Publié le mercredi 09 septembre 2009 à 13H41
Son concepteur, Tamatoa Audouin, y a répertorié les cent mots polynésiens les plus médiatisés pour permettre aux journalistes et autres professionnels de la langue de bien les orthographier. Explications.
La nouvelle rubrique du site Internet Huri Translations vient de paraître
Ta démarche s’adresse d’abord aux professionnels et particulièrement aux journalistes ?
“On remarque facilement qu’il y a beaucoup de mots polynésiens qui reviennent en force dans les médias. Les journalistes, surtout les journalistes métropolitains qui ne sont pas bien familiarisés avec la langue à leur arrivée, font souvent des fautes. J’ai créé cette rubrique pour aider tous ceux qui n’ont pas ou peu de connaissance de l’écrit et qui ont besoin de s’informer rapidement, car ça irrite toujours les locaux qui savent écrire ces mots de les voir mal orthographiés.”
100 Pa’oko regroupe les 100 mots les plus “connus”. Sur quels critères ont-ils été sélectionnés ?
“J’en ai pris quatre : la présence dans les médias, les résultats de recherche sur Google, la propension de chaque terme à être mal orthographié et leur parenté avec d’autres langues régionales. Peu importe leur origine –il y a d’ailleurs de tout : du tahitien, du paumotu, dumarquisien (comme pa’oko), du maori–, c’est leur médiatisation qui a primé. Par exemple le terme marquisien ‘tiki’ a été beaucoup plus médiatisé que son équivalent tahitien, ‘ti’i’, donc c’est celui-là que j’ai choisi. Même chose pour le mot tahitien ‘va’a’, qui a été tellement médiatisé, qu’aux îles Cook et à Rapa Nui, où ils emploient à l’origine le mot ‘vaka’, il désigne maintenant une pirogue de compétition.”
Ici, on a le plus petit alphabet du monde
Tu es un véritable passionné des mots…
“J’aime les langues d’une manière générale. J’essaie surtout de trouver le moyen d’intégrer les langues polynésiennes dans la société moderne. Je crois que l’on peut y arriver en donnant avant tout les outils pour bien orthographier les mots car les étrangers à une langue doivent d’abord la voir écrite pour pouvoir en intégrer les bases. L’orthographe a d’autant plus d’importance ici que l’on a le plus petit alphabet du monde, ce qui fait que le moindre accent mal placé –qui n’est d’ailleurs pas un accent mais une consonne, le ’eta, matérialisée par une apostrophe– peut radicalement changer le sens d’un mot. Certains mots heureusement ne possèdent ni ’eta, ni tarava (le macron, matérialisé par un trait horizontal au-dessus de la voyelle, qui sert à l’allonger), comme tiare, donc ça évite les erreurs, mais pour la plupart, ce n’est pas le cas.”
On trouve dans la rubrique la traduction de chaque terme. Pourquoi ne pas avoir traduit également les phrases d’usage, les variantes régionales et les citations ?
“C’est volontaire. On est dans un élan de revitalisation de la langue donc le but est vraiment de faire en sorte qu’elle soit pensée et non pas traduite littéralement. À mon sens, c’est périlleux de tout traduire. En Espagnol, une ‘tortilla’ est une ‘tortilla’, on ne va pas dire ‘omelette espagnole’. L’idée est d’associer des mécanismes intellectuels. Sur les nouvelles publicités de promotion du thon par exemple, le slogan tahitien n’a pas été traduit donc une personne qui ne connaît pas la langue va peut-être reconnaître certains mots et elle va forcément se demander quels sont les autres. C’est comme ça que l’on assimile une langue. Je n’invente rien : c’est quand on ne comprend pas que l’on cherche à comprendre.”
Tu regrettes que les langues polynésiennes soient de moins en moins parlées ?
“C’est regrettable,mais c’est aussi un peu ça la culture polynésienne : un perpétuel recommencement. Le tahitien a déjà été très endommagé ; ce qui reste aujourd’hui, ce ne sont que les miettes de ce qui existait au départ. Au début, j’étais révolté et puis j’ai réalisé que c’était l’évolution normale des choses, alors je fais avec et àmon niveau j’essaie de sauver ce que je peux.”
Manon Hericher
100 PA’OKO
Crée en 2008, Huri Translations est une “agence de services de traduction, design et branding” qui a pour but d’aider les entreprises locales à créer des marques, pour donner une valeur ajoutée à leurs produits et pouvoir ainsi mieux les exporter. À travers ce service de création de marque, la société s’intéresse à la construction morphémique des mots, une démarche qu’elle a approfondie depuis peu avec la publication online de la rubrique 100 Pa’oko, qui vise notamment les personnes n’ayant pas ou peu de connaissances de l’écrit.
IL L’A FAIT
- Tamatoa quitte Tahiti en septembre 2001 et part étudier la phonétique en France, d’abord deux ans à Agen puis deux ans à Bordeaux 4
- Après un rapide allerretour à Tahiti en 2005 et six mois à Clermont-Ferrand, il est assistant export pendant un semestre dans une marbrerie à Las Pedroñeras, au sud de Madrid 4
- En 2007, il retourne aux Marquises, où il avait passé sa petite enfance, enseigner l’anglais au collège de Taiohae 4
- Il a créé son entreprise Huri Translations l’année dernière








Les dernières contributions
Commentaires anonymes
19/09/2009 à 06h19
Fa'a'ito'ito tamarii afa no TAHITI! A amo te reo o to oe fenua i ni'a!
Commentaires anonymes
11/09/2009 à 07h53
Ce n'était pas uniquement le Maohi qui était interdit mais également toutes les autres langues régionales de France et de Navarre. Et ce afin de rappeler que le Français servait à toutes les régions de France à mieux se comprendre et parce-que la République est une et indivisible.
Les temps ont changé et désormais toutes les langues régionales sont admises et le Maohi fait l'objet d'une filière dans nombre d'universités françaises notamment dans celle de Nice spécialisée en langues régionales et orientales.
Commentaires anonymes
10/09/2009 à 17h06
E Tûpita,
A tahi, 'o vai 'oe nô te fa'ahapa mai ia'u nei 'ei farâni mai te mau mûto'i o tâ 'oe i parau ra??
A piti, a tâpe'a noa i ta 'oe mau tâfifira'a 'e te mûto'i nô 'oe iho.
Mea 'ôhie roa ia pâto'ito'i noa i te mau mea ato'a, ia matara râ te fifi e 'aito ai 'oe
A toru, a vauvau mai pa'i i tô 'oe i'oa, 'e tô 'oe pa'era'a ato'a ho'i !! Tei te ta'ata huna te pôiri.
Tamatoa AUDOUIN
Commentaires anonymes
10/09/2009 à 09h27
"Le tahitien a déjà été très endommagé ; ce qui reste aujourd’hui, ce ne sont que les miettes de ce qui existait au départ".
Soyez honnête et dites jusqu'au bout ce qu'il en est et que ce sont les conséquences inéluctables du peu de moyens dont nous disposions pour préserver une langue orale que, de surcroît, l'on nous a interdit de parler durant les dernières décennies.
Mais Audoin, lisez-donc les procès-verbaux de vos gendarmes et vous verrez ce qu'il reste aujourd'hui de votre belle langue française!!! C'est le plus souvent tellement nul qu'on a envie de refuser de signer ce bout de papier supposé être votre déclaration.
E mea, Audouin, a parau mai na, e aha te auraa tera i'oa Huri translations?
Commentaires anonymes
09/09/2009 à 17h24
C'est plutôt pas mal.
A quand une page d'un quotidien rédigée en tahitien ?
(ou reo maareva , paumotu, marquisien ...)
...8)