils n’ont peutêtre pas vu
Y a t-il une matière dont vous n’avez pas encore exploré les possibilités et que vous aimeriez utiliser ?
“Il y a une chose que je regrette de ne pas avoir encore fait, c’est de passer à l’épreuve du feu. De brûler quelque chose. Il y a une charge émotionnelle dans le fait de brûler. C’est purificateur le feu. J’ai essayé, mais ça n’a pas marché.”
Pourquoi ?
“J’utilise une peinture acrylique qui brûle peu (sourire).” Est-ce qu’une toile vous a déjà résisté ? “Oh oui, ça arrive. Des toiles qui se refusent dès le début. Il y a quelque chose qui ne va pas. Difficile de déterminer quoi. Des erreurs peut-être. Une intention, trop étroite, trop exigeante. Il y a une solution : tout reblanchir et recommencer. L’autre solution, c’est de la tourner contre le mur et de laisser passer quelques semaines, quelques mois. J’en ai découpé une il y a peu…”
Certaines de vos toiles sont sans titre, pourquoi ?
“Parce que le titre est un tyran. Il oblige les gens à voir ce qu’ils n’ont peut-être pas vu et ce qu’ils n’ont peut-être pas envie de voir.”
Quel est votre rapport à l’horizontalité et à la verticalité ?
“L’horizontalité, c’est la règle de l’environnement marin. On a le lagon, la ligne de sable vert, le récif avec sa ligne d’écume puis juste au-delà le large avec ses variations de couleurs. L’horizontalité est proche d’une sieste, proche du sommeil. Souvent, j’ai voulu me redresser, me tenir debout. Là est ma verticalité.”
Propos recueillis par Khadidja Benouataf
IL L’A FAIT
- Alain Sidet est né à Paris en 1939
- Il fait un premier séjour en Polynésie de 1966 à 1973 à Raiatea
- Dans les années 70-80, il expose à la galerie Winkler, au musée de Saint-Paul-de- Vence, au Palais de l’Europe.
- En 1988, il participe à l’oeuvre Comme une lettre un livre-poème relu, raturé, détourné par douze artistes : peintres, sculpteurs, poètes.
CIMAISES
“J’ai vécu le tiers de ma vie d’homme et de peintre à Raiatea… Un peu plus longtemps à Paris, un peu moins à Nice.
Raiatea est belle et sévère et j’aime cette sévérité.
Peindre ici n’est pas comme peindre ailleurs. Mais la peinture a les mêmes exigences, ici et ailleurs.”
Exposition rétrospective Alain Sidet, à la Galerie des Tropiques jusqu’au 21 mars.
Khadidja Benouataf






