Publié le jeudi 24 décembre 2009 à 10H31
On lui prête différentes origines. Idolâtré par les païens, récupéré par les chrétiens, érigé par les Alsaciens, le sapin de Noël a traversé les âges, les cultures et les frontières pour atterrir, enguirlandé, dans notre salon. Interview.
Le sapin de Noël
C’est Noël et comme tous les ans à cette période, vous avez les boules, pourquoi ?
“Vous en avez d’autres, comme celle-là ? Oui j’ai les boules, autrefois j’avais les pommes, car sur l’ancien calendrier des saints, le 24 décembre était réservé à Eve et Adam et je symbolisais l’arbre de la connaissance, vous savez, celui du paradis. Au temps des rites païens, on me décorait avec des fruits, des fleurs, du blé. Chez les germaniques pour célébrer Jul, on sacrifiait des animaux et des esclaves mâles en les accrochant à mes branches. Et au Moyen-Âge, Charlemagne accrochait les boyaux ainsi que les yeux de ses ennemis vaincus, aux sapins présents dans la région d’Aix-La-Chapelle. Les Alsaciens, étaient plus civilisés, ils attachaient des roses en papier, des hosties coloriées et du sucre. Mes premières boules étaient de verre, c’est un artisan souffleur du petit village de Goetzenbruck en Moselle, qui les a imaginées… Les Allemands vous diront qu’à l’origine, étaient leurs kugels, des boules de verres destinées à protéger les maisons des esprits maléfiques.”
N’en avez-vous pas marre de vous faire enguirlander ?
“Que voulez-vous savoir exactement ? Je n’ai pas toujours été enguirlandé, j’ai d’abord été illuminé avec des coquilles de noix remplies d’huile, puis avec des chandelles. Ne me demandez pas combien de familles ont péri à Noël suite à des incendies de sapin, je n’ai pas les chiffres. Ma première guirlande électrique a été conçue par Edward Johnson et Thomas Edison. En 1882, à New-York, ils ont illuminé un sapin de Noël à l'électricité, avec une guirlande de 80 petites ampoules. Aujourd’hui, comme vous le savez sans doute, la mode est au Led.”
Comment devient-on sapin de Noël ?
“C’est de famille ! Mes ancêtres faisaient l’objet d’un culte idolâtrique chez les païens, lors des rites du solstice d’hiver. Les celtes pour qui le 24 décembre était jour de la renaissance du soleil, m’avaient associé à ce mois lunaire. C’est d’ailleurs pour rivaliser avec les fêtes païennes, qu’en 354, l’Église institue la célébration de la naissance du Christ le 25 décembre. Au VIIIe siècle Saint Boniface décide que l’épicéa est l’arbre de l’enfant Jésus... C’est comme cela que je suis devenu sapin de Noël. Le premier texte officiel me mentionnant explicitement, date de 1546 dans la ville de Sélestat en Alsace. Les Alsaciens sont mes plus grands fans.”
On dit que vous avez des origines gauloises ?
“Vous allez aussi me demander mon avis sur l’identité nationale ? Non, ce n’est pas moi, c’est mon collègue, le chêne celtique, qui était l'arbre symbolique par excellence dans les vieilles forêts druidiques de l'ancienne Gaule. Moi je descends de l’illustre premier pin, né sur le mont Didyme en Turquie, du sang du dieu Attis –également connu sous le patronyme de Baal au Moyen Orient– lorsqu’il s’émascula. Je pourrai aussi bien venir de Tizi-Ouzou, d’Asie Boréale, du Guatemala, de Mandchourie, de l’Iowa ou des Marquises… ça vous pose un problème ?”
Que pensez-vous de la délocalisation de votre métier avec tous les sapins made in China ?
“Je pense que la tendance est de mon côté. Demain, Noël sera écolo. Les consommateurs plébiscitent les produits verts : jouets durables, guirlandes à basse consommation, etc. L'an dernier en France, 5 millions de ménages ont acheté un sapin naturel, 2% de plus qu'en 2007. Et cette année, selon Frédéric Naudet, président de l'Association française du sapin de noël naturel (AFSNN) ‘la tendance à la hausse se confirme’. L’empreinte écologique des sapins artificiels est plus lourde. Ils sont fabriqués avec des produits pétrochimiques et transportés sur des milliers de kilomètres pour la livraison. Alors que les sapins naturels absorbent le CO2, limitent les gaz à effets de serre, améliorent la stabilité des sols, et sont biodégradables...”
Quelle est votre réaction au sommet de Copenhague ?
“Je suis vert !”
Propos recueillis par Khadidja Benouataf
IL L’A FAIT
- On mentionne son existence par écrit pour la première fois en Alsace en 1521
- Ce sont les protestants qui en 1560, développent sa tradition pour se démarquer des catholiques
- En 1738, Marie Leszczynska, épouse de Louis XV, roi de France, aurait installé un sapin de Noël dans le château de Versailles
- En 1841, le prince Albert érige un sapin de Noël au château de Windsor
- Aux États-Unis, il faudra attendre 1850 pour qu’il fasse son apparition
LES VARIÉTÉS
Les deux sapins star en cette période de Noël sont le nordmann et l’épicea. Le premier a la branche régulière, les aiguilles souples, douces et résistantes (elles peuvent tenir jusqu’à deux mois !). Le second, qui remporte la palme de la tradition, se reconnaît à son odeur caractéristique de résine et à ses fines aiguilles. Robuste et fourni, bien équilibré de la base à la cime, il se prête à toutes les idées de décoration. D’autres espèces, moins courantes sont parfois choisies pour revêtir les atours de Noël : Le nobilis, qui se distingue par ses aiguilles bleutées et son parfum boisé. Plus rare, l’omrika au port élancé et aux aiguilles vert foncé au revers argenté et enfin le pugens plus connu sous le nom de “sapin bleu” en raison de la couleur bleutée de ses aiguilles.







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Commentaires anonymes
26/12/2009 à 12h14
Vraie et belle sous-culture mondialiste, c'est désolant.
Même au japon "ils" essaient d'y mettre cette néo-culture.
A quand des réveillons au MacXX arrosés de CocaXXXX ?