Feb
05
2010
|
|
Dire que les îles de la Société ont évité le pire hier ne relève pas de la simple tournure journalistique. Vu la taille prise par le “monstre” au cours de la journée de mercredi, il relève bien plutôt du miracle que le bilan du passage d’Oli dans ces îles se limite à des dégâts matériels, cinq blessés légers et un blessé grave à Bora Bora. C’est toujours trop bien sûr. Mais il suffit de jeter un oeil aux cartes satellites pour comprendre à quel point les tous petits points que représentent nos îles dans l’océan Pacifique ont été globalement épargnées par la violence de la masse dépressionnaire. Toute la nuit de mercredi à jeudi, l’ambiance était lourde à la cellule de crise du haussariat, face à un phénomène qui ne cessait de s’intensifier et de monter en puissance. L’espoir n’est arrivé qu’à 5 h 45 du matin, avec le point Météo confirmant enfin qu’Oli avait finalement eu la “grande idée” d’incurver brutalement sa trajectoire au sud, et de s’éloigner ainsi à 300 km à l’ouest des côtes des îles du Vent. Tahiti et Moorea n’ont été finalement touchées que par la frange extérieure du cyclone. Un grand “ouf” de soulagement. Les Australes ne devraient en revanche pas avoir le même “mana” protecteur. Hier au soir, Oli faisait sa première victime, un habitant de Tubuai emporté par la forte houle. À l’heure où nous mettions sous presse, on avait pourtant envie de croiser les doigts pour que l’expression “la Polynésie bénie des Dieux” se justifie et fasse ses preuves cette nuit encore. Que les Australes en général, et Tubuai en particulier, sortent de la ligne de mire de l’oeil du cyclone, de sa houle de près de 8 mètres et de ses rafales de vent annoncées à 260 km/heure. “Nous sommes parés pour une opération humanitaire” déclarait hier la ministre de l’Outre-mer aux Nouvelles, annonçant que, “en accord avec le président Gaston Tong Sang, j’ai demandé au commandant supérieur des forces armées de mettre le pays en pré-alerte. Il faut que nous puissions avoir une réaction rapide dès lors que les conditions permettront aux avions de décoller et aux bateaux de naviguer. Tous les moyens militaires, la sécurité civile, les pompiers, des médecins sont mobilisés.” Tous les moyens. Cette crise fait effectivement la preuve de l’efficience de la complémentarité entre les services de l’État, les services du Pays et ceux des communes, pour peu que chacun y mette un peu du sien, et sorte de ses petites mesquineries politiques pour s’engager dans une véritable collaboration. Dommage que le “travailler ensemble” ne reprenne finalement ses droits que dans l’adversité, et seulement quand la mise en commun des moyens humains et matériels s’impose comme une nécessité absolue. Pour la Polynésie et sa population, il serait bon que cette nécessité ne se réveille pas uniquement dans l’adversité. Car le retour des cyclones, 12 ans après les derniers dégâts de la tempête meurtrière Alan en 1998, et ses huit victimes aux Raromatai, vient aujourd’hui démontrer que les leçons du passé n’ont pas été tirées. Habitats fragiles, constructions sauvages sans la moindre prise en compte des dangers naturels, des zones inondables ou d’éboulement, le clientélisme passé doublé d’un laisser-aller général pèse un peu plus encore sur le développement de la précarité. “Sur Tahiti, comme en Guadeloupe il y a une trentaine d’années, il y a des habitations qui ne sont pas adaptées aux cyclones”. Le constat de Marie-Luce Penchard donne très directement la mesure de la tâche qu’il reste à accomplir. Toutes les communes se sont pourtant vues présenter par le service d’urbanisme les plans de prévention des risques naturels, dont la gestion relève de la compétence partagée de l’État et du Pays. À charge désormais aux conseils municipaux de les étudier et les valider. Il a pu être constaté hier le peu d’empressement des communes à se pencher sur ses plans de prévention. Seule Punaauia a pour l’instant pris son courage politique à deux mains pour avancer sur ce dossier. Une commune qui décroche d’ailleurs le prix de la meilleure élève dans la gestion de la crise hier. Il y aura sans doute encore nombre d’autres enseignements à tirer de ce passage d’Oli, sachant que nous sommes au coeur d’une saison cyclonique qui court jusqu’en avril. Mais l’urgence va pour l’heure à la gestion d’une situation sur les Australes qui risquait hier soir de s’avérer dramatique. Muriel Pontarollo
Envoyer par mail
Commentaires (1)
![]() Par campra, février 05, 2010
Le constat de Marie-Luce Penchard, "Sur Tahiti, comme en Guadeloupe des habitations qui ne sont pas adaptées aux cyclones", je suis bien d'accord avec ce constat... mais! il faut comparer ce qui est comparable car la Guadeloupe est une région, un département d'outre-mer français et une Région ultrapériphérique européenne, alors que la Polynésie " ala chance d'être un territoire autonome" voilà bien la différence! mais est ce bien une "chance"? je ne pense pas, car vu la situation qui s'aggrave tant en politique, social, économique, on ne peut pas dire que le bilan soit positif, et oui messieurs le "politicards" que vous avez su faire la faire la preuve de vos capacités à bien gèrer les affaires du peuple (par contre les votres ....) et quand je pense que certains en rajoutent une couche avec "l'indépendance", je pense que le peuple polynésien est de plus en plus poussé par la tentation d'une départementalisation...
Ecrivez un commentaire
|




